Défaite du fédéralisme

Publié: 25 novembre 2016 dans Rézo educ pop - international network
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Après 2 années de sommeil profond, ce blog publie à nouveau pour vous faire part d’une triste nouvelle : La Fédération des MJC en Rhône-Alpes nous a quitté. Le 8 novembre dernier, après une longue et terrible agonie, la justice a décidé d’arrêter les soins palliatifs et de débrancher les appareils qui la maintenait en vie. Elle s’est éteinte tranquillement dans la nuit, laissant derrière elle une belle histoire et quelques 200 associations plus ou moins endeuillées.

Bande originale de l’article : l’Officier Zen, évidemment, et puis aussi les Amis d’ta Femme, comme tous ces groupes qui ont fait la légende alternative des MJC version libertaire, juste pour se mettre dans l’ambiance… Ensuite, pour commencer la lecture, je conseillerais plutôt une ambiance dub militant copyleft, avec le Dubamix Classwar, suivi d’une série Ibrahim Maalouf, avant de clôturer sur les Zoufris Maracas, pour boucler la boucle entre les 90’s et aujourd’hui… Bonne lecture  🙂

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De cette fédération il y aurait beacoup à dire, néanmoins je ne vais pas relater toute l’histoire, ni même toute la fin, qui fut sordide et interminable, mais simplement vous faire part des quelques considérations que ces 2 années passées en son sein m’ont inspirées.

Cet article sera âpre et amer, comme le goût qui me reste quand je repense à ces derniers mois. Bien loin de moi l’idée de cracher dans la soupe, tirer sur le corbillard, ou autre ingratitude, mais je suis en colère quand je vois la façon dont tout cela s’est joué. Dont tout cela se jouera encore, ici, ailleurs, partout où les enjeux complexes d’une époque troublée ne sont ni compris ni analysés. Ce qui vient de se passer n’est pas nouveau et se reproduire de façon certaine, pour nous, pour d’autres, alors je voudrais alerter, à ma façon. Camarades et collègues des Centres Sociaux, de la FMJBF, du Réseau Contact-2103, du Scoutisme ou même de la MIETE, ceci risque de vous concerner, peut-être même plus vite que vous ne le pensez…

Mon statut complet était Animateur Territorial Ain, Rhône et Métropole de Lyon, et comme il s’agit de la Fédération Régionale des Maisons des Jeunes et de la Culture en Rhône-Alpes, on peut dire que j’étais AT01/69-FRMJCRA, ça calme ! Mais puisque deux années dans cette organisation ne m’ont pas laissé le temps de dépasser le stade du « jeune chien fou », de « l’anar de service » et autres jugements lapidaires qui m’ont été adressés, je vais donc rester dans ce rôle, le temps d’un pamphlet. Cet article ne fera pas plaisir à tout le monde, et l’on me jugera sans doute dur et partial. Chacun-e s’arrange avec sa réalité. Voici un point de vue que l’on trouvera peut-être extrême ou trop radical, sachez cependant qu’il est plus largement partagé qu’on ne le croit…

logo-fede-coulDonc, la Fédé est crevée. Vive la Fédé ! Vive les bénévoles qui n’ont pas su la sauver ! Vive les salarié-es qui n’ont pas su s’imposer ! Vive les autres, celles et ceux qui l’ont regardé agoniser, sans rien dire, voire, en quelques mairies austères et autres temples du cynisme politique, en se frottant les mains…

La Fédé, c’était pourtant la plus grosse de France, avec ses 180 et quelques associations adhérentes (fin 2015), MJC implantées dans la région, Union Départementales et autres. Lorsque je suis entré, il restait une petite centaine de salarié-es, et ça sentait déjà fortement le sapin. Très vite, je me suis aperçu que nul ne se faisait trop d’illusion, que pour pas mal de collègues l’enterrement était inéluctable et que seule une minorité sans pouvoir réel avait l’intention de se battre pour sauver ce qui pouvait encore l’être. D’ailleurs, j’y ai cru à ce sauvetage, et je me suis engagé avec cette minorité. Nous avons tenté la révolution, proposé quelques lendemains chantants, ils ont été violemment rejetés. Pour ma part, tout s’est joué lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 5 mars 2016. Le scénario de sortie par le haut que nous proposions, non content d’être largement battu, a de plus été catégoriquement refusé par l’ensemble des représentants. Ce NON dépassant les 80% m’a fait prendre conscience à quel point notre mouvement n’en était plus un ! Nos administrateur-ices et représentant-es ont largement voté pour un second scénario, celui du repli sur soi, mesquin, sans envergure, certainement pas viable à long terme. L’idée d’un ambitieux renouveau était donc abandonnée, sans scrupule, par de nombreux partis en présence. Nous avons choisi le morcellement, le nombrilisme local et la rétractation, en accord, finalement, avec cette société que nous prétendions transformer.

