Archives de la catégorie ‘Copinages – Friends’

Cet article peut se lire accompagné à la guitare et par la voix de Victor Jara, sur un air Rock’Mapuche de Las Jaivas, le poing levé avec Inti-Illimani, ou tout simplement en écoutant RadiOlimpia.

pendant ce temps là, au Chili...

pendant ce temps là, au Chili…

Je me la coulais douce en Asie du Sud-Est. La moitié d’un chômage m’allouait le droit de siroter les bières locales dans de petites guesthouses, me régaler dans les restos de rue où l’on déguste des histoires culinaires, fumer les bizzareries autochtones à base de mélanges chelous, bref, une vie de patachon barbu qui marche en sandales et roule en scooter.

J’avais pas du tout l’intention d’en bouger, vraiment pas, quand j’apprends l’existence d’une réunion familiale de première importance sentimentale au Chili. Tergiversations, budgétisation, c’est pas sérieux mais je craque et flambe tout en billets d’avion. Le premier, c’est pour l’Amérique du Sud. Le second ? On y reviendra. 40 heures de vol plus tard, me voilà chez Tefi, à Santiago. Elle vit en compagnie de son père, sa mère, et leur six chiens. Bruyant mais super chaleureux. L’entrée en matière était plutôt prometteuse. Par le même réseau, je fais la connaissance de Rodrigo. Notre rencontre se passe dans un resto péruvien. Le gars s’avère très intéressant, animateur dans une radio de quartier monté avec quelques amis, un projet qui me fait bougrement penser à du vécu… L’accroche est tellement bonne que nous convenons de nous revoir dès mon retour en ville. Parce qu’entre temps j’ai récupéré maman à l’aéroport, et puis y’a le frangin et sa doudou qui vont remonter du Sud et qu’on va passer du temps tous les quatre… Bref, dix jours et quelques mails plus tard, mon super contact me récupère à la station Ñuble, charge mon sac dans le coffre, direction le local de RadiOlimpia.

SINTONIZE 102.9 FM o por internet en www.mixlr.com/radiolimpia

SINTONIZE 102.9 FM o por internet en http://www.mixlr.com/radiolimpia

Là, nous avons rendez-vous avec Colombina, pour la première de son émission : Afrodita en Latina. Juste la meilleure introduction dont j’aurais pu rêver ! Mais avant, faut que je vous précise un peu le contexte. La Villa Olimpica est un quartier populaire de Santiago qui traîne une longue histoire. Conçu à l’époque du stade olympique pour héberger la foule que draine les Jeux du même nom, il a ensuite été occupé par la classe moyenne des petits fonctionnaires, avant de s’appauvrir. Pendant la dictature de Pinochet (1973-1990), les habitants n’ont pas du tout apprécié de voir le stade, leur stade, devenir un camp de concentration. Tout naturellement, les olympiens sont entrés en résistance. Pas mal d’anecdotes circulent encore sur les faits d’armes des partisans qui venaient là se planquer, aux bon soins d’un voisinage sympathisant, dans cet entrelacement de ruelles, maisons basses accolées les unes aux autres et carrés d’immeubles autour des squares. C’est dans l’un des ces parcs, assis à rouiller sur un banc, buvant des bières et refaisant le monde, que Rodrigo et ses potes décident de créer leur propre radio. Ils voulaient que ça bouge un peu dans le quartier, ils ont pensé que la musique aiderait. Ils ont dégoté du matos, un local, et c’était parti…

Un an plus tard me voilà assis à côté de Rodrigo qui roule comme s’il connaissait les rues par cœur. D’ailleurs, c’est le cas, alors tout en me racontant vite fait d’où il vient, il appuie sur l’accélérateur. Fils d’exilés politiques pendant la dictature, il a grandit en Norvège avant de revenir une première fois au pays en 1986. La situation étant toujours aussi dangereuse, ses parents décident de repartir au bout de quelques mois. Ils reviennent définitivement trois ans plus tard. Rodrigo a 17 ans, des utopies plein la tête et la rage d’en découdre, il s’engage dans la résistance. Après quelques années de clandestinité et de lutte armée dont il ne garde aucune fierté particulière, le régime militaire finit par tomber. Il s’inscrit en fac de sociologie à l’Université du Chili. Il fait une partie de son cursus au Brésil, puis revient exercer à Santiago. Aujourd’hui, père de deux enfants, il confie qu’il a eut peur bien des fois, notamment lors de missions commandos particulièrement risquées, mais jamais autant que pendant les trois minutes du tremblement de terre de 2010 !

...

La voiture se gare au pied d’une barre d’immeuble à quatre étages, il fait nuit, la pluie tombe doucement. Nous entrons dans un des appartements, où se planque le local de RadiOlimpia. Quelques cigarettes plus tard, Colombina fait son entrée. Etudiante en pédagogie musicale, elle vit dans le quartier et s’intéresse de près à ce qu’il s’y passe. Tout naturellement, elle en est venu à rencontrer les gars de la radio, qui ont été plus qu’heureux de lui offrir un créneau, tout contents d’avoir enfin une voix féminine à l’antenne. La jeune femme arrive, souriante, pleine de trac, et je me dis que c’est bien dommage que les auditeurs n’aient pas l’image car elle est belle à croquer. Rodrigo prend le temps de lui expliquer comment fonctionne la technique : réglages émetteur, table et logiciel de mixage, retours… puis l’émission démarre.

Colombina présente ce nouveau programme, une émission essentiellement consacrée aux femmes d’Amérique Latine, mais pas uniquement, parce qu’il y aura aussi quelques coups de cœurs occasionnels, rencontres en direct et invités de tous sexes. Comme elle est très impliqué dans la vie du quartier, elle veut aussi rendre hommage aux personnages forts de son histoire. Pour la première, elle a choisi de raconter Stella Diaz Varín, personnalité de la génération bohème des années 50, proche de plusieurs poètes et artistes de l’époque (dont un certain Alejandro Jodorowski pour ceusses à qui ça dit kekchoz). Première grande poète punk du Chili, anticonformiste à la jeunesse éternelle, féministe irrévérencieuse… Pour donner le ton de cette nouvelle émission, qui de mieux que cette illustre voisine ? Colombina en parle longuement, assisté de Rodrigo, qui se transforme pour l’occasion en invité surprise : Tranqui Tranquilo, le pseudo qu’il utilise pour son émission musicale du mercredi. Stella Diaz est morte en 2006, juste après avoir écrit un dernier poème, pour se souvenir des résistances et des luttes…


CUANDO LA RECIÉN DESPOSADA


Cuando la recién desposada
desprovista de sinsabor
es sometida a la sombra.
Sí. A su sombra…
Enciende la bujía y lee.

¡Ah! Entonces no es nada
la venida del apocalipsis,
los hijos anteriores enterrados
y un hilo de sangre desprendido del techo.
No es nada ya el océano y su barco
ni la muerte que intuye la libélula
ni la desesperanza del leproso.

Cuando la recién desposada:
Ya no estaré tan sola desde hoy día.
He abierto una ventana a la calle.

Miraré el cortejo de los vivos
asomados a la muerte desde su infancia.
Y escogeré el momento oportuno
para enterrarla.

 Chile 2 056

L’émission se termine sur une fenêtre d’information communautaire, agenda des activités du quartier comme, par exemple, la prochaine réunion pour organiser la bibliothèque itinérante autogérée… A l’issue de cette première, Colombina est soucieuse de notre critique. Rodrigo se répand en compliments, je baragouine en mauvais espagnol sur sa voix particulièrement agréable à écouter (ce qui est vrai, pas de baratin), et nous partons fêter ça dans le bar le plus cool du quartier, où parmi les images éparses d’une déco hétéroclite, se trouve un portrait en noir et blanc de Stella Diaz. Là nous rencontrons aussi un vieux pote de Rodrigo, un vrai pilier de comptoir dans toute sa splendeur, bringueur de l’extrême avec un petit air de Benicio Del Toro dans Las Vegas Parano, qui nous entraînera jusque chez lui pour m’entretenir de littérature française autour de quelques bouteilles de vin… Mais ne nous égarons pas trop.

