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Sorry guys it’s been written in French, but check this one if you’re not afraid of me translating :

RYV – The Wepion’s Talks in English

Bande Originale de l'Article : HAPPY :D !!
Bande Originale de l’Article : HAPPY 😀 !!

Si l’on en croit les indicateurs internationaux, la Vieille Europe est en bout de course. A la recherche d’un second souffle économique, en perte de vitesse diplomatique, recroquevillée sur ses complexes de supériorité culturelle, les experts des grandes institutions ne parient plus sur elle. Ailleurs, de nouvelles voix s’élèvent. L’Afrique s’ouvre au monde, l’Asie se démocratise, au cœur de l’Amérique du sud, cet exubérant laboratoire politique, le Brésil est métisse et s’enrichit, déjà 5ème puissance économique mondiale. Ici, chez nous, l’Europe s’empêtre dans le racisme et s’appauvrit, faut-il y voir un signe ? Sauf que l’Europe n’est pas que Vieille, malgré les clichés qu’on tente de lui coller. Un peu partout la révolte gronde, les jeunes sont là qui attendent leur tour. Ils en ont marre que la génération des technocrates officiels parle et pense à leur place. Ils ne veulent plus se taire et obéir…

En 2001, deux ans après la tuerie de Columbine aux États-Unis, Marilyn Manson, alors accusé d’être un des facteurs responsables du massacre, répondait à une interview de Mikael Moore. Celui-ci lui demandant ce qu’il aurait à dire aux jeunes de Columbine, Manson répondit qu’il ne dirait pas un mot, mais écouterait ce que les jeunes ont à dire, ce que personne n’avait fait1. Cette lucidité, qui semble tomber sous le sens, on ne la retrouve pourtant que rarement, même ici, en Europe, même en 2014. C’est pourquoi, en ce début du mois de mars, 400 jeunes venus de 15 pays de L’U.E sont rassemblés. L’événement s’appelle Raise Youth Voice, et le titre résume l’objectif principal de ce meeting : faire entendre la voix des jeunes.

Je me suis donc attelé à la tâche : Un carnet de note, un stylo, et un format d’interview court. En sept questions, j’ai recueilli les avis de 47 participants, soit pas loin de 12% du groupe. Voici, en forme de best of, un florilège de ces échanges.

Festival workshop

Festival workshop

En quelques mots, qui es-tu ?

  • Je suis lycéenne, membre du Conseil Municipal Jeunes (aka CMJ) de ma ville, Carcassonne ;

  • Je suis une lycéenne turque de la ville de Bursa ;

  • Je suis étudiante en école d’ingénieur ;

  •  Je suis là en tant que jeune homosexuelle de Rotterdam ;

  • Je suis censé étudier les sciences sociales en Erasmus mais j’apprends surtout les langues étrangères et l’art espagnol de la fiesta !

  •  Je suis étudiante en école d’arts ;

  •  Je suis jeune, gay et européen ;

  •  Je suis volontaire au sien de différents projets de jeunes, pour l’éducation populaire et les échanges internationaux ;

  •  étudiante en arts et sciences politiques, je suis aussi très intéressée par les programmes d’échanges culturels et internationaux ;

  •  Je suis étudiante, et membre du CMJ de ma commune ;

  •  Je suis énergique, positive, déterminée… en stage pratique BAFA, et lycéenne

  •  Je suis européen d’origine berbère, en apprentissage, venu avec le Pôle Jeunesse de ma ville ;

  • Je suis lycéenne, intéressée par les langues étrangères, le sport, les voyages, et j’écris un blog ;

  • étudiant en sciences économiques, je suis aussi un jeune entrepreneur ;

  • Je suis étudiante en Roumanie, j’étudie les langues et j’adore lire ;

  • En service civique, je m’occupe en attendant de savoir ce que je vais faire de ma vie ;

  • Je suis jongleur amateur, futur animateur, presque étudiant et surtout Breton !

  • Je suis étudiante en science sociales en Allemagne, sportive, voyageuse et passionnée de cinéma ;

  • Je suis bientôt diplômé en physique, mais je suis surtout un jeune espagnol curieux du monde ;

  • Lycéenne, danseuse, fêtarde et célibataire, je suis une jeune occidentale typique ;

  •  Je suis un bon vivant, un fêtard qui aime rencontrer des gens et partager mes deux passions : le jeu de rôle et la soudure…

Are you busy, Jo ?

Are you busy, Jo ?

Expliques-moi un peu comment et avec quelle organisation tu es arrivé.e dans ce projet ?