Mais trêve de circonvolutions, rentrons dans le coeur du sujet.

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Cette situation est révélatrice d’un changement de position dans l’échelle sociale. Quand la gauche de gouvernement nous avait à la bonne et nous estimait, quand même la vieille droite gaulliste reconnaissait notre utilité dans la médiation, tout allait bien. Maintenant nous sommes trahis. De la même manière que le PS a trahi les classes populaires, nous avons avons perdu sa protection. Celles et ceux d’entre nous qui rêvaient d’ascenscion sociale et d’embourgeoisement, qui se voyaient en patron-nes de PME et glissaient déjà leurs orteils dans le confort de la classe dominante en sont pour leurs frais. À peine une génération de directeur-ices a-t-elle pu profiter de cette illusion pantouflarde : La belle maison bien lotie, la consommation et les loisirs, l’accès aux salon dorés, aux loges VIP, aux confidences des maîtres… Et soudain la chute ! La fin du rêve. Les plus expérimenté-es partent en retraite avec la prime au camping-car, et les autres réalisent la triste réalité qu’il leur faut désormais subir : terminée la cogestion des politiques locales, les édiles n’en veulent plus. Désormais il faudra choisir…

SOIT > Marcher dans le sens du Marché, devenir boutiquiers de loisirs, gérer les MJC en bon pères de famille (modèle patriarcal oblige) et faire fructifier le patrimoine au gré des modes et des lubies de la clientèle (badminton, zumba, manga, etc). Je parle au futur mais cela est déjà très répandu au sein du réseau. On me demande des exemples ? Métropole de Lyon, une association située dans une banlieue riche, vieillissante, et qui dispose de moyens conséquents ; Une Maison des (plus tout à fait) Jeunes et de la Culture de luxe, où il n’y a pas d’action jeunesse car cela coûte trop cher, ne rapporte rien, mais l’association n’a aucun scrupule à cumuler les kilos euros sur ses comptes, et les vieux grigous du conseil d’administration viennent vous expliquer à quel point ils sont fragiles… Autre exemple ? Deux MJC, voisines, deux quartiers de l’hyper-centre lyonnais, honorablement dotées par la Ville, tout à fait bien situées, bénéficiant d’une population hétérogène. Tout irait pour le mieux mais ces associations sont trop importantes pour daigner s’abaisser au niveau de la moyenne fédérale. Leurs directeurs ne participent pas aux réunions de réseau, il en va de même pour les salarié-es, et lorsque vous avez entendu leurs représentant-es parler de rentabilité économique en réunion, vous vous demandez si ce ne serait pas plus militant d’aller travailler à la Chambre de Commerce… Encore un ? Cette MJC dont je tairai le nom, par pitié envers ce président qui m’expliqua qu’il était normal que le Maire fasse sauter le poste de la directrice, puisque celle-ci n’étaient pas foutue de rentabiliser le secteur d’activité, et qu’encore une fois, une très surnuméraire énième fois, le secteur jeunes coûte trop cher…

