Archives de avril, 2017

B.O.A : évidemment Ils ont voté de Léo Ferré ; Puis on enchaîne avec A Voté, Les sales Majestés ; Pour continuer sur les remix de Khaled Freak, dont le plus gros hit de la campagne : Ceux qui se gavent ; et finir en dansant sur Le Tigre >>> TKO /// 

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Nous voici donc à deux semaines du premier tour de ces élections présidentielles 2017. Quel beau spectacle ! Depuis le début, cette campagne ne cesse de nous distraire, allant de rebondissements échevelés en péripéties judiciaires, on peux dire que les Joyeux Organisateurs de cette édition n’ont pas lésiné sur les moyens médiatiques pour nous en mettre plein la vue.

Et ça marche, le public se passionne. À voir les millions de personnes scotchées devant les débats télévisés, rassemblées aux meetings et gaillardement promenées dans de grandes marches populaires, sans compter les heures interminables de vidéos en ligne, le moins qu’on puisse dire est que ces élections resterons dans l’histoire comme probablement les plus divertissantes de ce premier quart de XXIème siècle.

Cependant, ce blog n’ayant pas pour but de commenter la vie politicienne mais bien l’éducation politique, je me devais de jeter un œil à l’ensemble des programmes des candidats pour y dénicher les propositions concrètes concernant l’éducation populaire. Ou, à la rigueur, l’action jeunesse, la vie associative, l’accès à la culture critique, les initiatives citoyennes, et autres manifestations plurielles se réclamant de notre chère éduc pop.

Première étape, donc, se procurer les programmes. Pas toujours évident, car si certains sont publiés et accessibles depuis plusieurs mois (cf L’Avenir en Commun), copiés-collés de la dernière édition (salut Nath’, salut Jack’ !), d’autres ont tardé à se faire connaître (suivez mon regard du côté de Mr ‘Ron, de Mr ‘Ion ou de Mr ‘Mon). Quelques heures de recherche sur internet, et nous voilà rendus. Au passage, merci aux quelques comparateurs en ligne qui m’ont permis de débroussailler les passages les plus touffus. Parmi ceux-ci, tout spécialement celui du CNAJEP, qui s’est concentré, normal c’est sa raison d’être, sur les sujets qui nous intéressent ici.

Nous y voilà, dans le cœur des programmes, de tous les programmes, sans exception, et à la rubrique « éducation populaire » que trouvons-nous ?

Rien. Nada. Que tchi’. Le Grand Wallou !!!

… Ou presque, on y reviendra

En 2017, après l’élection de Trump qui a tant choqué les bien-pensant du PAF, après le Brexit qui a tant surpris les prédicateurs du PIF, après la grande vague brune européenne, les attentats d’un bout à l’autre de la Méditerranée, les sommets de la paix avortés, les délires mégalo d’un président truc ou philistin, après les grandes manifs pour la Sécu, l’École, la Guyane, la liberté d’expression, avec Charlie, contre Vladimir, pour Asli, derrière le cercueil de Fidel et sur les ruines d’Alep… Avec tout ça et le pire qui reste à venir, des pages et des pages de programmes, et pas un mot sur l’éducation politique des citoyen-nes ?! J’en reste pantois…

Alors soyons clairs, il y a bien par-ci par-là quelques propositions pour la jeunesse, la culture ou la vie associative. Il s’agit principalement de nobles intentions généralistes visant à augmenter le budget, faire pleuvoir quelques euros, satisfaire les grosses ONG ou encore s’aligner sur les nouveaux dispositifs européens. Mais de propositions sérieuse, je n’en trouve pas. En trouves-tu , camarade ? Si oui, dis-le moi vite, je corrigerai cet article. (spoiler alerte: j’en trouve à la fin de l’article)

Du coup, c’est à se demander si la question est justement posée. L’entrée « éduc pop » n’étant point prévue, peut-être faudrait-il nous contenter d’un programme satisfaisant au mieux les intérêts si divergents de l’immensité associative de ce pays ? La question du début devenant : Quel président pour le mouvement associatif ? C’est donc reparti pour un tour…