  • Je suis adhérente à la MJC, où je fais de la danse country tout en étant aussi bénévole. Je suis venue pour profiter du voyage. J’ai sauté sur l’occasion de visiter le Parlement Européen. J’ai découvert le projet RYV pendant le trajet aller. Je pense que c’est une bonne idée car cela va nous permettre d’exprimer nos problèmes au Parlement…

  • Je suis venue avec l’Association Lack of Practice, de l’école professionnelle Necatibey, qui travaille sur le thème de l’éducation, notamment ses mises en pratique. Nous cherchons à réformer le système éducatif en associant la réflexion et la pratique. Mais je suis aussi là pour améliorer mon anglais, voyager, découvrir Bruxelles, et aussi parce que le sujet de ces rencontres m’intéresse…

  • Notre organisation cherche à s’inspirer d’autres cultures pour importer de nouvelles idées et renouveler les pratiques. Notre animateur était déjà dans le réseau Contact 21032 et, pensant que ces rencontres correspondaient à mes attentes, il m’a invitée à RYV…

  • Je suis venue pour confronter mes pratiques et tenter de les améliorer. Je suis aussi là pour m’inspirer des autres cultures…

  • Notre organisation s’appelle Rainbow City Rotterdam, et nous sommes membres du réseau LGBT International LCUC. Il s’agit d’une association à but non lucratif, financée par le gouvernement Néerlandais et quelques sponsors privés. Nous donnons de l’information aux jeunes gays, organisons des meetings, faisons de l’éducation, de la prévention, etc. Je suis venue pour comparer nos pratiques avec celles des autres pays d’Europe, savoir comment cela se passe pour les LGBT ailleurs que chez nous, et aussi pour réaliser un photo reportage sur ces rencontres…

  • Invitée par la fondation où je suis en service civique, je suis venue car je m’intéresse à la sociologie des médias ainsi qu’à la philosophie, mais ce qui m’a surtout attirée, c’est l’aspect international…

  • On m’a demandé si je voulais venir et je ne pouvais pas dire non !

  • Je ne fais pas vraiment partie de l’organisation qui m’a amenée ici, puisque je réalise un travail d’étude sur ce groupe, mais je me sens très proche de ses idées. Je suis venue sans trop savoir de quoi il s’agissait, mais maintenant qu’on m’a expliqué, je comprends mieux ce que je fais là et le projet RYV m’intéresse beaucoup…

  • Notre organisation s’appelle Bloom Associacio Sociocultural, nous venons de Lousã au Portugal, et sommes membres de Contact 2103. Je participe à RYV depuis le début, c’est un projet magnifique et vraiment porteur de sens…

  • Je suis venue avec la MJC où je suis bénévole, invitée par le coordinateur du secteur jeunes qui nous a motivés et fait travailler autour du projet depuis le début. Je viens pour exprimer mes convictions politiques et être actrice du changement…

  • Je suis venue pour discuter avec d’autres jeunes européens, intéressée par cet échange interculturel…

  • C’est mon deuxième échange avec la MJC de Mauguio. Je suis entrée dans celui-ci en participant à la réalisation d’un clip vidéo contre les discriminations…

  • Les éducateurs de rue de mon quartier sont en lien avec la MJ, ils m’ont parlé du projet, et je suis venu parce que c’était l’occasion de visiter Bruxelles !

  • Nous sommes venues avec l’Association Hair Redividus, de Buzau en Roumanie. Invitées par notre animateur, nous nous sommes renseignées à propos de RYV et avons été tout de suite très motivées pour participer. D’autant que ce n’est pas notre premier échange…

  • Je suis venu pour dire aux parlementaires européens ce que nous, les jeunes, avons à faire entendre, mais aussi pour découvrir les autres, rencontrer. Je fais parti de la Maison de Jeunes de St Georges-sur-Meuse, j’y suis animateur bénévole, membre du Bureau de l’association ainsi que du CMJ de la commune…

Répétitions Youth Pride

Répétitions Youth Pride

Nous sommes maintenant en plein dans les Rencontres, de quelle manière es-tu impliqué.e ?

  • Je suis inscrite au Groupe Animation, nous préparons les soirées, nous accueillons les délégations qui arrivent, entre autre… Avec ma délégation, nous sommes allé visiter le Parlement, mais je trouve que ce n’était pas adapté à un groupe d’adolescents. C’était mal organisé, pas très clair, et franchement ennuyeux.

  • Je suis dans le Groupe Théâtre, nous préparons un forum pour la séance au Parlement.

  • Je suis dans le Groupe Média car je voudrais écrire un article à propos de ces rencontres.

  • Je me suis inscrite dans le Groupe Media pour avoir la possibilité de m’améliorer en vidéo.

  • Je suis dans le Groupe Youth Pride et le Groupe Festival la journée, puis dans le Groupe Piscine à la fin des travaux, et la nuit je suis à fond dans le Groupe Zouk Love !

  • Nous étions parmi les premières délégations à arriver ici, nous sommes très impliqués. Moi je participe au petit journal Raise Youth Pen, en lien avec le Groupe Médias.

  • Je participe au Groupe Youth Pride, la manifestation dans les rues de Bruxelles, notamment sur la préparation des bannières contre les discriminations.

  • Je participe au Groupe Festival, nous préparons les stands de chaque délégation.

  • Je suis dans le Groupe Théâtre et je rends visite aux autres groupes pour proposer mes services en tant que maquilleuse.

  • Je participe au Groupe Youth Pride, j’ai fait une partie de la chorégraphie du parcours bleu, celle avec les zombis !

  • Nous sommes dans le Groupe Media, surtout pour faire du montage vidéo.

  • Je suis dans le groupe qui prépare la rencontre avec Martin Schulz (Pdt du Parlement Européen).