SOIT > Rester militants, choisir le camp des opprimé-es et faire de l’éducation politique là où ça fait mal… Désolé, je n’ai pas d’exemple… Ou plutôt si, plusieurs en réalité, de petits exemples sans envergure, discrets, sans bruit, des animateurs et des coordinatrices, des chargées d’accueil et des techniciens du spectacle, qui jour après jour font vivre envers et contre leurs CA les valeurs d’une éducation permanente, critique et citoyenne. Permanente parce qu’illes s’acharnent, et qu’après toutes ces années on reconnaît enfin la pertinence du métier [bien qu’on s’entête à le décridibiliser dans le même temps, mais ceci serait l’objet d’un autre article ! NDA], ce qui me permet au passage de rétablir une petite vérité : Non, les salaires ne sont pas si bas qu’on ne le dit dans l’Animation, en tout cas pas pour les permanent-es au-delà de quelques années d’ancienneté – et après 7 années reconnues, mes idemnités chômage sont encore plus élevées que le salaire d’une amie titulaire d’un doctorat et chargée de mission dans le secteur privé ; Critique parce que ce sont les véritables médiateur-ices du débat social au quotidien (« Non madame, les refugié-es ne touchent pas d’allocations supérieures aux vôtres ») ; Citoyenne parce qu’en organisant ces débats, en les rendant toujours plus riches et fructueux, illes en viennent ensuite à les porter dans l’espace public, ce qui constitue la base de toute action se revendiquant de la citoyenneté (porteurs de parole, wiki de quartiers, expositions communautaires, etc). Pour la classe ouvrieuse des MJC, tout se passe en direct, au jour le jour. Nul besoin de tartiner des pages et des pages de grands discours, c’est dans l’action qu’illes font vivre le mouvement. Dit autrement : lent et long travail pédagogique de conscientisation, tout cela n’étant pas limité à de pauvres mots sur un projet, mais concret, mise en oeuvre et porté, bien souvent par des salarié-es aux conditions plus qu’aléatoires.

À ce propos, nouvelle parenthèse : qu’on ne se méprenne pas lorsque je dis que les salaires sont corrects dans l’animation, je ne parle que d’une minorité qui a la chance d’avoir un vrai contrat, de développer un vrai métier et pour celui ou celle-là seulement, la situation est digne. Pour les autres : jobs à court terme, contrats précaires, inégalités salariales, stages de merde… Voilà le lot commun de l’emploi associatif. Fin de la parenthèse.

Revenons à nos militant-es du quotidien. On me dira que sans leur hiérarchie, sans les élu-es associatifs, les bénévoles, ce personnel ne serait rien. Heu… On parie ? Faites une expérience : enlevez les bénévoles d’une MJC pendant une semaine, observez, est-ce que ça tourne, est-ce que la baraque est toujours ouverte ? Maintenant enlevez les salarié-es. Que se passe-t-il ?

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On me dit encore qu’il serait impossible d’évaluer les impacts réels de tout ce travail sur la société. Il n’y a pourtant pas, je pense, 36 façon de mesurer les effets de la conscientisation, c’est à dire de savoir si l’accompagnement d’une population donnée, en terme d’éveil culturel et de critique sociale se traduit par la mise en oeuvre d’actions véritablement citoyennes portée en place publique. Je n’en connais qu’une, c’est d’écouter les grondements du pouvoir en place. Simple : tant que nous ne perturbons pas celui-ci, il reste coit et nous laisse faire oeuvre de distraction pour les pauvres gens. Mais s’agit-il de le remettre en question, d’interroger ses dérives et d’énoncer les arrangements discrets et profitables entre petits barons locaux, et aussitôt les voilà qui s’écrient, qui s’alertent et mettent en branle la machine à broyer le peuple.

Tant que nous jouons son jeu, dans un espace de liberté d’expression arrangeante, civile et responsable, tant que nous ne sommes pas vraiment dans le camp des pauvres et que nous acceptons, dociles, les subsides qu’il daigne nous octoyer, le pouvoir nous trouve amusant-es, de bonne compagnie, et même utiles, notamment pour canaliser les colères de la jeunesse révoltée. Mais voici qu’il n’a plus besoin de nous. Nous ne l’intéressons plus car nous passons de mode. Nous nous figeons dans un monde où le changement permanent devient la norme. Nous sommes de plus en plus constitué-es, nous réclamons toujours plus d’institutions, de stabilité, de confort, à des financeurs qui sont pour leur part de plus en plus acquis à l’inconstance du dogme ultra libéral. En un mot, nous demandons toujours plus à des gens qui voudraient nous donner toujours moins.

