Así es Sol – Cabo Polonio, Uruguay

Publié: 14 octobre 2013 dans Carnet de route - Road notes, Rézo educ pop - international network

Original Soundtrack : vous pouvez commencer la lecture en vous accompagnant d’un classique de Candombe, la musique traditionnelle uruguayenne, par les maîtres Pedrito Ferreira ou Ruben Rada ; puis enchaîner sur una nueva cancion avec le grand Alfredo Zitarrosa ou bien Los Olimareños ; en arrivant à Cabo Polonio, je vous conseille ce morceau de Jorge Drexler ; et pour finir, une petite surprise sur ce lien

Expo en MontevideoExpo en Montevideo 2Expo en Montevideo 3

Expo en Montevideo 4On peut dire que ça commençait comme d’habitude. J’arrivais en Uruguay plein d’espoir. J’avais trouvé un sujet d’étude intéressant sur internet, une organisation locale tout à fait dans ma thématique, et leur avais envoyé quelques mails de prise de contact. Le premier jour, je me suis installé chez mon hôte et j’ai soufflé un peu après la longue nuit de bus. Balade dans le quartier, sur le front de mer, rien de très aventureux. Le lendemain, je suis retourné voir sur ma boîte mail. Pas de réponse. On ne peut pas dire que ça m’ait surpris, depuis le début, les contacts pris de cette manière avaient presque systématiquement foiré, et la majorité des articles de ce blog ont été écrits suite à des rencontres de terrain. Mais là, ça me foutait un peu les boules parce que l’organisation en question avait l’air vraiment pas mal. Le PEP, ça s’appelle, Programa de Educación Popular (faut traduire?), et sur leur site des explications qui me parlaient juste, comme : “… el P.E.P se inicia como un equipo de trabajo de técnicos que apoyaban a las organizaciones sociales en tareas de capacitación y asesoramiento. Sobre las necesidades emergidas de esta praxis reflexionada,
nace el CURSO INTERDISCIPLINARIO DE EDUCACIÓN POPULAR, como un
emprendimiento conjunto y así continúa siéndolo, más allá de los procesos que
han vivido cada uno de sus fundadores.” Intéressant, non ? Ah, vous comprenez pas l’espagnol ? Fallait pas choisir allemand deuxième langue ! Un autre truc qui m’avait particulièrement branché c’était : “Los educadores populares buscamos el reencuentro del sujeto consigo mismo, con su
quehacer individual y social (individuación), con sus practicas y experiencias, con su
medio y sus posibilidades, con su entorno y su cultura, ya que las transformaciones solo
son posibles con hombres y mujeres que se conocen, se asumen, se valoran, creen en si
mismos y en lo que son capaces de hacer”… Une idée que j’avais vraiment envie de travailler. Alors je suis resté quelques temps à Montevideo, à arpenter la ville entre deux permanences web, à chercher comment rencontrer cette équipe, envoyer des messages à droite à gauche, lancer des lignes sur les forums, passer des coups de fils, etc. Résultat ? Nib, que chi, wallou, néant. Pas la queue d’une interview.

nada más que el cielo y el horizonte...