  • Je suis dans le Groupe Animation et aussi dans celui qui prépare la session parlementaire de vendredi. Je viens d’apprendre que je serai coprésidente de la séance !

  • Je m’occupe surtout de l’accueil des nouveaux arrivants, là j’attends la délégation Andalouse, tu sais comment on dit « Bienvenue en Belgique » en espagnol ? (NDA : Oui, je sais!)

O Bella Ciao, Bella Ciao...

O Bella Ciao, Bella Ciao…

Nous sommes dans un rassemblement européen. L’Europe, ça te fait penser à quoi ?

Erasmus, d’autres langues, plein de pays proches à visiter — J’adore, c’est une très bonne chose. Nous avons besoin de cette solidarité, de plus de tolérance — Le Moyen-Orient, parce que finalement, nous ne sommes pas si différents — Rien, pas grand chose, je ne sais pas trop quoi en penser —- Les pays ne sont pas réellement connectés entre eux, cela manque d’unité, il y a beaucoup de différences et encore beaucoup de chemin à faire… Notamment en ce qui concerne les droits des minorités, des LGBT, des étrangers — Un endroit merveilleux pour voyager, le reste m’importe peu — Je vois l’Europe comme une deuxième maison, plus large, plus grande, à explorer — Je n’ai pas d’opinion précise à propos de l’Union Européenne, c’est difficile à expliquer — Un fort potentiel, je milite d’ailleurs pour l’abolition des frontières au sein de l’Union — Quelque chose qui nous touche directement mais qui nous reste pourtant inaccessible. Les jeunes n’y sont pas entendus — différents pays, différentes cultures, et au final une grande famille, avec pas mal de problèmes à résoudre — C’est le Vieux Continent, sans nous, pas d’Amérique ! — L’Europe pour moi, se manifeste à travers ce projet, qui nous permet de créer des liens fort et à long terme…

Le service d'ordre de la manif se met en place...

Le service d’ordre de la manif se met en place…

Il est beaucoup question de politique dans les discussions, est-ce que tu te sens concerné.e ?

  • La politique nous sert à réorganiser la société. Aujourd’hui nous nous battons souvent pour récupérer des choses que nous avions perdues. Par exemple, dans mon village dernièrement, nous avons fait rouvrir la piscine…

  • Je ne vois pas de différence entre les êtres humains, je ne comprends pas ces histoires de gauche et de droite, tout le monde est égal, non ?

  • La politique me déprime !

  • Je m’intéresse pas trop à la politique, c’est important, mais cela ne me passionne pas…

  • En ce qui concerne la politique, je suis intéressée, surtout par ce qui se passe au niveau global, mais je me fous complètement des partis…

  • Je n’ai pas encore l’âge de voter, alors je ne m’intéresse pas trop à la politique, et je ne suis pas très au courant de ce qu’il se passe…

  • Je ne suis pas trop investit en politique…

  • Je sais que c’est important, mais tout ça me paraît tellement loin…

  • Je m’intéresse beaucoup à la politique, particulièrement ce qui concerne la société de contrôle et les luttes féministes…

  • Je suis engagé en politique, membre des Jeunesses Socialistes au Portugal…

  • La politique est un groupe fermé, surtout pour les jeunes, qui n’y sont pas vraiment admis ! Je suis de tendance libertaire, je pense que c’est à nous de faire la politique…

  • La politique c’est prendre des décisions importante pour la vie de tous les jours, mais les politiciens ne sont pas à l’écoute…

  • S’investir en politique, c’est faire son devoir de citoyen, ça devrait préoccuper plus de gens…

  • La politique ? Pas trop, nous sommes trop jeunes pour voter, mais on s’intéresse…

  • Attends, tu travailles pour qui déjà ? Non, je n’ai rien à dire, je ne fais pas de politique, d’ailleurs, ce n’est pas moi, je n’étais pas là ce jour-là… Je veux un avocat…

  • Il faudrait bouger tous ces vieux cons et rajeunir le système !

Gay is OK !

Queer is OK too !

Voilà, c’est fini, à moins que tu ne veuilles ajouter un commentaire ?

Là, je ne vais pas vous ressortir la longue liste des « super, génial, c’est trop cool, etc », sans parler de celles et ceux qui n’avaient tout simplement rien à dire de plus à ce moment là. J’ai tout de même gardé trois remarques qui sortaient du lot, et ce sera le mot de la fin :

  • J’adorerais rester ici, la Belgique, c’est grosse ambiance et petits prix !

  • Quelque chose à ajouter ? Oui, Vive l’Anarchie !!

  • Bravo à toutes les fédés pour l’énorme organisation, c’est une sacrée semaine, comptez sur moi pour la prochaine, on lâche rien !!!

Eedom ? What's that ??

Eedom ? What’s that ??

Merci à vous qui avez accepté de vous prêter au jeu, je ne vous cite pas mais je sais que vous vous reconnaîtrez.Quand on vous voit sur des semaines comme celle-là,

on se dit que l’Europe à de l’avenir – les brasseurs belges aussi !