Visite guidée : la rotation des tâches

Deuxième étape, re-comparaison des programmes. À droite, le vent du désert, à gauche… Ah oui mais avant tout, quelle gauche ? Soyons clairs : compte tenu des opinions politiques hautement libertaires professées depuis sa conscientisation par l’auteur de ce blog, il ne saurait être question de classer à gauche le candidat qui marche, et tout juste admettrons-nous que, malgré qu’il représente un parti trahissant systématiquement ses promesse électorales de gauche depuis une bonne trentaine d’années, le candidat du parti au pouvoir assume une honnête posture de militant social-démocrate. Donc, probablement de braves intentions. La preuve : Les cadres centristes de son parti sont en train de le trahir ! Il semble que pour lui, comme pour nous autres d’une manière plus générale, la thématique électorale pour cette année sera : Élections, piège à ‘on !

Au passage,quelqu’un peut-il m’expliquer l’engouement délirant de certaines vieilles badernes pour le fils prodige, parricide de génie ? Bayrou, ça se comprend, mais Cohn-Bendit, c’est louche, et alors Robert Hue, c’est carrément tordu ! Passons, le sujet n’a pas sa place ici, pas plus qu’un énième commentaire sur le fidèle valet socialo sacrifié, ou la petite histoire de Sganarelle en campagne… Quand même, le mec missionné depuis 10 ans pour contenir la montée gauchisante à la gauche du PS, et qui se retrouve comme un poulet déplumé entre son ennemi d’hier, qui va le bouffer tout cru, et le reste de la basse-cour en train de faire du gringue au jeune coq… OK, stop les métaphores, retour au sujet.

À gauche, disais-je, deux ou trois propositions timides, mais rien de vraiment sérieux. Les augmentations du budget dédiées à la culture seront essentiellement consacrées à enrichir nos grands talents de l’aristocratie artistique : 1% du budget national, mais surtout pour les pères, mères, filles de, fils de, parrains, marraines – St Souchan-Séchon, vous qui êtes aux cieux, priez pour nous pauvre public ! À droite, pas mieux, voir moins, quand ce n’est pas pire.

Des promesses pour les jeunes, aussi, il en faut, c’est une figure imposée. Tout comme une bonne dose de démocratie participeutive, sous forme d’assemblées de quartier sans budget, de chartes du pouvoir d’agir, de déclarations de Strasbourg, etc. Bref, rien de bien concret à se mettre sous la dent, et pendant ce temps, les MJC ferment les unes après les autres, les fédérations s’étiolent, partout on licencie les contrats aidés… Les enfants ne partent plus jamais trois semaines en colonies de vacances parce que c’est devenu trop cher… Vous conviendrez, j’espère, qu’il faut un traitement de choc, et que celui-ci n’est clairement pas lisible dans les programmes. Je me dis avec aigreur que nos candidat-es auraient au moins pu promettre, même sans tenir, ça aurait évité cet étrange sentiment d’abandon…

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… Et puis y’a la campagne, et là, ça change tout !

… Oui, car en campagne, il y a de l’action, des militant-es, du monde qui bouge et toutes ces opérations se déroulent suivant des procédés plus ou moins classiques, plus ou moins pyramidaux, collectifs, hiérarchisés, suivez mon regard… Oui, vous m’avez vu venir, alors mettons les pieds dans le plat et parlons de la France Insoumise.