Revenons à la radio… Celle-ci est autogérée, les membres se réunissant régulièrement pour administrer les affaires en cours et prendre les décision importantes. Le reste du temps, le travail repose essentiellement sur les épaules de trois, quatre personnes, un noyau dur dont Rodrigo regrette qu’il ne soit pas un peu plus élargis. Mais, constate-t-il philosophiquement, attendre des jeunes recrues qu’elles passent le balais ou fassent la vaisselle, c’est encore un peu prématuré. Il veut d’abord les accrocher, qu’ils s’engagent à fond dans leurs émissions. Remplir la grille des programmes avant celle du ménage… En attendant, après un an d’existence, RadiOlimpia commence tout juste à émettre en continue sur internet ses huit programmes hebdomadaires : Tranqui Tranquilo (musique), Sobredosis (rock), Subete (politique), La Previa (sport), Radiogenes (expérimental), Historias Villanas (vie de quartier), AFROdita en Latina (féminisme) et VocesQemergen, la petite denrière dont je verrais également la première… Un vendredi soir, dans un appartement remplis de gens qui débattent, boivent, se croisent et par moment prêtent une oreille attentive aux nouveaux venus, les animateurs d’un collectif d’éducation populaire, dont les membres parlent notamment d’Augusto Boal et d’expériences de théâtre invisible pendant la dictature… Enfin je retrouve des mots qui me parlent !

Oui, parce qu’il faut que je marque ici une courte parenthèse pour signaler que depuis pas mal de temps, j’étais un peu sevré de ce vocabulaire propre aux militants de l’éduc’pop. Relisez mes articles asiatiques, vous verrez la galère que ça a été pour rester dans le thème… Alors quand j’ai appris par moi-même que j’allais enfin mettre les pieds sur le continent sud-américain, fouler les traces de Boal, Freire et compagnie, ça été comme une renaissance !

Voces Qermegen, 1st one

Voces Qermegen, 1st one

Et ça donne cette soirée d’automne, moi assis sur un bout de canapé, admiratif devant ces énergumènes à la fois calmes et gesticulants qui se partagent l’unique micro, totalement pris dans l’enthousiasme du direct. C’est beau la radio : Parler aux gens, tout du moins à celles et ceux qui écoutent, et savoir qu’illes sont de plus en plus nombreux… Enfin, tant que ça dure, parce qu’il y a un léger problème à RadiOlimpia : c’est pas encore légal ! Les démarches ont été entamées, mais l’administration traîne la patte (pléonasme) et de fait, les olympiens émettent depuis le début sans autorisation officielle. Bien sûr ils ne courent pas grand risque de se voir interrompre. En plus, l’équipe de la radio a la sympathie et le soutien inconditionnel des habitants du quartier. En cas de mauvais coup policier, ceux-ci ne seraient pas longs à faire résonner leurs casseroles dans la nuit pour exiger la réouverture de leur fréquence. C’est comme ça en Amérique Latine, quand on est pas d’accord, on sort dans la rue, on tape sur des gamelles, et on gueule jusqu’à ce qu’on obtienne gain de cause ! Une technique de lutte qui a fait ses preuves à bien des reprises… En attendant, la Frecuencia Villana occupe les ondes et grandit tout doucement. Rodrigo me parle de ce qu’il aimerait faire encore, d’autres émissions, plus de voix différentes, des infos, des reportages… Je lui raconte mon expérience à Radio Canut (102.2, la plus rebelle à Lyon, et la plus belle aussi sur le web), il me demande des contacts, envisage une correspondance, des échanges internationaux..

mais en attendant...

mais en attendant…

ça se passe pas toujours autour du micro

ça se passe pas toujours autour du micro

Le temps passe tandis que je profite intensément de ce séjour à Santiago. Grâce à Rodrigo, je fais la connaissance de Negro Alberto, animateur du Colectivo de Educacion Popular « Pablo Vergara ». Un militant de longue haleine qui me dresse un tableau complet sur la situation de l’éduc’pop’ au Chili. En une soirée au Bar Serena (une institution!), il me refait l’histoire, l’actualité politique et la critique détaillée des organisations actives sur ce terrain. Vous allez me prendre pour un pervers, mais je prends vraiment mon pied ! Il y a aussi eut ce défilé du 1er mai : Rencontre avec un animateur de la Universidad Libre y Red Ecosocial, qui organise des cours alternatifs pour « indisciplinar las disciplinas y traerlas al ritmo de la madre tierra » (si un hispanophone pouvait m’aider à traduire ça correctement, por favor). Au programme : philosophie, sciences & enquêtes sociales, droit (légalité, illégalité, allégalité), antipédagogie et école autonome de quartier, arts & cultures communautaires, jardinage & lombriculture, histoire et sujets Mapuche, santé publique naturelle, sociologie communale, etc. Il y a aussi les manifestations étudiantes, balayées à coups de canons à eau par les flics, et ces visites à la fac de sciences sociales occupée, qui jouxte la maison de Rodrgio… Bref, il y a tellement, trop, à faire ! Finalement, je décide que mon article est largement assez long, ce à quoi vous agréez sûrement si vous êtes arrivés jusqu’ici sans pause pipi, et je mets les voiles. Direction les montagnes, et les étoiles de la Vallée d’Elqui, d’abord, puis ce sera l’Argentine… Une dernière soirée en ville, concert survitaminé en compagnie de mes hôtes, et voilà l’heure du départ. Adios huevón, nos vemos…

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+ d’info sur: https://www.facebook.com/frecuencia.villana

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La flûte à bec cô outil révolutionnaire ? mouais, la Commission Communication ayant refusé d’y réfléchir, la Commission Wawache va plancher sur le sujet

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Bonsoir, c’est Masha.. ok, je sors… Et maintenant, place à la musique en compagnie de Traqui Tranquilo !!

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Saigon by nightAprès un sommeil de quelques mois, EducPopTour se réveille enfin, tout en douceur.

En guise d’étirement matinal, un petit article baillé depuis la campagne Argentine, toussoté au soleil d’automne, gratouillé du calbute au rythme du hamac, tout ça pour replonger dans les limbes feignasses de mes semaines oisives à Saigon.

Rendormez-vous, y’aura du neuf plus tard. Pour le moment, je vous remmène au Vietnam…

...