Ce n’est qu’un début, une première marche que nous avons grimpé ensemble, mais il en reste pas mal à gravir, alors gardez le rythme, on se retrouve à la prochaine…

The Wépion's Talks 3

1Cf Vidéo extrait de « Bowling for Columbine », https://www.youtube.com/watch?v=1NOFSOeOBsk

2Réseau européen d’associations de jeunes qui existe depuis 1998 et partage la même volonté de poursuivre une politique jeunesse commune et coordonnée au niveau européen. Cf http://www.contact-2103.org

Et la tendresse, bordel !

Et la tendresse, bordel !

ou pas...

ou pas…

...

...

...

...

Ok, les belges, c'est vous qui faites les meilleures bières...

Ok, les belges, c’est vous qui faites les meilleures bières…

... mais la prochaine fois, on boira roumain !

… mais la prochaine fois, on boira roumain !

Next: Raise Youth Voice 2, the Long (Brxl) Walk

Next : Raise Youth Voice 2, the Long Walk to Brxl !

 

 

 

A Phnom Penh, capitale du Cambodge, les voyageurs qui tiennent au devoir de mémoire vont visiter S21, une ancienne école que les Khmers Rouges avaient reconverti en prison politique. En général, s’ils sont un peu masos, ils enchaînent avec un tour aux Champs d’Exécution, où la violence des témoignages les laissent souvent hagards, un peu pantelants, choqués. J’en ai vu, de ces charmantes touristes Américaines ou Thaïlandaises, parties le matin toutes pimpantes de leur guesthouse, s’asseoir sur un banc et pleurer en silence tandis que l’audioguide débitait ses histoires sordides. Les millions de victime du génocide leurs parlent à travers les écouteurs, et transis d’horreur, les visiteurs pâlissent à l’évocation de ces bébés fracassés contre un tronc d’arbre, pour économiser les balles… J’en ai vu d’autres rester figés devant un tableau réaliste représentant dans toute sa barbarie une séance de torture ordinaire, menée par des soldat de 17 ou 18 ans, transformés en machines à tuer…

Avec le temps, S21 est devenu un musée, et les anciens Khmers Rouges se sont reconvertis tant bien que mal, certains dans l’ombre d’un petit garage de quartier, avec les cauchemars et la honte, d’autres en politiciens bravaches, toujours assoiffés de pouvoir. Le pays n’a de démocratie que le nom. Le Parti du Peuple Cambodgien, au pouvoir depuis de nombreuses années, accueille à bras ouverts les bourreaux d’autrefois, qui ont troqué les armes contre le confort d’une baronnie locale et ses avantages en pots-de-vin. Ainsi s’est reconstruit le Cambodge, sur le mépris du peuple et la corruption endémique.

Pleine Lune à Kep

Né en exil, Sok a découvert son pays en 1995, juste après le Lycée. Il a tout de suite été frappé par l’étendu des dégâts. Il a vu des villages entiers peuplés de vieillards et d’orphelins. Il est rentré en France avec une idée en tête, étudier, lever des fonds et retourner là-bas participer à la reconstruction. Après des études universitaires, il est devenu animateur socioculturel, puis coordinateur des activités sportives de la Ville de Paris. Il s’est formé auprès de tout un tas d’ONG, de services sociaux… Il a économisé de quoi démarrer son projet, puis, au bout de quelques années, il est revenu. D’abord pour un séjour de 6 mois, durant lequel il a prospecté à droite à gauche pour affiner son projet. École, centre social ou autre, il voulait voir quels étaient les besoin, trouver le terrain idéal… C’est comme ça qu’il a débarqué à Kep, petite station balnéaire, bastion francophone dont le développement touristique démarrait à peine. Cette ville avait plusieurs avantages à ses yeux : il y a des attaches familiales, un peu de terrain, et surtout le cadre magnifique, entre parc naturel, mangroves sauvages, plages, îles paradisiaques et marais salants, c’est une région qui a de l’avenir. Il est d’ailleurs frappant de constater la forte concentration d’ONG dans le coin, alors que d’autre villes plus importantes, comme Takéo par exemple, ne voit que très rarement passer les volontaires étrangers ! Mais Sok n’est pas dupe, et il sait qu’il sera plus facile d’attirer des bénévoles en bord de mer que dans une zone industrielle… Un temps, il a même l’idée d’aller s’installer sur l’Île du Lapin, où les enfants n’ont pas d’école.

Il commence par faire jouer ses réseaux de potes, les incitant à investir sur place en se regroupant pour acheter du terrain, leur faisant miroite le fort potentiel touristique de la région. Puis, assez vite, il abandonne l’idée de l’île car il s’avère très compliqué de s’y installer. Il se rabat sur une maison qu’il connaît, dans le centre de Kep, quartier dit du Vieux Casino (où y’a un marché mais pas de casino).