En effet, camarades, je constate une étrange dynamique de type éduc-popesque en mouvement du côté de cette mouvance-là. Constatée de visu, observée de près, elle est bel et bien là. La France Insoumise rompt à coup sûr les codes usuels de la campagne présidentielle classique. Tout en laissant ses militant-es inventer leur propres modes d’action, elle s’approprie joyeusement les méthodes éprouvés du community organizing, des universités populaires ou des tables de quartier. Un peu partout (et pas seulement sur le web !) nous voyons des abstentionnistes dépoussiérer leur carte d’électeur, et jurer jusqu’en dehors des réseaux sociaux que cette fois-ci, enfin, ça vaut le coup d’aller voter ! Nous assistons, amusé-es, au spectacle de ces ateliers foutraques, organisés au petit bonheur, au fond d’un café, dans une vieille salle humide, aux abord d’un vestiaire de stade… Et ça marche ! (non, pas comme l’autre boloss !) Un coup d’œil aux expressions en ligne de ces disciples de la Sagesse (Phi, you know ?), nous permet de lire les innombrables commentaires du style : « j’ai convaincu mes deux parents FN de voter FI », « mes collègues de boulot sont d’accord, on va tous voter pour le Force du Peuple », « ma femme est plutôt centriste, mais je l’ai persuadée de voter FI, pour changer », etc.

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Univeristé Populaire de la France Insoumise à St Mitre

La démonstration mériterait quelques paragraphes supplémentaire, mais par soucis pour votre patience, je vais abréger en une phrase : s’il existe la moindre trace d’éducation populaire dans cette campagne électorale, elle n’est pas dans les programmes, elle est dans les œuvres concrètes d’un seul mouvement : la France Insoumise.

À ce stade de l’article, je vois se dresser quelques chevelures. Oui, j’ai bien écrit ça. Le camarade Mélenchon, l’ignoble populiste autoritaire, le suppôt de Chavez et Castro serait donc le porte-parole de quelques centaines de milliers de crédules qui se sont laissé-es embobiné-es par son charme oratoire pour s’engager de la façon la plus libertaire, collective, ludique, joyeuse et dynamique qui soit dans une campagne qui a tous les aspects d’une grande université populaire ? Ah ! J’en entendss qui ronchonnent: « Comment ça, Pierro, tu Mélenchonnes ? »

OK, les aminches, remettons les pendules à l’heure, le camarade Jean-Luc a-t-il tant mérité vos remontrances ? Peut-être, ça reste à voir (mais, svp, sans relayer stupidement la propagande PS) et c’est pas vraiment le sujet.

Imaginons qu’il ait une chance, toute petite il y a quelques mois, mais devenue crédible aujourd’hui. Imaginons qu’il soit au deuxième tour, que pour une fois, ce ne soit plus le PS le vote utile (de grâce, ne vous laissez plus berner par cette pilule miracle), mais bien lui, le plus à gauche des candidats. Une petite goutte d’espoir dans un océan réactionnaire. Et je ne dis pas ça en l’air. J’en ai maté des heures de vidéos, de discours, d’analyse critiques… Il m’a fallut du temps, et puis c’est décidé, j’y vais. Encore une fois, la dernière peut-être, mais si cette fois c’était la bonne, la victoire que nous attendons depuis longtemps ? Pas le Grand Soir, plus grand monde n’y croit, mais un joli feu d’artifice social qui rebattrait quelques cartes et donnerait des raisons d’y croire aux millions de personnes qui souffrent d’un quotidien amer, précaire, mortifère.

Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser qu’en écrivant « le plus à gauche des candidats »,Riot_grrrl_in_Berlin j’ai bien conscience d’ignorer à la légère les camarades Poutou et Arthaud. Pour le premier, ma sympathie lui est acquise et son parti a comme tout un chacun le droit d’aller faire ses 2;3%, tranquille, pépère, et sans déranger personne. Les puristes de l’anticapitalisme y trouveront leur compte, en gardant les mains propres de ne pas les avoir trempées dans la boue sociale-démocrate, n’empêche qu’illes auront quand même voté, poil au… Quant à la candidate du camp des travailleurs et des travailleuses, c’est bien gentil, mais moi, présentement, je suis au chômage et je compte bien y rester ! Puis vous savez ce qu’on dit : « Trotsky tue le ski ! »

Par ailleurs, les camarades de gauche qui sont en train de se prononcer pour le vote utile en faveur de Macron sont à peine croyables. Aussi bien dans leur immense capacité à avaler toujours les même grosses bites, cet aliment qu’il est impératif de régurgiter avant d’avaler faut-il au passage rappeler que le clitoris électoral n’est pas situé dans la gorge et qu’aucun deep throat politique ne leur donnera le moindre orgasme ? Vous voulez jouir enfin d’une victoire, votez conviction, pertinence du programme par rapport à vos espoirs de changement… Mais par pitié, cessez de vous abêtir avec le vote utile, qui depuis 30 ans n’a jamais été utile qu’aux banksters !