Un contact, juste un email, le pote d’un pote, brièvement rencontré quelques années en arrière, bref, à peine l’ébauche d’une connaissance. Parfois, ça suffit. Contacté par mail en cours de route, Julien m’avait donné l’adresse, rendez-vous chez lui, le 18 à 18h. Dans le taxi qui m’y emmenait j’essayais vainement de me souvenir de lui, mais rien de plus qu’une petite photo ridicule, rien de moins pixelisé que son avatar internet. 250.000 VND de taxi plus tard (ça fait mal !), c’est à dire après avoir traversé plus de la moitié de la ville, me voilà devant l’entrée du City Garden. La résidence est imposante. Trois tours rondes s’élèvent massivement dans le paysage du quartier populaire de Bình Thạnh, sécurisées comme il se doit par le dispositif habituel des ghettos de riches : vigiles, barrières, caméras, badge magnétique et compagnie. Avec ma dégaine de routard pouilleux qui vient de se taper une journée de bus, je n’entrerais dans aucun de ces jardins d’élite si nous étions dans un quelconque pays occidentalisé. Oui mais voilà, on n’y est pas ! Sac à dos en travers de l’épaule, je passe la sécu avec un grand sourire assorti d’un vibrant «Chào anh!» au planton de service, et passe. De toute façon, je suis blanc, donc riche pour le quidam indigène, donc tout à fait plausible en tant que résident. Racisme ordinaire, quand tu nous tiens… Au pied de la tour n°1, la chose se corse un peu quand je sonne à l’interphone sans obtenir de réponse. Un autre vigile s’approche pour s’enquérir des raisons de ma présence, pas du tout intimidé par mon européanitude et même plutôt inquisiteur, alors je décide d’appeler Julien pour ne pas me faire virer. « Une réunion plus longue que prévue, me dit-il, attends-moi au bar de la piscine » « au bar de la quoi ??? (un rapide tour sur moi-même confirme la présence du dit plan d’eau) Ok, à toute ». Il me rejoins deux bière plus tard, que nous prolongeons par trois autres en essayant vainement de nous souvenir l’un de l’autre, c’est à dire en faisant connaissance, avant de gagner son appartement du 18ème étage. Là je rencontre Quyen, sa pétillante compagne, qui nous accueille en toute simplicité, avant de nous inviter à passer à table.

Et voilà comment ça a commencé.

City Garden, 18è étage

City Garden

À ce stade du récit, vous vous demandez peut-être où je veux en venir, puisque de toute évidence, il ne va pas être question d’éducation populaire dans cet article. C’est vrai. Mais j’ai profité d’un si agréable séjour en leur compagnie, que je voulais les remercier, à ma façon, pour leur chaleureuse hospitalité. J’en ai connu des foyers accueillants, au cours de ce voyage, mais après tant de route, les quelques semaines passées à contempler Saigon depuis leur balcon m’ont parues si délicieuse qu’il me fallait absolument laisser une trace.

Julien est arrivé au Vietnam il y a huit ans. Avec son diplôme d’ingénieur pour seul investissement, il a monté une petite entreprise de consulting en supply chain, qui lui permet aujourd’hui de vivre confortablement. En cours de route il a rencontré Quyen, qui fut d’abord une amie, puis une coloc, et enfin une partenaire complice avec qui il partage sa vie. Touche à tout, elle peint, elle décore, elle conseille, en design, en image ou en communication, et surtout elle aime la vie. Installé dans la chambre d’amis, qui est aussi le studio musique de Julien, j’ai profité de leur confiance pour prendre du temps, pour moi, pour lire, écrire et me recharger les batteries. Ensemble nous avons assisté à quelques concerts et autre soirées, nous avons rivalisé de prouesses en cuisine ou encore cabotiné devant les caméras de la télé viêt !

Avec Julien

Séquence télé devant la Poste de Saigon, avec Julien

L’hospitalité est une tradition qui remonte probablement aux premières heures de la sédentarisation humaine, pour ce que j’en sais… Menacée de disparition dans certaines cultures trop individualistes ou certaines maisonnées trop paranoïaques, elle est en revanche toujours sacrée pour les Mongols ou les Berbères, les Peuls, les Mapuches, les Touaregs, les Inouits, les Lakotas, pléthores de traditions ancestrales ainsi que chez tous les Quyen & Julien du monde. Elle a ses règles, immuables, non-écrites. On ne peut apprendre l’hospitalité qu’en la recevant, tel un cadeau, puis en la pratiquant à son tour. Elle s’adapte aux mœurs et aux technologies. S’il ne reste plus guère d’aventuriers au long cours, partis sans billet retour, il y a maintenant des millions de couchsurfeurs, et au moins dix fois plus d’amis d’amis, contacts griffonnés sur un bout de papier, qui la perpétuent contre vents sécuritaires et marées néo-libérales. Idéologies nauséabondes qui voudraient la tuer. Ce qui est surtout amusant dans cette histoire, c’est que même au cœur d’une de ces forteresses parano- contemporaine, donjons de verre des seigneurs du néo-capitalisme, on trouve encore l’hospitalité. Du haut de la tour, je regardais mes hôtes travailler côté à côte, et je souriais, heureux de ce pied-de-nez social. Ils vivaient avant dans une coquette petite maison du quartier. Une baraque typiquement vietnamienne, avec son bout de jardin luxuriant de plantes en fleurs où il faisait bon recevoir les amis. Avec le temps, les moustiques, les rats et l’humidité ont finir par leur faire rêver d’un peu de confort mieux ventilé. Leurs affaires le permettant, ils ont craqué pour la vie de château, et ce n’est pas moi, qui ai profité tous les jours de la piscine, qui vais les en blâmer ! Chez eux on trouve de vieux meubles de récupération soigneusement retapés, des guitares, un très vieux projecteur 16mm, le Monde Diplomatique, des bières en quantité, beaucoup d’air, une cuisine toute équipée, des amis de passage, trois charmantes statuettes du Boudha, de bons livres, l’eau chaude à volonté, une vue imprenable sur les levers et couchers de soleil, des tableaux peints par la maîtresse de maison, posés à même le sol à côté des plantes vertes… Bref, on se sent bien, un peu comme chez soi.

Séquence guitare pour la caméra

Séquence guitare pour la caméra

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Un soir, je découvre entre deux apéros un autre de ces projets sympathiques qui animent le quotidien de Quyen et Julien : « le Pot au Phở ». Il s’agit d’un petit livre illustré, en cours d’élaboration, où les deux s’amusent avec les mots transparents de leurs langues respectives. Julien est francophone, Quyen parle sud-vietnamien, ensemble ils communiquent en anglais, mais la colonisation française, qui a pris fin en 1954, a laissé d’innombrables traces. Les vietnamien d’aujourd’hui se sont appropriés un grand nombre de mots issus du français de l’époque. Julien et Quyen en ont répertorié plus de 800. Certains sont repris quasi à l’identique, d’autres ont été polis par les prononciations locales, et au final, ces mots voyageurs ont traversé le globe et se sont acclimatés pour rester là où ils étaient accueillis. Les langues aussi connaissent le sens de l’hospitalité.

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Moi qui, tout au long des pays traversés, passe plus de temps à chercher les similarités que les différences, ce qui nous unis en tant qu’humains, plutôt que ce qui nous divise, j’ai été tout de suite emballé par cette idée. Partout des autochtones m’ont vantés la main sur le cœur la grandeur d’âme si exceptionnelle de leur peuple, ou bien ces viles perversions typiques à leurs cultures. Chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de trouver travers et bontés plutôt bien partagés au sein de l’espèce humaine. Qu’on arrête avec nos cliché à la con ! Les Françai-es ne sont pas plus râleurs que les Marocain-es, les Chinoi-es ou les Argentin-es. Des Allemand-es peuvent être aussi drôle que des Québecois-es et les Chiliens sont à peine moins à l’heure que les Tunisien-nes… Bien sûr il y a des traits de caractères, parfois plus soulignés qu’ailleurs, et ne vous attendez par à voir un inconnu vous sourire dans une rue moscovite ou un serveur vous prendre en considération dans les cafés parisiens, mais à part ces petits détails, qu’il y a-t-il de si différent ? Dans toutes les capitales les taxis essaieront de vous arnaquer, non ?