Entrée de l'école Ayravadi

Entrée de l’école Ayravadi

Nous sommes en 2005, dix ans ont passé depuis la première visite, et l’École de Français ouvre enfin ses portes. Est-ce un cliché de le rappeler ? Les débuts ne sont pas évidents. Le projet démarre avec ce qui sera la Maison des Profs : trois chambres, un bureau, deux salles de classes. En attendant que celles-ci soient aménagées, une famille d’amis prête son hangar pour les cours… Sok démarre seul, mais il est très vite rejoint par d’autres volontaires. Il me cite des noms : Nadia, Émilie et quelques autres, qui seront les premiers professeurs ; Il se souvient des premiers élèves, notamment le petit Nak, un assidu, ou Piseth, qui a aujourd’hui 20 ans et se destine à devenir enseignant à son tour. Il me parle aussi de Cindy, une amie qui a fait beaucoup pour aider à monter la structure, rédigeant les statuts pour deux associations : École Pour Tous (EPT), basée en France, et Chaul Rean, son pendant local. Double ancrage salvateur puisque l’asso française permettra de recueillir les dons et de tenir les comptes alors que les statuts de l’asso khmer sont bloqués depuis des années en préfecture…

L'école

L’école

Tout ça démarre avec une mise initiale de 20 000 $. L’essentiel est investit dans l’école, le peu qui reste servant au fonctionnement. Sok lui-même vit cette époque quasiment sans revenus. Pour vivre un peu mieux, il s’associe avec un ami pour monter un bar dans la maison des profs, le Caméléon. Ce petit business leur permet d’avoir quelques rentrées d’argent, du temps libre à consacrer à l’école tout en hébergeant les gens de passage (notamment les premiers volontaires). C’est un lieu de vie, de rencontres, qui voit les débuts rocambolesques d’une petite équipe très soudée, qui n’a pas d’argent mais un paquet d’idées (mouais, on connaît la chanson)… Dans la foulée du Caméléon, et dans la même rue, ils construisent le Kepmandou, magnifique bar-guesthouse, qui permet de diversifier les sources de financement.

Le Kepmandou

Le Kepmandou

D’abord l’École de Français, puis un Centre de Loisirs et enfin un Club de Sport, qui permettra d’attirer plus de jeunes en misant sur des activités attractives qui regroupent parfois jusqu’à 60 et quelques enfants. Grâce à cette dynamique, l’école est fréquentée par des enfants qui au lieu de ça, passeraient plus probablement leurs journées à traîner dans les rues. Toutes les activités de même que l’inscription au cours sont gratuites. La seule offre payante se présente sous forme de cours d’anglais et de français pour les adultes, principalement à destination des travailleurs du secteur touristique.

Rapidement, l’asso fait parler d’elle et les bénévoles affluent. Au début, ils sont logés, nourris, blanchis, et libres de s’investir comme bon leur semble. Un grand nombre ne restent pas longtemps, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes d’organisation, mais toutes les aides sont les bienvenues. Malheureusement, Sok constate assez vite que certains abusent de la situation et passent plus de temps à la plage qu’au centre de loisirs ! Après mûre réflexion, la décision est prise de demander une participation financière aux volontaires afin de les obliger à s’impliquer. En y réfléchissant, je ne suis pas tout à fait certain que faire payer les gens garantisse leur engagement, mais la formule permet aussi de financer les premiers salaires pour l’embauche d’un gardien, d’une cuisinière, de profs Khmers…

Fresque à l'école Ayravadi

Fresque à l’école Ayravadi

Aujourd’hui, l’équipe compte une dizaine de membres permanents : Caroline et Florence, respectivement directrices du centre de Loisir et de l’école, sont volontaires ; Veng, qui est là depuis le début, s’occupe des relations Franco-Khmers tout en enseignant l’anglais ; Saharim est à la fois élève et gardien de l’école, où il est logé, son salaire est de 40 $/mois ; Konthya est cuisinière pour 85 $/mois, son salaire étant en partie financé par le Kepmandou, de même que ceux de Sok, Joe (gérant de la guesthouse et volontaire à ses heures perdues), d’une femme de ménage et d’un barman. À ma première visite, ce rôle était tenu par Piseth, un ancien élève qui a su habilement se servir de l’école pour ne pas tomber dans la misère, et qui, lorsque je suis revenu, était en passe de devenir professeur à l’école. Pour finir l’organigramme, il faut évoquer un nombre à géométrie très variable d’intervenants divers et d’animateurs de passage…

Séance tennis avec Joe

Séance tennis avec Joe

Pour financer tout cela, il y a d’abord eut l’apport personnel de Sok, de ses amis, ainsi qu’un certain nombre de dons et subventions venus principalement de France. La gestion de ces fonds n’était pas très évidente au début, et le budget de l’asso ferait peur à n’importe quel comptable un peu rigoureux, mais bon an mal an, cet argent, ainsi que les fonctionnements conjoints du Kepmandou et du Caméléon, permettent aujourd’hui d’avoir des logements, une intendance ( repas, blanchisserie, etc) et des salaires qui, s’ils restent bien en deçà du minimum vital au Cambodge, servent de complément aux salariés Khmers qui ont aussi du temps pour d’autres activités.