Profits cumulés des actionnaires du CAC 40 en 2016: 75 milliards d’euros. Et c’est leur plus fidèle cireur de pompes que vous voudriez placer à l’Élysée ? Le mec a eu le culot de se déclarer « anti-système ». Chérie, passe-moi la serfouette, je vais biner le jardin pour ma calmer ! Cela dit, il est pas le seul, on a bien vu comment ça a faillit devenir la petite musique à la mode, avant qu’illes se ravisent en constatant que ça ne prenait pas trop leur poudre aux yeux…

Anti-système disent-illes ? Mais quel est le système ? Le capitalisme, qui dans sa version contemporaine dite « ultra-libérale », rappellent les pires dérives des grandes industries du XIXème siècle.

Combien de candidats pour remettre en cause le fondement capitaliste de notre système actuel ? Seulement trois, il me semble : Nathalie Arthaud, Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon. Hors, parmi ces trois là, un seul est porté par un véritable mouvement populaire. Les deux autres n’apparaissant que comme les candidats, non déméritant, de partis de plus en plus groupusculaires. Un seul exemple, à mes yeux, décrédibilise sérieusement leur programme : l’interdiction des licenciements. Sans rentrer dans un long argumentaire, il me semble que garantir les revenus (si possible sous forme de salaire à vie, merci M. Friot), donc ouvrir un droit, est plus porteur de sens politique que vouloir interdire naïvement quelque chose que toute activité productive pourrait un jour malheureusement nécessiter. Interdire les licenciements dans les entreprises qui délocalisent, très bien, mais que fait-on des TPE ? Des artisans ? Bref, je m’éloigne une fois de plus du sujet, revenons à nos élections… poil au « on » !

Il était donc question, en tout début d’article, du Grand Wallou programmatique à propos de l’éduc pop. C’était passer un peu vite sur quelques propositions que voici, je vous les donne à lire avant de commenter :

  • Mettre les associations au cœur de l’action culturelle sur tout le territoire dans l’espace public et leur donner les moyens financiers adaptés afin de faire reculer les déserts culturels.
  • Favoriser et promouvoir la médiation culturelle. Encourager, dans les critères de subvention, la co-construction de la programmation culturelle avec les public
  • Une organisation territoriale démocratique : Permettre la participation des citoyen·ne·s aux décisions des collectivités par l’instauration de conférences citoyennes de territoire
  • Créer, dans chaque université, une université populaire, ouverte à tous et chargée d’organiser le lien entre les chercheurs et la population, dans un esprit de diffusion des savoirs et de réflexion citoyenne sur leur usage

Passé le côté langue de bois de la co-construction des médiations culturelles, c’est tout ce que j’ai trouvé qui pouvait sonner un peu éduc pop… Ben c’est quand même pas ma faute si c’est dans le programme de Mélenchon, non ?!

En guise de conclusion, j’aimerai appeler aux urnes. Pour une fois.

Dites-vous, camarades qui doutez encore, que si jamais ça marche, on l’aura notre grosse teuf de la Bastille un 7 mai au soir. Comme nos daron-nnes en 81 ! Franchement, depuis le temps et toutes les claques qu’on s’est pris dans la gueule ces dernières années, vous ne pensez pas que ça vaut enfin le coup d’y aller ?

Je vous laisse à vos réflexions. Pour ma part, le soir du premier tour, je serai au Camp Joubert. Quel que soit le résultat, ça ne nous empêchera pas de célébrer la vie, la joie d’être ensemble, les mômes qu’on attendait pas et qu’on va s’appliquer à aimer quel que soit le résultat. Au plaisir de vous y croiser…

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