nada más que el cielo y el horizonte…

C’était pourtant pas faute d’être au bon endroit. La capitale de l’Uruguay, le cœur de la contre-attaque sud-américaine contre l’Empire. Non, j’exagère à peine. Vous entendez parlez des Chavez, Correa, Lula, Morales et compagnie, ouais, à longueurs de journaux, mais quid de Pepe Mujica ? C’est pourtant le président le plus cool du monde ! J’explique : Membre fondateur des Tupamaros, un mouvement politique libertaire d’action directe, autogestionnaire et révolutionnaire, dont il fut l’un des principaux militant, José Mujica a un passé de guerillero particulièrement romantique : Braquages records, prises d’otages, plusieurs séjours en prison, presque autant d’évasions, torture et menace d’exécution, jusqu’à l’amnistie générale de 1985. A partir de là, il abandonne la lutte armée, « trop vieux pour ces conneries », dira-t-il ensuite, comme tout le monde. Tout en restant membre de la direction collégiale des Tupamaros, il prône une large coalition de gauche qui, grâce entre autre à ses talents de négociateur, deviendra finalement le Frente Amplio (Front Large). Ce mouvement lui permet d’abord de devenir sénateur, puis enfin, parce qu’on est quand même pas là pour déconner, Président de la République Uruguayenne, ce qui est tout de même plus classe. En tant que président, il reverse 90% de son salaire à des associations reconnues d’intérêts publics ou de jeunes entreprises sociales, tout en continuant le petit business de vente de fleurs qu’il a avec sa femme. Dans le genre pépère, il se pose là, Pepe. Déjà qu’il avait calmé tout le monde en déclarant son patrimoine avant les éléctions présidentielles, soit une vieille coccinelle de 23 ans, c’est tout, qui dit mieux ? Il en a remis une couche un peu plus tard en inscrivant le palais présidentiel sur la liste des hébergements d’urgence, lors de la vague de froid qui a touché le pays en 2012. Végétarien dans un pays de viandards, il a légalisé le mariage homo dans un pays de cathos, et la marijuana y’a pas si longtemps… Ami lecteur, copine lectrice, si tu sais pas où aller pour tes prochaines vacances, je te conseille fortement l’Uruguay.

Arrêtons-nous là pour ce qui concerne Mujica, c’était juste pour vous mettre un peu dans l’ambiance, et que vous compreniez bien à quel point j’étais déçu de ne point trouver d’interlocuteurs haut-de-gamme à Montevideo. Comme j’étais pas loin du fond, me restait plus qu’à rebondir. Ce que je fis de manière très idéaliste en allant m’échouer sur une côte sauvage de la province de Rocha. Quelques coups de pouce, trois ou quatre bus et un gros camion tout terrain plus tard, je me retrouvais derrière les dunes du Parc National du Cabo Polonio, hameau perdu, même pas une centaine d’habitants l’hiver, en majorité des locaus issus de pêcheurs et des hippies sympas qui vivent là peinards en arnaquant finalement pas tant que ça les touristes.

Entre Montevideo et Cabo Polonio, les sirènes de punta del Este

Entre Montevideo et Cabo Polonio, les sirènes de punta del Este

Dans la bétaillère à touriste qui sert de navette pour relier le village au reste du monde, j’avais fais la connaissance de deux jeunes demoiselles qui, sitôt débarqués, me proposent de loger chez elles, un vieux cabanon de famille qu’elles comptaient squatter pour une semaine. Le premier soir, mes deux circassiennes délurées m’invitent à dîner sur leurs réserves. Dans une cabane sans eau, éclairés à la bougie, nous nous réchauffons sous une couverture commune en échangeant quelques chansons. Sous les effets conjugués du vin rouge et de l’herbe (dont je vous rappelle qu’elle est légale dans le pays), nous en arrivons vite à d’émoustillants jeux de mains, dont je constate qu’ils se sont à la limite du dérapage lorsque j’apprends que mes hôtes sont lycéennes et mineures… Le lendemain, je quitte à regrets mes hôtesses pour le confort succinct mais réconfortant (eau chaude et chauffage au bois), de la seule auberge pas chère encore ouverte en cette saison. Installé pour quelques jours au Viejo Lobo, je fais la connaissance de Seba, un surfeur perché mais super cool, qui gère le lieu durant l’hiver pour son pote le patron, Sol, qui est hébergée gratos en échange de coups de mains, et voilà… En clair, je suis le seul client de l’hôtel. J’ai tout une mansarde (le dortoir) pour moi tout seul, avec vue sur la mer et chauffage au sol (le poêle est juste en dessous), accès libre aux réserves de nourriture (récup’ partagée) et maté à volonté, le tout pour moins de 6€ par jour !

El Viejo Lobo

El Viejo Lobo

Sitôt installé, je descends en cuisine, filer un coup de main à Sol qui s’est lancé dans la réalisation du déjeuner. Chilienne originaire de Valparaiso, Sol est installé au Viejo Lobo depuis six mois, et compte apparemment y rester une ou deux saisons de plus, avant de reprendre la route. Tout en éminçant d’énormes tomates, je l’écoute me raconter son parcours en admirant ce profil qu’éclaire un timide rayon de soleil. Parfait mélange de couleurs andiennes, traits aymaras, yeux quechuas et tempérament andalous. Gitane et Mapuche, Sol est Latino-Amérindienne dans tout son être, et dégage quelque chose de terriblement fort, présence intense, quasi rayonnante dans la faible lumière de cette journée nuageuse.