Sok est toujours président de l’Association EPT, mais comme il est aussi propriétaire du terrain qu’il loue à l’asso, il souhaite rapidement sortir du bureau pour éviter tout conflit d’intérêt. Ceci ira de paire avec la dissolution de l’asso au profit d’une nouvelle entité (toujours Loi 1901). En effet, l’accumulation de retard dans la compta et une gestion pas toujours très claire de l’administratif empêchent d’entreprendre les démarches nécessaires pour être considéré « d’intérêt général – enseignement solidaire », ce qui permettrait d’aller chercher d’autre sources de financement. Pour pérenniser les postes, il faudrait trouver des partenaires qui s’engagent à subventionner durablement l’école, ce qui n’est aujourd’hui pas le cas. De plus, cette nouvelle association, organisée différemment, permettrait à Sok de déléguer, plus et mieux, les responsabilités, de moins décider seul. Dans son optique actuelle, il serait question de garder un bureau en France, qui serait en charge des décisions d’orientation générale et de l’administration, tandis que les décisions de terrain et la gestion quotidienne seraient laissées à l’équipe de Kep, dont Sok souhaiterait rester le directeur. En fait, au cours de notre entretien, il ne dit pas ‘directeur’, mais ‘chef du personnel’, et s’empresse de préciser qu’en interne, les professeurs et animateurs sont toujours très libres de leurs choix pédagogiques. Il voudrait que ceux-ci – celles-ci – soient le plus autonomes possible. Ce qui n’est pas toujours évident…

De Phnom Penh à Kep 443

D’autre part, grâce à connaissance des acteurs locaux, Sok se charge aussi des relations avec les institutions, ministère, édiles provinciales, municipales, etc. Tâche délicate qui lui vaut autant de critiques perfides que d’avancées concrètes, tant il est vrai que le milieu des notables et expatriés de Kep est un sacré panier de crabes ! N’avoir jamais caché ses liens avec la famille royale lui a fermé autant de portes que cela ne lui en ouvert…

De Phnom Penh à Kep 472

D’une façon générale, l’école Ayravadi (son nouveau nom depuis l’élargissement de l’enseignement à d’autres disciplines que le Français) est bien vue par les habitants. Cependant, entre les ravages de la corruption, les luttes de pouvoir et les cicatrices de la guerre, les mentalités peinent à évoluer. Les rapports avec la municipalité sont mitigés, voir tendues, et Kep est aussi un lieu de villégiature pour quelques notables (liés à la royauté ou au gouvernement), qui ne ratent pas une occasion de se tirer dans les pattes, parfois au détriment des initiatives citoyennes.

De Phnom Penh à Kep 464

Parmi les ambitions de la nouvelle association, il y a tout d’abord l’agrandissement de l’école, dont les travaux se sont interrompus faute de trouver les financements nécessaires. A terme, l’extension devrait accueillir de nouvelles salles de classes, une médiathèque et un pôle informatique, mais à ce jour seuls les pilotis en béton sont debout, et la broussaille envahit l’espace au sol. D’autres projets seraient de pouvoir faire classe en journées pleines pour les enfants, proposer plus de cours, gratuits ou payants, comme des formations professionnelles par exemple.

L’équipe aimerait aussi améliorer les relations avec les écoles publiques du district, pouvoir notamment travailler en complémentarité avec le centre de loisirs et le club de sport. Ces deux volets du projet sont aussi sujets à réflexion et les permanents se demandent comment redynamiser un premier en perte de vitesse tout en laissant le second poursuivre son expansion actuelle. Pour la petite info, deux jeunes élèves du club tennis, Sopoan et Voth ont récemment remporté le titre au Tournoi de Tennis du Phnom Penh, respectivement chez les moins de 12 ans et moins de 14 ans. Un orphelin et un chiffonnier de Kep numéros 1 du Cambodge dans un sport d’élite, on peut parler d’une belle réussite, non ?

De Phnom Penh à Kep 433

Voilà en tout cas qui devrait faire une sacré promo à l’école, et peut-être aider à solutionner quelques problèmes, comme le blocage des statuts de l’association Chaul Rean en préfecture (qui demande 1000$ pour valider les documents), ce qui permettrait enfin d’ouvrir un compte bancaire au Cambodge au nom de l’association ! Un autre point positif est que cette notoriété sportive va sûrement donner une meilleure image de l’école, et ainsi donner envie à plus de locaux de s’investir. En effet, les Khmers n’ont pas forcément une bonne image de cette association, souvent confondue avec une ONG (et Sok ne veut pas d’amalgame avec le Charity Business), qui donne des cours gratuitement : donc forcément des cours au rabais !! Les préjugés ont la vie dure, en Asie comme en Europe… A ce jours, la majorité des Khmers impliqués dans le projet réside à l’étranger, mais un bon coup de pub comme celui-là devrait donner à réfléchir à certains…

De Phnom Penh à Kep 431

Pour finir notre entretien, je demande à Sok de me raconter une pépite et un râteau. Une pépite, c’est un bon souvenir, un râteau, vous aurez compris… Alors il me parle de la première fête de fin d’année à l’école. Il avait fait beau toute la journée, et tout le monde s’était fiévreusement activé à la mise en place. Las, au moment de démarrer, des trombes d’eau se sont abattues sur la région ! Pas découragés, les enfants ont quand même joué leur spectacle, dans 20 cm de flotte, sans électricité, jusqu’au bout sans rien lâcher !