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Je ne vais pas m’étendre pendant des lignes sur la question, je crois que vous avez capté l’idée. Reste que ce Pot au Pho Project, tout à sa petite mesure, est finalement une autre de ces passerelles tendue entres les cultures pour juste un peu plus de compréhension. Et peut-être moins de haine ? Peut-être… D’ailleurs, à propos de compréhension, m’est avis que certain-es d’entre vous n’ont jamais entendu parler de Phở, me trompe-je ? Ok, alors commencez par prononcer « feu » en élevant un peu le ton sur la fin. Oui, le viêt est une langue tonale, l’une des plus difficile au monde d’après certaines personnes (et je je suis sacrément d’accord, ça fait un point commun avec le Français). Ensuite, imaginez une généreuse soupe de nouilles de riz mijotées avec coriandre, gingembre, oignon, cardamone, relevée de bœuf, poulet ou ce qu’on veut, et servie accompagnée de citron vert, de piment fort (au choix) et surtout, de nước mắm, cette sauce de poisson fermenté, à mi-chemin entre le raffinement du vinaigre balsamique et la toxicité d’une arme chimique, sans laquelle le Vietnam ne serait plus tout à fait lui même… Petit-déjeuner, fast-food ou souper léger, ça se déguste sans scrupule et à toute heure.

Vietnam style !

Vietnam style !

Après cette incartade culinaire, retour à l’article. Pour dire que… Ben… Plus rien, en fait. Je voulais faire court, alors mieux vaut s’arrêter là.

Un dernier coup de chapeau à mes hôtes, Julien, Quyen, ainsi que tous les autres partout ailleurs, et je tire ma révérence.

Quyen paint 2

Crédits photos: pour une bonne partie, merci Quyen ;-)

Crédits photos:                                                                pour une bonne partie, merci Quyen 😉

Ciao la compagnie, à +

Ciao la compagnie, à +

Novembre 2012, arrivé à Hanoï depuis quelques jours, je tourne en rond dans un labyrinthe d’espoirs déçus.

Hà Nôi, Đống Đa District

Hà Nôi, Đống Đa District

J’avais débarqué au Vietnâm avec tout un tas de contacts repérés sur internet, des organisations qui m’avaient parues intéressantes, plus ou moins proches du sujet, en tout cas semblant répondre à quelques critères qui m’auraient permis d’en parler sous l’étiquette « Education Populaire »… Et puis rien. J’avais écris, appelé, visité même, et chaque sollicitation s’était heurté à un refus poli, une fin de non recevoir ou simplement une impasse linguistique, bref, pas la queue d’une enquête en perspective, néant. J’en étais à ces réflexions maussades et traînais mon ennui dans la capitale en noyant la morosité dans les bars de rue et les clubs hype, où la bière la moins chère du monde (Bia Hoi = 60 cts le verre!), la Viet-Pop assourdissante, les cocktails sur-dosés et les happy shakes me faisaient inexorablement glisser vers un état de touriste hébété. Comme n’importe quel jeune beauf’ australien, n’importe quelle blondasse américaine ou autre, je me laissais aller aux plaisirs faciles, cette recherche sur l’éduc’pop’ disparaissant peu à peu dans une ivresse confortable. J’avais bien tenté de prendre contact avec quelques ONG qui me paraissaient pertinentes : Hanoi City Kids (bon boulot, mais hors propos) ; Open Academy (en sommeil) ; Blue Dragon (grosse orga ultra active qui aurait pu être un super terrain s’ils avaient eut un peu de disponibilités)… Quant aux autres, pas la peine d’insister, ça pue le Néocolonialisme et la condescendance, ça émets des relents de Foundation Bill Gates ou sponsoring avec lequel je ne veux rien avoir à faire !

Une âme charitable (note pour moi-même : toujours s’en méfier), me parle d’un orphelinat du quartier qui cherche des volontaires… Aïe !! Les orphelinats… Pour la plupart, des zoos d’enfants où des touristes en mal de bonne conscience viennent faire mu-muse avec les gamins, une heure, un jour, une semaine, rarement plus, et repartent, satisfaits de leur BA. Je ne vais pas développer ici ce que j’en pense, mais vous pouvez toujours faire un tour sur ce site, pour avoir une idée : http://www.thinkchildsafe.org/thinkbeforevisiting (ô passage, message aux orphelins : la prochaine fois qu’une étudiante en lettre vient dégouliner sa gentillesse humaniste chez vous avec son grand sourire et son paquet de bonbons, faites-lui les poches et le sac à main, quelques dollars à la clé, vous aurez pas totalement perdu la journée !)

Une fois de plus, ce soir, je suis sorti rejoindre un groupe de couchsurfeurs, juste pour passer le temps, et voici que je rencontre Hoang Gia. Nous accrochons pas mal, et décidons de continuer la soirée dans un bar sympa pour prolonger la discussion. De fil en aiguille, j’apprends son histoire… Hoang Gia est parti jeune marxiste de 18 ans, plein de fougue et d’allant, étudier à Cuba la sociologie et le droit. Revenu à Hanoï 5 ans plus tard, diplômé, anarchiste et pédé, il voudrait tout faire péter. Pendant son séjour là-bas, il a vu les spectres du communiste à l’ancienne, il a découvert les effet du rhum à haute dose, réalisé qu’il aimait les hommes (plutôt grands et baraqués), il a lu Chomsky, Deleuze, Kropotkine et Gramsci… Et nous voilà tous les deux, attablé devant une bonne bière belge (pléonasme), refaisant le monde, quoi d’autre ?

D’un commun accord, nous devenons potes. Ma dernière semaine en ville se passe majoritairement en sa compagnie. Avec lui j’apprends la politique Vietnamienne, les endroits interlopes et où trouver de la véritable gnôle aux trois lézards non frelatée… Mais surtout, nous parlons politique, éveil des consciences, transformation sociale… Une nuit, nous sortons juste d’un concert au Hanoi Rock City, Hoang Gia me révèle son rêve : « Tu vois, dit-il, ce lieu pourrait être génial. Ils ont une place de dingue, une super programmation culturelle, du vrai matos pro [NDLA : mais ils devraient former leurs ingés son à des réglages plus subtiles que tout à donf’ et vive la saturation], et ils se contentent de mener leur petit business pépère, sans voir plus loin. »

Lui, si tu lui confiais les clés d’un lieu pareil, c’est pas juste une salle de spectacle qu’il en ferait, c’est une académie culturelle pour tous, une maison du peuple et un centre social tout à la fois… qu’il en ferait ! Avec peut-être, rajoute-t-il entre deux gorgées de Russe Blanc, un petit backroom pour les fins de soirées qui s’emballent et une salle de projection privée pour les amis très très proches… Mais ça, c’est juste en option 😉

Il en a vu ailleurs de ces endroits populaires, où les gens se retrouvent et échangent, et ça le fait rêver. Depuis qu’il est revenu au pays, il y pense tout le temps. Il voit déjà la grille d’activités, pleines des cours, de rencontres et d’ateliers ; Il voudrait que ce soit gratuit, ou pas cher, en tout cas que n’importe qui puisse venir et trouver son bonheur. Quand je lui raconte mon dernier emploi à la MJC du Vieux Lyon, il a les yeux qui brillent…

Lorsque j’ai quitté Hanoi pour me rendre au Laos, Hoang Gia bossait à fond sur ce projet, cherchant un lieu, des fonds, des partenaires… je lui souhaitais bonne chance et lui promettais qu’il pourrait compter sur ma participation dès mon retour…

Mi-février, je reviens au Vietnâm. Sitôt posé mon sac à Saïgon, j’appelle mon pote pour prendre des nouvelles. C’est qu’entre temps, la dureté du régime vietnamien s’est lourdement rappelée à la réalité : Au mois de janvier, 14 blogueurs ont été condamnés à de la prison ferme pour « dissidence » ! (ce qui porte le total à 32 depuis 2010)

image_blogueur_vietnamien

Hoang Gia les connais, a des contacts réguliers avec certains d’entre eux, et ses prises de position publiques lui ont déjà valu pas mal de galères (arrestations, menaces, bastonnades). Jusqu’à ce soir du 29 janvier, où en rentrant chez lui, il trouve la porte fracturée, dossiers et ordinateur envolés. Alors trop c’est trop : Quand il décroche son téléphone, c’est pour m’apprendre qu’il est en Allemagne, où il vient de déposer une demande d’asile politique. Il me rassure, tout va bien, il a trouvé une piaule chez un cousin, un petit job en vue pour survivre, et les clubs de Berlin lui plaisent beaucoup. Mais il ne veut pas lâcher comme ça, et me promet qu’on en reparlera, de son idée, dès que la situation se sera calmée, il reviendras.