Après des études en sciences sociales, elle est devenue conseillère juridique dans un planning familial. Quelques années passées à entendre la misère des opprimés lui ont donné la rage et l’envie de foutre le feu à la ville. Elle a commencé à militer au sein d’un groupe radical, de plus en plus activiste jusqu’au jour où elle s’est retrouvée en face d’un juge pour une foireuse histoire d’otage mutilé. Suite à cela, elle a décidé de faire une pause et d’aller se ressourcer sur la route. Nous échangeons les élucubrations d’usage entre voyageurs alors que la vapeur soulève le couvercle de la marmite, et lorsque nos assiette sont pleines nous en sommes aux anecdotes des plans foireux qui font rire seulement passé la prescription d’orgueil. Au dessert, comme nous semblons avoir fait le tour de la question, je la questionne sur sa vie au village…

cABO pOLONIOQuand elle est arrivée, Sol a fait le tour des habitants pour savoir à qui elle avait à faire. J’aurai plus tard l’occasion de me rendre compte à quel point elle a réussit son intégration. Il semble que tout le monde l’adore ! Très vite, elle s’est autoproclamée assistante de l’instituteur de la petite école de Cabo, qui compte 5 élèves en hiver. Lorsqu’il n’y a pas classe, les gamins traînent dans le village et ne sont jamais très loin du Viejo Lobo. D’abord parce qu’il se trouve sur la place centrale, mais surtout parce que Sol est là, et qu’elle a toujours un petit quelque chose pour eux : une histoire, un gâteau qu’elle vient de faire ou un nouveau jeu débile qui fera rager leurs parents. Dans les murs de l’école, elle anime occasionnellement un centre de loisirs, qui accueille jusqu’à soixante enfants au plus fort de l’été. Pour l’aider, elle recrute généralement parmi les vacanciers les moins alcooliques de l’auberge, souvent des surfeurs straight edge aux idées claires, au rire franc et aux yeux marrons. [Parenthèse : un surfeur qu’a les yeux bleus, c’est qu’il a la tête pleine d’eau !]

Escuela, centro social y universidad popular

Escuela, centro social y universidad popular

Mais cela ne suffisait pas, il fallait plus. Sol a fait le tour des amis, et à cinq ils ont démarré l’Université Populaire de Cabo Polonio. Citez-moi un seul autre bled de même pas cent pélots qui puisse s’enorgueillir d’une université, même populaire, même saisonnière… J’attends ? En attendant, le petit groupe composé d’une voyageuse chilienne, d’un couple colombiano-péruvien d’universitaires retournés à la terre, d’un vieux pêcheur du village et d’un doctorant tout droit venu de la capitale, anime une dizaine de cycles par an, sur des thèmes aussi variés que l’économie sociale et solidaire, la sociologie politique, l’histoire des peuples amérindiens, etc. Parmi les sujets notables sur lesquels se sont déjà penché les participants aux cours, une vingtaine par cycle en moyenne, on trouve également pas mal de thématiques environnementales liées à des problèmes concrets qui se posent localement, comme par exemple l’évacuation des eaux usées, un enjeu majeur car en pleine saison touristique, Cabo Polonio déborde, littéralement ! Comme il n’y a pour ainsi dire aucun système d’égout sur la presqu’île, chaque proprio se débrouille un peu comme il veut. Avec le temps, les eaux grises s’accumulent à fleur de surface, et il suffit d’une pluie un peu forte pour que tout remonte. Dans certaines parties du village, on peut alors se retrouver à patauger dans un mélange marécageux peu ragoutant…