À cela quelles réponses apporter ? Il y a d’un côté les traditionnalistes, les constant-es, les crédules oserais-je dire, qui pensent qu’à force de négociations mesurées illes obtiendront gain de cause. Qui espèrent encore en la vieille norme qui les vit grandir il y a 20 ou 30 ans et se disent qu’après la crise… Après la crise ? Laquelle ? Illes sont convaincu-es que s’accrocher, tenir bon, rester fidèles à leurs principes, finira par payer, que le vent tournera et que ça repartira, tatata…

Puis il y a ceux et celles-là, ensuite, qui ont senti le vent tourner et qui ont déjà modifié leurs fonctionnements en conséquences. Illes s’adaptent, comme illes peuvent, avec plus ou moins de remords, et font du management éclairé leur projet de structure. Illes vont chercher l’argent là où il est, ne se posent pas trop de cas de conscience mais affichent tout de même quelques vagues commissions participatives et autres jardins partagés pour se démarquer de la concurrence purement commerciale.

Et il y a, enfin, tout à fait à la marge, quelques enragé-es qui refusent d’entrer dans la danse. Illes s’acharnent dans la lutte, s’opposent, résistent, et ce faisant s’épuisent, s’isolent et se découragent à mesure que leurs forces vives se délitent… Un salut à vous , camarades ! Tout ce que vous gagnez n’est que reconnaissance d’estime. On vous apprécie de loin dans le milieu, on vous trouvent inestimables, car vous contribuez à la légende, mais on ne vous soutiendra pour rien au monde car il y aurait trop de risque à s’attirer les foudres d’un potentat local ou d’un arbitre ministériel. La solidarité a ses limites ! En attendant de vous voir abattu-es en plein vol, comme les oiseaux de passage que vous êtes, on compte ses subs en affichant au public de grands paravents de belles valeurs bien saines.

Assez de se cacher derrière les valeurs !! Tout le monde a des valeurs, même les pires salopards de l’Oligarchie ne jurent que par leurs valeurs. Mais peut-on donner nos valeurs à manger ? Peut-on payer en valeurs l’assurance du minibus et le salaire de la comptable ? Enfin, nos activités, qu’elles soient hebdomadairement lucratives ou évenementielles à perte, se remplissent-elles pour les valeurs dont nous prétendons les habiller ou pour la richesse de leurs contenus ? Plutôt que des valeurs, si nous avions des idées ? En d’autres termes : cesser de se payer de mots là où seuls les actes parlent.

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Tous les rapports convergent : là où les gens, le peuple pour ceusses que ce mot ne met pas dans l’embarras, sont de plus en plus instruits, de plus en plus critiques vis à vis de la société, et en demande de plus en plus forte de changement, nous nous contentons de développer quelques jardins partagés, des chorales bien-pensantes qui reprennent de vieux chants révolutionnaires sans y voir la moindre contradiction, des tremplins amateurs où nous célébrons benoîtement l’idéologie dominante à longueur de chansons insipides reprises par des adolescent-es cloné-es… Et bien sûr, d’enrober tout cela avec de grandes déclarations pleines de valeurs et d’universalité… Ah ! Nos fameuses valeurs… Définition de la valeur, svp ? Attention, pas la vieille valeur marxiste, austère et surrannée, non, je demande qu’on me définisse la valeur actuelle, celle du magazine éponyme, celle qui sonne bien creux, celle qui gueule en bourse, celle qui se gonfle jusqu’à la démesure et ne représente plus rien dans le monde réel… j’en ai vu des valeurs bien proprêtes, gentiment alignées dans les projets des MJC : « solidarité » surtout avec qui peuvent payer ; « accueil » ouvert surtout quand les gens sont au travail ; « vivre ensemble » mais chacun dans sa petite salle d’activité, sans déborder des horaires attribués ; « épanouissement » mais peut-être celà voulait-il dire « soyons des fleurs » ? Et quid du développement personnel, recuît à toutes les sauces façon MJC, pour finalement ne développer que l’individualisme et la culpabilité. Chaque cours de « bien-être » qui ouvre, c’est un peu de nos forces collectives qui s’éteignent. Sommes-nous seulement conscient-es du mal que nous faisons avec ces saloperies ? Tout un système cherche à masquer la réalité sociale. Les gens souffrent au travail ? c’est à cause du stress ; il y a de plus en plus de surmenage ? les individus doivent apprendre à mieux se gérer ; de plus en plus de présentéisme au bureau ? ces gens n’ont pas assez de défis personnels à relever, etc. Jusqu’à saturation ! Que l’organisation collective et le partage puissent être porteurs d’une forme d’épanouissement bien plus désirable semble avoir totalement disparu de nos perspectives…