Ce projet d’une grande Maison des Possibles à Hanoï, ce ne sera pas pour tout de suite. La liberté d’expression n’ayant pas encore rattrapé les avancées de la liberté d’entreprise, l’Education Populaire au Vietnâm reste pour le moment une belle utopie révolutionnaire. En attendant, peut-être bientôt, un Printemps des Peuples en Asie…

So long my friend, see you on the Uncle Ho’s Trails of the World !!

H.G, Dec 2012

H.G, Dec 2012

Les liens :

Si ce n’est l’Europe en tant que continent, j’ai au moins quitté l’Union Européenne… Depuis une semaine je lis en cyrillique et divise mes roubles par 40 pour avoir une idée du prix en euros… Il fait beau plusieurs fois par jours, mais pas tous les jours… Je suis assis dans un parc, derrière une église orthodoxe dont les coupoles aux couleurs éclatantes chatouillent les yeux, et je repense à ces derniers mois depuis que j’ai quitté la France… En quelques flashs, ça donne :

Bruxelles – orgie de frites croustillantes et de bières toutes plus voluptueuses les unes que les autres… Boire des gueuzes en refaisant le monde au bar du Chab (Fondation V. Van Gogh, auberge de jeunesse et foyer de jeunes travailleurs), en compagnie de Corina, Enzo, Pierrick, Laurent et toute la clique – Inaugurer la « Non peut-être ! », bière artisanale – Une mémorable cuite plus tard me sentir suffisamment déraciné pour goûter aux matchs de la Coupe d’Europe, dans cette capitale européenne aux fenêtres couvertes de tous les drapeaux… Mais ignorer superbement celui de cette équipe soit-disant mienne car une ravissante jeune Zinneke vous laisse savourer son sourire et ses yeux tandis qu’elle se raconte – Profiter de l’appartement gracieusement mis à disposition par Victor, architecte et photographe de talent, dévorer son livre, danser toute la nuit à poil dans le salon et grâce-matiner avec délectation sur la mezzanine – Finir le séjour en mode squat au Khédive, la salle de concert la plus crado de la ville, où le sur-festif camarade Myra me file un bon gros coup de jeune…

Rotterdam – arrivée chez l’adorable Francien, volontaire au Buurtcentrum, un genre de maison de quartier autogérée, ou elle donne des cours de langue et de vélo à des femmes étrangères – Longues marche dans la cité industrieuse – Le pont Erasmus, monumental, et le « Santa Claus with a Buttplug », provocateur, qui se dresse en Pervers Noël en plein centre ville…

Delft – jolie vieille ville bien conservée, avec sa tour penché, comme à Venise, mais surtout, 5 ans après notre rencontre à Barcelone et la Festa Major de Sitges, revoir la ravissante et so sexy Ania, exquise polonaise, maintenant perdue pour la cause car mariée à un (malgré tout) chouette lascar allemand, seul autorisé à couvrir de baisers ses jambes aux lignes si élégantes…

Den Haag – retrouver mon vieux pote Philip, toujours aussi cool, nos discussions toujours aussi passionnantes, et rencontrer sa compagne, la si sympathique Savina, qui travaille comme lui au Tribunal Pénal International, être hébergé par ce couple germano-québécois et aller voir Spiderman en 3D (à chier, à mort les multiplex !) entre deux longues discussions sur les fonctionnement des instances du TPI – Pour finir, s’offrir un énorme pétard d’une excellente sativa sur une plage ensoleillée quasi déserte…

Groningen – retrouver Farah, émoustillante jeune hollandaise connue à Lyon, rencontrer son mec, Youroun, qui travaille dans un coffee shop et avec qui j’aurais droit à une mémorable dégustation de haschisch, m’endormir au petit matin la tête chavirée d’idées sublimes…

Bremen – traîner des jours entiers au Festival de la Breminale, assister au spectacle déjanté de Ben et sa clique puis rencontrer la talentueuse Rilke, comédienne-clown-performeuse qui vit au Bauwagen, le village wagon situé derrière la gare, et apprendre qu’il existe un bon millier de communautés comme celle-ci à travers l’Allemagne – et aussi, toujours à la Breminale, être fasciné par la voix de la si jeune chanteuse de Still in Search, un groupe rock excellent…

The KulturKosmos épisode : « Nous partîmes de nuit avec Gunnar et Toma à bord d’un camion de location pour aller rendre les tentes prêtées par l’équipe du Fusion Festival à ceux de la Breminale. Il était 23h et le ciel nous tombait sur la tête à pleines baignoires, des rideaux de flotte qui tambourinaient sur la carlingue. Trois heures de route. Nous parlions tout le long du trajet, de la vie, du monde, de contre culture, de voyages, de politique, de graff, de femmes et de sexe. Nous parlions vite, sans interruption, passionnément, je pensais à certains passages d »On the Road », de Kerouak, j’avais l’impression d’y être… Arrivée nocturne impressionnante : traversée de l’ancienne base aérienne russe reconvertie en friche culturelle dans une obscurité sans étoiles, installation rapide sur les gradins d’un grand théâtre circulaire et balade jusqu’au cuisines pour un copieux casse-croûte suivi de l’indispensable thé+somnistick. Nous nous couchâmes au petit jour, devinant déjà que nous étions dans un endroit hors-normes. Levés dans la matinée, nous allâmes nous sustenter d’un royal frühstück. Puis, Gunnar ayant à faire, il nous dégota deux vélos afin que je partisse découvrir cet incroyable site en compagnie du jeune Toma. Impression de rouler dans un rêve ensoleillé, une espèce de zone idéale, utopie enracinée dans le concret, gigantisme appliqué d’une ville freaks désertifiée, le paradis fantôme de l’underground… Plus tard nous retrouvâmes le larron et l’aidâmes à décharger le camion, en classant les toiles, bâches et nombreux mâts par tailles, de deux à cinq mètres. Suite à quoi nous allâmes piquer une tête dans le petit lac artificiel creusé par les artificiers fous de ce perpétuel bombardement des sens. Sur le chemin, un dragon émergeait de terre, mirage de vouivre en pays Saxon… Puis Toma s’en allât. J’aidais Gunnar à trier des centaines de caisses de bières vides, consignées, et nous retournâmes au lac pour le coucher du soleil – féerique – un tableau du ciel se dessinait sur l’eau du lac à mesure que le vent tombait… Au retour, nous cuisinâmes un énorme gâteau aux pommes vegan pour la cinquantaine de personnes encore présents sur le site. Le lendemain, je me levais à peine moins tôt que mon collègue, pour arriver au frühstück et apprendre que celui-ci venait de me dénicher un voiture pour Berlin, deux heures plus tard. La perfection toute germanique de ce timing me réjouis.  Deux charmantes punkettes blondes aux sourires ravageurs me conduisirent  à travers la pluie jusqu’en gare de Berlin, ou j’allais prendre le train pour Leipzig. L’une d’elle se rendait le lendemain même au festival Chalons dans la Rue, je lui filais quelques tuyaux… De tout cela je garde la sensation incroyable d’un gros trip au LSD qui serait devenu réel, une base militaire transformée en fantastique playground fur adults… sans oublier les wagons… » (toutes les photos là)