De Phnom Penh à Kep 474

Un mauvais souvenir, c’est chaque fois qu’il entend médire un habitant de Kep, Khmer ou expatrié, qui juge le projet foireux à partir d’arguments biaisés où percent essentiellement hostilité gratuite et jalousie perfide. En ouvrant une école gratuite, Sok s’attendait à trouver beaucoup plus de soutien, notamment au sein de la communauté francophone, et les remarques acides qui lui reviennent par la bande lui laissent forcément un goût amer. Avec du recul, je pense que sa personnalité à double tranchant n’y est pas pour rien : le côté beau gosse hâbleur décontracté doit en énerver plus d’un ! Et comme son engagement désintéressé pour le projet n’est pas marqué sur son front, il est facile pour certains de s’arrêter aux apparences… De même, comme une partie sa vie est aussi consacrée au Kepmandou, il n’est pas toujours évident de savoir si on s’adresse au gérant d’une guesthouse qui fait du volontariat pour avoir l’air cool ou à un vrai militant de l’éducation populaire qui bosserait à côté pour se payer du bon temps. Bref, la balance entre les deux est incertaine et à vrai dire, on s’en fout un peu ! L’entourage ainsi que les équipes respectives d’Ayravadi et du Kepmandou savent à quoi s’en tenir, et tous ensemble ils forment une entité assez forte pour surmonter les épreuves et avancer contre vents et marées.

Ici, bientôt, de nouveaux locaux

Ici, bientôt, de nouveaux locaux

Pour ma part, je trouve cette équipe attachante. C’est un mélange de fortes personnalités conflictuelles où le débat est permanent, ça me rappelle d’autre projets dans lesquels je me suis investit dans le passé*, et c’est tout à fait le genre de groupe dans lequel je me plairais à évoluer. A bonne entendeur…

De Phnom Penh à Kep 481

Pour aller plus loin :

Piseth, barman au Kepmandou

Piseth, barman au Kepmandou

*Spéciales dédicaces aux gones du KraspeK Myzik, aka le RocképaMort, et aux x-roussien-nes des Brigades Rousses & aux fenottes de la MJC Vx Lyon, j’vous pète la miaille !!

Cours de Français

Cours de Français

Après la classe, séance tchatche au jardin

Après la classe, séance tchatche au jardin

Un classique inusable: le béret !

Un classique inusable: le béret !

Ben ouais, ici aussi...

Ben ouais, ici aussi…

J'hésite: un bon vieux J'aime Lire ou le dernier BHL ? ?

J’hésite: un bon vieux J’aime Lire ou le dernier BHL ? ?

Alors on dirait qu'on serais des...

Alors on dirait qu’on serais des…

Une idée pour vos prochaines vacances: le combi-tuk-tuk aménagé

Une idée pour vos prochaines vacances: le combi-tuk-tuk aménagé 🙂

La capitale espagnole bruit du ronron urbain des cités européennes, langage standardisé fait de circulation automobile, de brouhaha mercantile et d’agitation futile. Seul l’accent madrilène marque une légère diférence géographique. les gens s’interpellent à voix tonitruantes, les jeunes picolent dans les parcs, les bars offrent des tapas jusqu’à tard dans la nuit, aucun doute, je suis bien arrivé.

C’est dans un troquet de la rue Atocha que je rencontre mon premier contact, Juan. Il comprend tout de suite de quoi je lui parle, l’éducation populaire, il a baigné dedans toute son adolescence, me dit-il. Pour lui, le mouvement est ancré dans tout le pays, de façons diverses et variées. A l’écouter, je m’aperçois que les variantes espagnoles sont très proches des françaises. Mêmes types d’associations quasi institutionnelles côtoyant des groupes plus ou moins radicaux. A la différence près qu’on trouve aussi les fameux Centres Sociaux à l’italienne, immeubles occupés transformés en laboratoires d’expérimentation politique, et, particularité locale sans doute, des fondations privées directement financées par des banques, chose que je trouve suffisamment improbable pour aller voir de mes propres yeux.

http://mierdo.com – La llave inglesa, compañia de teatro, Madrid

Dès le premier soir, Juan m’emmène au KOALA (Komplexe Okkupé Autogéré Labyrinthe Anarchiste). Le lieu accueille ce soir là un concert hip-hop dans le cadre d’un festival contre le racisme.