Il convient aussi de mentionner le partenariat mis en place avec le Centre Océanographique implanté au pied du phare. A la point du cap, les bâtiment du centre forment un petit ensemble où travaillent une poignée de chercheurs réguliers. Ils sont chargé d’observer la faune et la flore marine de la zone protégée, comme la colonie de loups de mer, les migration de baleines, les dauphins, certaines espèce d’algues endémiques et autres. Lorsqu’ils ont été sollicité par l’Université Populaire, ils ont tout naturellement répondu présents et reçoivent régulièrement les étudiants pour échanger sur les travaux en cours ou les observations diverses. Enfin, l’aperçut ne serait pas complet sans mentionner les recherches de fossiles dans les dunes, où les anciennes tribus de pêcheurs ont laissé de nombreuses traces (vu quelques très anciennes pointes de harpon), et le tout nouveau projet de collecte de la mémoire des plus vieux habitants de Cabo Polonio. C’est d’ailleurs dans ce contexte que Sol et Seba m’emmèneront un soir boire un verre de vin rouge épais chez la légende locale, Joselo, patron aveugle et gay du bar du même nom. Un personnage comme t’en croisera pas beaucoup dans ta vie…

Cabañas del Cabo

Faut dire que malgré l’absence d’électricité, les soirées peuvent être assez animée sur le Cabo, même en hiver. La veille, déjà, invités pour une fête d’anniversaire chez les péruviens, nous étions rentrés à l’auberge un peu pétés, en passant par la plage. La tempête nous entourait, le vent soufflait aussi fort qu’il pouvait, sans pouvoir cependant chasser le mélange de brouillard et d’embruns qui nous enveloppait. Impossible de distinguer la lumière du phare, censée revenir toutes les douze secondes, en revanches, nous étions régulièrement illuminés par le flash des éclairs, au dessus des nuages, dont la lumière diffractée dans l’air saturé d’humidité nous révélait comme en plein jour, le temps d’un clin d’oeil. A quelques mètres de nous, les vagues roulaient en fracas continue, chaque rouleau d’écume s’éclairant dans le noir de manière irréelle. Seba m’expliqua qu’il s’agissait des Noctilucas, une variété de plancton phosphorescente. « Mira », gueula-t-il par dessus le bruit des vagues en pointant mes pieds. Je marchais sur un tapis d’étoiles ! Chaque pas faisait cligner des myriades de lucioles minuscules, qui s’éteignaient aussitôt. L’air lui-même en était chargé, et certains venaient se prendre dans nos cheveux électrisé. On se serait cru en plein Harry Potter. Sol éclata de rire en voyant ma tête surmontée de deux dreadlocks dressées par le vent, qui faisaient comme des antennes au bout desquelles auraient brillé deux leds vert fluo… Dans le même genre, le dernier soir, Seba insista pour que j’enfile une combinaison de plongée et que nous allions nager de nuit dans les vagues. Pris dans les rouleaux, je buvais des tasses d’eau phosphorescente. Quelques mètres plus loin, je sentis, plus que je ne vis, une énorme forme sombre me frôler la cuisse. Mon hurlement de terreur s’interrompit sur une nouvelle goulée d’eau salée. Seba me rejoins alors pour m’expliquer l’absence totale de requin dans la région, due au fait qu’ils étaient chassé par les toninas, ces sympathiques grands dauphins noirs, dont l’un venait de se présenter à moi. Ils étaient trois à nous tourner autour. Nous jouâmes avec eux le temps qu’ils constatent notre infériorité physique en terme de natation, nous fasse un dernier tour et ne s’en aille chasser plus loin. Rentrés à l’auberge, je fis part de mon exaltation à Sol, qui lança un regard amusé à Seba, me racontant qu’il avait déjà fait le coup à une bonne dizaine de touristes, dont certains n’étaient pas passé loin de l’attaque cardiaque… humour de surfeur, probablement…

Et puis il fallut partir. Ce que Sol et compagnie faisaient sur leur petit coin de Terre était véritablement passionnant, mais j’avais encore de la route à faire. En bouclant mon sac, je me maudis un peu d’avoir perdu autant de temps à Montevideo, un peu d’avoir pris des engagements au Brésil pour le week-end d’après, et je dis au revoir en oubliant totalement de prendre les coordonnées ma nouvelle pote. Si vous passez par Cabo Polonio, allez faire un tour à la Pousada del Viejo Lobo, et demandez Sol de ma part. Dites-lui qu’elle me donne des nouvelles, à l’occasion…

cABO pOLONIO

Pour aller + loin:

un article bien écrit et très complet sur le Cabo (ES)

le site officiel (ES)

un portail en anglais

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