Leipzig – en arrivant je pense qu’il faut dire la vérité sur l’Allemagne de l’Est : ça sent la merde en été ! Je comprends que les vieux teutons aillent tous se dorer la pilule au soleil de la méditerranée dès qu’ils atteignent l’âge de la retraite !! A part ça ? La jolie Josi qui m’ensorcela, j’aurais tombé dans ses draps s’il n’y avait eut le gars Bela, son mec à elle, qu’elle trompait pas, et pourtant : sa peau cuivrée sortant du lac, Ah ! les lacs de Leipzig… Et puis, au sortir de la Parade Intergalactique, une fête mémorable, longue nuit de transe s’achevant sur ces mots griffonnés à la hâte : « Attendre le matin, quand tout semble dormir, et voir un corbeau s’envoler en double ; un carré d’habitants s’éveiller ; une pie s’accrocher à la gouttière pour scruter par le velux ; les cendres de la dernière cigarette qui tombent de quatre étages ; dans les plants de tomates, des corneilles prélever leur dû ; la belle hôtesse se fâcher pour de faux avec son galant trop imbibé ; le vent calmé, quelques nuages s’agripper aux sommets des hauts fourneaux ; une parabole enlaidir le vol du héron ; et la lune, qui résiste à toutes nos ivresses humaines » – Interlude policier : 10€ ! Pas de lumières sur mon vélo et grillage nocturne de feux rouge – Et puis le Meta Rosa, bien sûr, et encore un village de wagons…

Dresden – être accueilli par Myrto et Stefan, qui organisent des échanges européens de jeunes et t’invite à passer le week-end avec eux chez la sympathique Crissie, qui à peine arrivé t’emmène te baigner à poil dans un chouette petit lac de forêt – Découvrir la  »juggling connexion » avec des représentants Espagnols, Italiens, Serbes, Tchèques, Lituaniennes… Et puis retrouver Amy, enfin ! Ma chère pixie a fait la route dans son vieux camper-van pour me rejoindre. Dès les premiers instant me sentir si bien dans ses bras, si amoureux, si à ma place…

Pologne – Traverser en passant par Auschwitz, sentir sur ma nuque le souffle des fantômes, la mémoire de l’Histoire du Mal… Traverser Krakow & Warsaw… Camper en bord de lac dans la parc National de Wigry, non loin de Suwałki, et nager sous un ciel d’apocalypse ! Mais passer si vite que l’on en a finalement pas grand chose à dire, juste des heures de tendresse partagée et de complicité érotique avec mon amoureuse, qui resplendit de beauté chaque fois que je pose les yeux sur elle. Amy conduit son camion et je la regarde, comme un ado son premier amour, fasciné par le moindre sourire.

Lituanie – sur les routes du « Pays de la Pluie » avec une bande de potes rassemblés ici par l’ami Van et sa chérie, la dynamique Svetlana – Frissonner dans les souterrains du musée de la guerre froide, du côté de Plungé – Souvenirs d’ados cramé en arpentant les allées du Karklé Festival – Nida, l’Isthme de Courlande, langue de sable aux dunes grises où les sculptures en bois de la Colline aux Sorcières, visitée en nocturne, nous laissent l’impression étrange d’une faërie toujours vivante, pays des elfes à portée de rêve – Druskininkai, et savourer des enfilades de saunas en tous genres, hammams, bains chaud, douches glacées et jacuzzis – Revenir passer les derniers jours à Vilnius, me voir proposer la botte par Kastys, hôte charmant, qui tente de m’amadouer sur le balcon tandis que les filles discutent à l’intérieur, et refuser poliment pour aller me blottir dans les bras de ma belle… L’heure du départ, enfin, un type ivre mort titube au soleil et je tente de retenir mes larmes au moment de me séparer d’Amy, que j’embrasse comme si c’était la dernière fois, et que je voudrais ne plus lâcher, ne pas la voir partir, surtout qu’elle ne s’en aille pas ! Grimper dans le bus en avalant des boules d’angoisse et vouloir faire demi-tour, tout annuler, juste pour rester auprès de ma pixie tant aimée…

Riga – quelques haïkus, griffonnés après avoir trop fumé, sur un banc, face à une imposante bâtisse de type  »académie des arts sordides » : <Pelotonnée dans sa couette / Sur le toit du camper-van / Amy lit en souriant> <Le Goéland cri / Les corbeaux répondent / Ciel d’été à Riga> <Dans un costume épuisé / Le vieux passe en boitant / Un gros sac dans chaque main> – Regarder passer les gens en attendant le bus de nuit pour St Saint-Pétersbourg, une jeune femmes portant une de ces jupes dont je raffole, les plus seyantes en vérité, celles qui s’arrêtent à mi-cuisses et flottent en laissant deviner la rondeur des fesses. Je pense à ma petite chérie qui en a, de ces jupes là, et sous lesquelles je ne glisserai pas la main avant de longs mois – Enfin le départ pour la Russie, une longue nuit d’ivresse à siroter ma flasque de liqueur pour faire durer l’effet du superbe pétard que je me suis octroyé avant le départ – Passer la frontière russe au petit matin, tout est gris, blême, les douaniers sinistres et je me demande vraiment ce que je fous là… Frissonner en traversant la rivière, sur chaque bord une citadelle austère, jumelles se faisant face, mais deux drapeaux différent les coiffant… Quelques heures plus tard arriver à St Saint-Pétersbourg sous la pluie… Errer pendant des bornes à la recherche d’une banque pour retirer mes premiers roubles, trouver le métro, arriver enfin au Cuba Hostel – Après un chaleureux et très réconfortant accueil, je me précipite sous la douche, chaude, délassante, puis m’allonge sur le lit pour une sieste réparatrice. Au réveil, me régaler de pâtisseries locales, et passer la soirée à siroter des bières en compagnie des autres voyageurs de l’auberge, pour finalement me faire inviter à boire quelques vodka chez les deux sympathiques jeunes russes qui gèrent la maison, Anna & Oxana – Installés sur les toits, voir le soleil se lever et faire briller les coupoles dorées des cathédrales, finir la dernière bouteille de vodka et rentrer à l’auberge en chantant…

Voilà, ça y est, j’y suis, le deuxième acte du voyage peut commencer.

PS: toutes les photos sont sur Fb… désolé !

J’étais à Leipziz depuis à peine deux jours que déjà je ne savais déjà plus où donner de la tête. Perle alternative de l’Allemagne de l’Est, cette ville est un vivier grouillant d’initiatives originales. Mon hôte ayant attisé ma curiosité en me parlant de ces amis partageant un habitat collectif, je décide de saisir cette occasion parmi tant d’autres. Nous partons de bon matin, Josi et moi, traversant la ville sur un vieux vespa crachottant et bien fatigué, mais qui nous amène à bon port sans rendre l’âme ni le pot d’échappement. Tandis que Josi slalome à travers les rues, je regarde défiler les friches industrielles et les usines abandonnées, paradis des graffeurs, néo-explorateurs urbains, crypto-errants contemporains… Nous arrivons dans le quartier du Plagwitz à l’heure du früschtück, et garons le fidèle destrier dans l’arrière cour du Meta Rosa, un immeuble communautaire comme il en existe des milliers en Allemagne (et une bonne dizaine rien que dans le quartier). A peine levée, Rika, une amie de Josi, nous accueille chaleureusement et nous commençons l’entretien tout en déjeunant.