Signe des temps : je me souviens, ado, quand la MJC de St Chamond ouvrait ses portes aux travailleur-euses en lutte venu-es préparer une manifestation, prêtait ses salles aux lycéen-nes en grève ayant besoin de se réunir avant une rencontre avec le Délégué Régional, aux immigré-es souhaitant accéder à l’alphabétisation… 20 ans plus tard, j’assistais consterné à l’Assemblée Générale de la MJC de Petitbourg-sur-Morneplaine, lors de laquelle la présidente expliquait très sérieusement qu’il ne pouvait pas y avoir d’action culturelle portée par l’assocation car cela n’était pas son rôle, que d’autres associations étaient déjà subventionnées pour ça et qu’il valait mieux se concentrer sur les activités rentables (céramique, gym douce et reliure)… J’imaginais André Philippe, mortifié dans sa tombe, s’arrachant les phalanges distales…

Voilà donc ce que nous sommes devenu-es ? De pauvres marionettes sans libre arbitre dont la seule ambition serait de jouer le jeu du pouvoir ? Depuis des lustres nous sommes devenu-es les relais utiles du captitalisme : aucune réforme sociale, aussi douteuse qu’elle soit, que nous n’ayons suivi sans broncher. La dernière fois qu’on a vu les MJC dans la rue, je veux dire, ensemble, groupées, visibles et revendicatrices, c’était pour la bataille des retraites, en 2010. Et avant, et depuis ? Nib, que dalle, néant, le Grand Wallou. Les MJC ne manifestent pas, ne protestent jamais, elles ne sont, paraît-il, pas là pour ça. Quant un syndicat demande une salle, on lui explique que la MJC ne fait pas de politique. Quand un groupe de jeunes demande une salle, on lui rétorque qu’il n’y en a pas de disponible. Quand une association solidaire demande une salle, on lui présente la facture… Et quand on se retrouve entre MJC, on a plein de belles salles toutes équipées, et on se demande pourquoi la population ne veut plus les utiliser.

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J’en ai vu des ces grandes messes, où la noblesse et le clergé des MJC se réunissait, 2 à 3 fois l’an, pour se regarder le nombril tout en cherchant dans ses propres miasmes les raisons d’un tel désengouement. Il y avait dans ces rassemblements quelques parfums de lucidité, noyés sous les mantras d’une bien-pensance incapable de comprendre le désaveux populaire. On y organisait de belles tables rondes, avec forces intervenants charismatiques, qui débouchaient ensuite sur des débats, puis des ateliers, des words-cafés, des forum ouverts… le tout condensé sous formes de minutes joliment tournées, résumés synthétiques, petits journaux humoristiques, clips vidéos, etc. Tout ça pour redire encore et encore les mêmes âneries. Des discours parodiques, des chartes hypocrites… Souvenez-vous, n’oubliez jamis la Convention de Strasbourg, quand 2000 jeunes de France et d’Europe se sont rassemblé-es dans le Parlement Européen. C’était fort, c’était beau, et de cette immense énergie vitale, on a fait une mauvaise blague. À ces jeunes on a demandé de voter, sans les leur expliquer, des propositions vagues et insipides. « Faisons humanité ensemble », d’accord ou pas d’accord ? Attends, je réfléchis – Non, pas le temps, vote ! Proposition suivante: « Nous nous rapprochons de l’éducation nationale » – Euh, non, pas d’accord ont dit les jeunes ! – Pas grave, on s’en fout, on a déjà signé un accord pour vous permettre de vous enrôler gratuitement, d’ailleurs, voici un discours de la ministre, enregistré la semaine dernière, qui vous félicite pour la réussite de ces trois jours de construction collective… Et puis il y a eut l’Appel de Strasbourg, et puis… Non, sérieusement, de qui se moque-t-on ?!