Je me sens assez vite à l’aise dans ce dédale de salles enchevêtrées, maison ouverte aux murs peints sauvagement, couleurs représentatives de la foule bigarrées qui peuple l’édifice. La démarche de l’équipe du Koala s’inscrit dans un ensemble de réappropriations de locaux ou immeubles intervenant dans de nombreuses villes d’Espagne et où les anarchistes sont la plupart du temps investis. Nous sommes dans la lignée du mouvement squat international, rien jusque là qui sorte de l’ordinaire libertaire… La soirée bat son plein et je m’installe dans un des salons pour entamer la discussion avec un petit groupe d’occupants. Le terme d’éducation populaire leur évoque vaguement quelque chose, mais ils ne font aucune distinction entre action politique, éducative ou culturelle, tout étant lié selon eux. J’essaye d’en savoir plus sur les nombreux ateliers qui se déroulent tous les jours sur place, sur les liens avec le voisinage ou encore sur leurs conceptions de l’autonomie, mais mon niveau d’espagnol limité entrave la fluidité de la conversation. Au bout d’un moment, nous abordons le sujet du mouvement des Indignés, l’occupation de la Puerta del Sol et les suites données au mouvement. En bons anars, ils sont très critiques vis à vis de tout ça. S’ils ont été enthousiastes, ils ont vite déchanté et ne se sentent aujourd’hui plus trop concernés. Bien sûr ils ont été présents et ont fait feu de tous bois pendant et même après le campement. Ils insistent, comme souvent, sur le fait que l’organisation des AG, le travail en commissions ouvertes, la démocratie directe, le refus de toute hiérarchie et beaucoup d’autre pratiques adoptées pendant le mouvement étaient fortement inspirées des idées libertaires. Le point positif qui met tout le monde d’accord, c’est de constater qu’un nombre important de gens sont venus sans aucune idée préconçue, et sont repartis avec un début d’éducation politique. De ce point de vue là, le mouvement des Indignés a été une prise de conscience pour des milliers de personnes. Au final, les révolutionnaires espagnols regrettent que la dimension militante ait été reléguée derrière des considérations parfois trop « new age » à leurs yeux. A ce titre, ils regardent avec envie les occupants de Wall Street, qui à leur avis portent des idées beaucoup plus radicales et s’attaquent frontalement aux vrais responsables du système financier dominant.

El Koala, festival contre le racisme

Le lendemain, après une matinée difficile à cuver les nombreux calimuchos de la veille, je me dirige vers la station de métro Lavapiès, un quartier populaire du centre où j’ai rendez-vous avec Añès, une étudiante salvadorienne, intéressée par mes questions, et qui me propose de visiter la Casa Encendida… Arrivés sur place, je suis frappé par le caractère classieux de l’endroit. Grand hall d’accueil, nombreuses salles de travail, quatre espaces d’exposition, une grande terrasse envahie d’une jungle luxuriante, et j’en passe. Nous buvons un café au bar et Añès me parle de son vécu au Salavador, les associations dont elle fait parti là-bas, notamment celles influencées par Paolo Freire, qui oeuvrent à l’éducation politique des communautés pauvres. Elle me propose ensuite d’explorer plus avant la Casa, où se mêlent différentes expositions, dont une sur les droits des femmes à travers la planète. Nous nous arrêtons devant une courte vidéo à base de clichés qui a tout l’air d’une mauvaise pub, je fais remarquer à ma camarade qu’elle pourrait aussi bien servir d’annonce pour une banque, ce qui la fait rire : « normal, dit-elle, c’est financé par une banque ! »

Ainsi nous y voilà, sans m’en douter, j’ai mis les pieds dans un de ces fameuses institutions d’éducation populaire qui servent de paravent éducativo-culturel à quelques banques locales. La déception est cruelle. J’étais presque emballé par le caractère généreux de l’endroit. salles de cours, bibliothèque, ambiance conviviale et ouverte, multigénérationnelle et colorée, je me disais que j’avais dû tomber dans une sorte de super MJC… Raté ! Ici, d’éducation politique radicale il ne sera certainement pas question. les financiers ne sont pas mécènes pour qui voudrait les mettre à bas…

En sortant je suis dépité. N’y a-t-il donc pas d’intermédiaire entre ces squats cradingues complètement renfermés sur eux-mêmes, comme ce CSO Casablanca (centro social okupado), où je pénètre en voyant l’affiche d’un festival « Tatoo Circus », et où malgré quelques heures de déambulation, strictement personne ne m’adressera la parole !  Et ces grosse fondations luxueuses où les banquiers se rachètent une conscience ??? Le Casablanca semblait pourtant prometteur, avec ses nombreuses activité, son projet d’université populaire, ses ateliers DIY, etc. J’y retournerai le lendemain pour tenter d’aborder quelques personnes et d’entamer la discussion, mais je ne sais si c’est mon espagnol miteux ou ma nouvelle coupe de cheveux qui suscitent la méfiance, aucune discussion poussée, rien que des bribes et des gens qui s’esquivent au bout de cinq minutes… Las, je quitte Madrid au bout de quelques jours avec un curieux sentiment : la belle machinerie du système dominant ou l’amusant bricolage de la contestation minoritaire, faudra-t-il toujours ainsi choisir ton camp, camarade ? Et je repense à d’autres modèles qui ont fait le choix d’une tierce voie, plus louvoyante, moins évidente, mais peut-être plus ancrée dans le réel et certainement plus efficace en terme d’action démocratique locale…

Plus d’infos :

El KOALA : anarkoala (arobase) riseup.net – anarkoala.wordpress.com – 26, rue Adelfas, Madrid.

La Casa Encendida : http://www.lacasaencendida.es – 2 Ronda de Valencia, Madrid

CSO Casablanca : info@csocasablanca.org – www.csocasablanca.org – 21 rue Santa Isabel, Madrid

Madrid, barrio Lavapiès, teatro politico

Madrid, barrio Lavapiès, teatro politico

Madrid, barrio Lavapiès, teatro politico

Madrid, el Centro Social Okupado Autogestionado Casablanca

Madrid, talleres al CSOA Casablanca

Madrid, entrada de la Casa Encendida

Madrid, expo « mujeres » a la Casa Encendida

Madrid, mujeres visitando une expo sobre las mujeres en la Casa Encendida