Meta Rosa, l’immeuble

Le Meta Rosa est un immeuble de 4 étages où vivent en permanence une vingtaine de personnes plus quatre jeunes enfants. Tandis que nous devisons, je jette un œil par la fenêtre, car la vue est très chouette. Soleil éclatant sur les briques vieux rouge des ateliers désertés… Curieusement, les « Métaros@s »1 ont choisi d’installer la cuisine au dernier étage. Ce n’est pas pratique pour les repas dans le jardins et les VoKü (cf article sur le Grüner Zweig), mais je suppose qu’on s’y fait. En sus de nous trois, il y a aussi dans la cuisine deux jeunes mamans qui nourrissent leurs bébés et un ou deux autres habitants qui passent à l’occasion, interviennent brièvement dans la conversation, puis repartent vaquer à leurs occupations. A cet étage, il a la grande cuisine, parfaitement équipée et garnie de victuailles de qualité (le ou la Métaros@ est généralement bio), une salle-de-bain, trois chambres et un cellier. L’étage du dessous adopte le même schéma, sauf qu’en lieu de cuisine/salle à manger il y a un salon de musique et détente, la yoga’room en quelque sorte… De même au premier. Le rez-de-chaussée est consacré aux ateliers (menuiserie, bricolage, etc), au stockage (plus d’immenses caves) et toute l’aile ouest est dédiée à l’ouverture au public, avec un bar, un espace de projection-débats-concerts et d’autres pièces encore en travaux. Le projet est d’ouvrir un petit commerce de quartier, qui vendrait des produits locaux et rendrait quelques services aux voisinages, notamment les personnes âgées.

Visite guidée : la cuisine

Visite guidée : la cour

Les habitant-es du Meta Rosa se retrouvent toutes les semaines pour une réunion d’organisation générale. Les décisions sont prises au vote à main levé pour les affaires courantes et au consensus pour les choses plus conséquentes, comme l’arrivée d’un nouveau colocataire ou le démarrage d’un nouveau chantier. Ils-elles tentent d’exprimer les désaccord et de débattre de manières non-violente, ce qui facilite et fluidifie la communication, surtout pour les plus timides, mais n’est pas sans poser questions à certain-es quant à la sincérité de l’expression des conflits, ce en fait un perpétuel sujet de débat…

Côtés intendance, tout en étant conscients du côté illusoire de cet objectif, ils-elles tendent à l’autosuffisance de plusieurs manières : potager collectif fournissant le plupart des légumes, aromates et quelques plantes médicinales, ateliers de construction, menuiserie, mécanique vélo, etc.

Visite guidée : le potager

Visite guidée : la rotation des tâches

Le petit déjeuner terminé, Rika nous entraîne au jardin, pour un café au soleil. J’amène la conversation sur le sujet qui m’intéresse, et nous dérivons doucement vers des considérations plus idéologiques. Elle-même se considère comme une activiste politique, légèrement, mais temporairement, retirée du circuit militant car elle souhaite se consacrer au Meta Rosa. Cependant, comme elle dit : « ici la vie de tous les jours est politique. Même la bête organisation d’un repas peut prendre des allures de campagne électorale ! On a une grande salle où on souhaite accueillir des débats, conférences ou des rencontres associatives, mais il faut finir l’aménagement. »

Au même moment, scène de vie dans le jardin, un gros paquet de feuilles, cours d’université, s’envole et tout le monde se met à courir après dans la bourrasque, même un gars descendu en courant du deuxième étage !

Brunch au jardin

Par ailleurs, la communauté vient tout juste d’adhérer à un syndicat national des habitats collectifs. L’idée principale étant de garantir l’aspect non commercial et la pérennité du lieu. Le syndicat dispose d’une minorité de blocage pour tout ce qui concerne la gestion de la propriété et la vente de l’immeuble. De fait, il devient donc impossible aux Métaros@s de tirer quelque subside que ce soit d’une hypothétique revente de la bâtisse. Même en supposant que tous les habitants actuels soient remplacés par des résidents moins collectivistes et souhaitant faire un joli profit, le syndicat pourrait bloquer la vente s’il considère que celle-ci n’entre pas dans les strictes critères de la charte signée par l’ensemble des adhérents. L’organisation peut aussi servir de garant financier car elle dispose d’une trésorerie d’urgence et d’un fond d’aide au démarrage des nouveaux projets, ainsi que quelques autres fonctions du même acabit.

« Aujourd’hui, on compte environ 2000 coopératives d’habitation en Allemagne, ce qui représente 10 % du parc locatif du pays avec approximativement 2 200 000 logements et 3 millions de coopérateurs habitants. Les différents acteurs du logement sont regroupés au sein de l’organisation nationale GdW (Bundesverband deutsher Wohnungsund Immobilienunternehmen), elle-même divisée en 14 fédérations régionales. GdW compte parmi ses membres 2000 coopératives d’habitat, 723 offices municipaux de logements et 160 sociétés privées. (On note que l’adhésion des coopératives d’habitat à la fédération est obligatoire.)» (Cf http://www.habicoop.fr/IMG/pdf/Fiche_Allemagne.pdf)

Les habitant-es n’en restent pas là. Ils-elles pensent monter une sorte de coopérative dont l’objet serait l’autofinancement du lieu. Avec cet outil, ils pourraient ouvrir une épicerie de quartier, continuer leurs stands et cuisines roulantes un peu partout dans les festivals (mais de manière plus légale), ou bien vendre des services de proximité, comme la location de la grande salle à des associations disposant de financements publics… Ce point reste malgré tout en débat et le consensus est encore loin d’être atteint. Certain-es sont encore mal à l’aise avec l’idée d’une activité commerciale, d’autres s’en foutent royalement, bref, il y a encore du boulot !

En attendant l’ouverture du magasin…

Mais revenons un peu à l’historique du lieu, il éclairera certainement quelques unes de mes précédentes affirmations. Au départ il y a un groupe à géométrie variable d’environ dix personnes qui cherche une grosse baraque pour s’y installer. L’un d’entre eux, disposant de quelques ressources personnelles, dégote un immeuble de logements ouvriers, abandonné depuis dix ans, dans le vieux quartier industriel de Leipzig et décide d’acheter l’immeuble à son nom, pour 20 000 €. Comme il a déjà vécu en communauté, il a en tête de reproduire ce mode de vie avec d’autres utopistes partageant les mêmes valeurs. Mais rapidement, ce statut de propriétaire, qui le met en position de domination vis-à-vis des autres, lui monte à la tête. Il commence par demander un petit loyer symbolique, qui après de longues et harassantes négociations est fixé 500 € par mois pendant 20 ans, ce qui lui permet d’être rembourser de son investissement de départ, de vivre sans travailler et de reprendre ses études tout en se consacrant aux travaux de l’immeuble. Rapidement, la situation s’envenime avec certain-es locataires qui n’apprécient pas du tout ce « petit seigneur », qu’ils-elles considèrent être en totale contradiction avec leur idéal syndical anticapitaliste. Bref, tout n’est pas méga rose au pays du Meta Rosa !! D’autres problèmes s’ajoute à celui-ci : conflits hiérarchiques, sentiments d’exploitation des (en fin de compte) locataires, qui vont rénover de leurs mains et payer pour un logement dont i-elles ne seront pas officiellement propriétaires avant un paquet d’années… Beaucoup d’essais, de médiations extérieures et autres, pour arriver à une situation actuelles qui ne satisfait pas tout le monde, loin de là, d’où quelques réactions qui vont du départ de certaines personnes à l’ouverture, par d’autres, d’une seconde cuisine, pour ne pas avoir à partager leur table avec le « proprio »… Chaude ambiance… Tout en parlant de ça, Rika me confie qu’elle redoute que le situation ne s’aggrave et ne prenne des proportions ingérables, qui pourraient marquer la fin du Méta Rosa sous sa forme actuelle. Ajoutez à cela trois jeunes femmes enceintes (dont deux doivent avoir accouché à l’heure où j’écris ces lignes), la maisonnée va de toute évidence vivre quelques bouleversements…

Au gré des conversations, mon séjour ayant duré une semaine, je croise celles et ceux qui préparent les futurs projets, veulent s’investir dans la vie du quartier, ouvrir un nightshop, se lancer collectivement dans une démarche plus politisée, etc. Et celles et ceux, d’autre part, qui envisagent purement et simplement la fin de l’aventure, arguant que la situation de base est faussée et que rien de bon ne pourrait se construire sur des fondations biaisées.