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Tout cela est bien triste, et le pire, c’est qu’il va falloir malgré tout défendre les MJC, ou tout ce qui s’en approche, pour la simple et bonne raison que ce qui nous attends derrière est bien pire. Il va falloir se battre pour sauver ces lieux d’échanges, qui font malgré tout ce qu’ils peuvent pour tenter d’exister un peu, et qui vont peut-être disparaître du fait de leur propre inertie. Il va falloir se battre et inventer les nouveaux modèles, les nouvelles structures, celles qui feront rêver à nouveau. Sommes-nous encore capables d’inventer la formule qui réconciliera Nuit Debout, la CGT, Scicabulles et TEDx ? Je pense que oui, que nous avons ces ressources, qu’elles existent même déjà un peu, d’une certaine manière, quand on observe le bouillonnement interculturel, le délicieux bruit des utopies qui partouzent, dans des maisons qui tiennent encore leur rôle et qui inventent demain (spéciales dédicaces aux aminches du Collectif Salarié-es Associatifs, aux collègues de SUD MJC, aux camarades de manifs, etc).

Il y a des voies, des pistes, parfois de fines traces que seuls les Stalkers de l’Interzone seront capable de suivre, mais il y a de l’espoir. La Capitalisme n’en a pas fini de s’avachir sur lui-même, et il nous est impossible de savoir quelle forme prendra le prochain système, ni quand, ni comment il s’imposera. En attendant, il nous est possible, souhaitable, indispensable de penser l’après. Tant que nous tiendrons, il y aura de l’espoir pour tous les corps militants (syndicats, ong, lanceurs d’alertes, scientifiques, activistes, etc), car nous sommes le liant qui les fédère. Sans nous, chacune des forces progressiste serait bien en peine pour s’unir aux autres. En tout cas, c’est comme cela que je vois notre rôle, et c’est en cela que les associations d’éducation populaire méritent un avenir. D’ailleurs, lorsque nous avons tenter de sauver la Fédé (qu’elle repose en paix), je m’étais pris à l’exercice et avait rédigé, tout seul dans mon coin, quelques propositions. Je pensais les diffuser, mais voyant la tournure que prenaient les choses, j’ai préféré ne pas ajouter d’huile sur le feu… Peut-être aurait-il fallut… En tout cas, voici en pièce jointe à cet article, ma proposition « nvd_contribution_x« , dans le cadre de la Démarche Nouvelle Donne Pour Sauver la Fédé (la DNDPSLF !), vous me direz ce que vous en pensez, les aminches.

Alors voilà, hier une fédération s’est éteinte. Elle a rêvé si haut, lutté, si sûre de ses idéaux, que sa capitulation est honteuse, sa chute même pas drôle ! Cette défaite du fédéralisme pourrait servir de leçon à tous les réseaux partenaires, aux mouvements de jeunesse qui se cherchent un horizon, aux collectifs en mal de reconnaissance, aux assos culturelles sans le sous. Nous devrions en tirer les enseignements pour résister ailleurs, sur d’autres fronts qui ne manqueront pas d’advenir. Les MJC sont toujours là, les maisons accueillent, ouvrent leurs portes, pour quelques temps encore, et déjà elles se réorganisent en nouveaux réseaux. Mais que ceci semble précaire tant cela est déjà vu, déjà circonscrit, déjà battu !

À celles et ceux qui voudraient explorer de nouvelles routes, j’envoie cette invitation : Nous sommes myriades, nous tenons quelques places fortes, bases arrières de nos élucubrations politiques, laboratoires de nos utopies éducatives, campements sauvages de nos hordes voltées… Rejoignez-nous !

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Pour aller plus loin :

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Et maintenant je fais quoi ??  Cf >>> Camp Joubert

Mais surtout, comme ça fait plaisir de vous retrouver, j’espère continuer à publier très prochainement…

Bon baisers de ,

à +

Π

commentaires
  1. […] à d’autres organisations du même ordre. Une analyse parmi d’autres sur le blog educpoptour, un avertissement pour les camarades de l’éducation […]

  2. […] à d’autres organisations du même ordre. Une analyse parmi d’autres sur le blog educpoptour, un avertissement pour les camarades de l’éducation […]

  3. […] Pierre Dévrieux, animateur, était l’un de ses salariés pendant deux ans. Sur son blog, il rend compte de ce qu’il nomme la « défaite du fédéralisme ». Nous publions des extraits de ce post (à lire ici dans sa version originale). […]

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