Par une chaude après-midi, alors que nous parlons du Fusion Festival, auquel les Métaros@s participent en tenant un stand de cuisine végétarienne, une réunion express s’improvise pour savoir s’il convient d’y retourner. En effet, il semble que le festival devienne de plus en plus commercial et s’éloigne des idées révolutionnaires initiales… Scène parmi tant d’autres, qui donne une petit idée de la vivacité permanente des débats, même quand la canicule frappe dur et assomme les cerveaux les plus critiques…

Vue arrière

Mais le temps passe et me voilà déjà sur le départ. Il pleut sur Leipzig. La veille nous avons dîné au jardin, il faisait si beau dehors ! J’avais préparé un apéro mojito pour tout le monde, avec du bon rhum (ou tonic pour les futures mamans), citrons bios et la menthe du jardin, noyé dans de grandes rasades de glace pilée, qui sont agréablement venus faire patienter tandis que nous préparions les pizzas, cuites au four à bois maison… Vie saine, célébration de l’instant, valeurs partagées… Vrais méta-punkettes et faux hippies, des gars relax, des filles souriantes… Je prenais la route pour Dresden avec de belles images plein la tête… A très bientôt, chère Rosa, je te souhaite de durer encore, au moins le temps que je revienne, si tu méta-veux bien ?

Soirée pizzas maison au four maison, avec un pizzaïolo italien, de la maison !!

Meta Rosa

Markranstädter Straße 33

04229 Leipzig
Sachsen
Bundesrepublik Deutschland

Et la soirée…

… continue…

1: J’utilise ici l’@ comme une lettre doublement genrée, à la fois  »o » et  »a », sorte de masculin-féminin cumulé que j’ai notamment vu utilisé en Espagne.

Ne cherchez pas ce pays sur une carte, il n’existe pas. Le Poupoonistant n’est d’ailleurs pas une entité géographique, c’est un être humain : mon vieux pote Poon.

Aujourd’hui installé dans une ancienne bastide avec sa femme, Mathilde, et sa fille, Daphnée, du côté de la Bégude-de-Mazenc (Isère), Poon accueille les amis de longue date, les collègues en détresse, les copines en virée ou les voyageurs en errance, comme moi. Nous nous sommes connus à Lyon, à l’époque où j’avais temporairement délaissé l’éducation populaire pour me faire cafetier. Il venait de créer Le RocképaMort, une association culturelle qui existe toujours, et dont le quartier général se trouve au KraspeK Myzik, sur les Pentes de la Croix-Rousse.

Alors pourquoi un article sur ce blog ? me diront certains. Et bien parce qu’il y a des gens qui comptent dans une vie, des individus qui vous nourrissent l’âme (et vous abreuve le corps !), vous transmettent un état d’esprit, une façon de voir la vie, et vous enseigne qu’on peut faire de l’éducation populaire sans le savoir, sans le revendiquer ni s’en vanter, mais avec le coeur grand ouvert et l’amitié pour monnaie d’échange. C’est au sein de cette asso que j’ai appris l’essentiel de mon métier. J’y ai découvert qu’on pouvait être punk et philosophe, rockeur tendre et humble militant. Qu’il est possible de faire face au monde avec presque rien, et que se raconter en ricanant les derniers potins sur la misère sexuelle des copains  n’empêche pas les liens forts et la solidarité.

Des gens comme ça il y en a des tas, un peu partout,qui dépensent sans compter, ne ménagent pas leurs efforts quand le jeu en vaut la chandelle, et savent se répandre sur un coin de comptoir avec classe et dignité. Combien de beuveries nous emmenèrent au petit matin, ivres, mais heureux d’avoir refait le monde à notre gré ? Combien de fêtes organisées pour le seul plaisir d’être ensemble et de découvrir un nouvel artiste, une jeune chanteuse, un vieux peintre…

Voilà, je voulais juste faire un clin d’oeil à mon pote, et dans la foulée rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui se démènent comme ils peuvent pour rendre le monde meilleur à leur petite échelle, sans grande pompes ni prétention, mais avec la conviction que le spectacle continue, et toujours une paire de creepers aux pieds !

 

+ d’infos là :

Le RocképaMort

Label Poon

La communauté de Longo Maï s’est installée à Limans, dans les Alpes de Haute Provence, il y aura bientôt 40 ans. Les occupants de la colline ont fait couler beaucoup d’encre, et je pensais depuis longtemps aller voir un peu là haut ce qu’il s’y passait. C’est en prenant la route depuis la Presqu’île de Giens, où je venais de passer une semaine agréable en compagnie de mon oncle, que je décidais d’aller leur rendre visite. Après quelques heures de stop, j’arrivais enfin au hameau de Grange Neuve, coeur vivant de la coopérative.

De ces quelques jours passés sur place, je retiens surtout l’envie d’y retourner, car il faudrait plus qu’un séjour en visiteur pour rendre compte de tout ce qu’il se passe là-bas. De plus, je dois dire que j’ai débarqué sans prévenir, ce qui n’est pas très poli, et on ne s ‘est pas gêné pour me le rappeler. L’hospitalité demandée ne m’a pas été refusée, bien au contraire, j’ai été très bien accueilli, mais j’ai aussi discuté avec des Longos qui ne goûtent guère ces innombrables voyageurs venus « voir les singes au zoo », comme je l’ai entendu dire. Au hameau, le débat est ouvert, s’ils sont pour une ouverture et un accueil permanents, les habitants ne sont pas toujours d’accord sur les modalités, et l’affluence grandissante des visiteurs n’est pas sans poser quelques problèmes d’intendance…

Malgré tout, j’ai réussis à comprendre quelques fondamentaux de la vie en communauté telle qu’elle se pratique à Longo Maï, j’ai été invité à une émission de Radio Zinzine, j’ai rencontré des gens extras, et je ne peux qu’admirer leur travail. Si ce n’est pas le paradis, c’est quand même une formidable aventure humaine qui se prolonge aujourd’hui dans quinze coopératives à travers une dizaine de pays, et rien que pour cela, j’encourage les personnes intéressées par la vie en communauté à aller découvrir cette réalité utopiste qui résiste encore et toujours à l’envahisseur capitaliste !

Mais attention, il vaut mieux demander avant, et surtout, inutile d’y aller en « visiteur ». La vie sur la colline est un dur labeur, mieux vaut s’y rendre avec une bonne raison et l’intention de participer quelques semaines (ou quelques mois), sans ça, vous risquez de rester un peu sur la touche.

Un grand merci à vous, camarades Longos, pour le lit, les patates, les réponses à mes questions, merci pour pour votre vitalité, vos luttes et vos fêtes… Pourvu que ça dure !!

Radio Zinzine, la voix de Longo Maï

Avant de se rendre sur place, quelques trucs à lire :

l’article wikipedia

une explication assez complète

un avertissement rédigé par des Longos

– et surtout les bouquins Longo Maï, vingt ans d’utopie communautaire (de Luc Willette, Syros, Paris, 1993)  & Longo Maï, Révolte et utopie après 68 (de Beatriz Graf, Theisars historica, 2006)