The Pot au Pho Project

Publié: 20 juin 2013 dans Carnet de route - Road notes, Copinages - Friends

Saigon by nightAprès un sommeil de quelques mois, EducPopTour se réveille enfin, tout en douceur.

En guise d’étirement matinal, un petit article baillé depuis la campagne Argentine, toussoté au soleil d’automne, gratouillé du calbute au rythme du hamac, tout ça pour replonger dans les limbes feignasses de mes semaines oisives à Saigon.

Rendormez-vous, y’aura du neuf plus tard. Pour le moment, je vous remmène au Vietnam…

...

Un contact, juste un email, le pote d’un pote, brièvement rencontré quelques années en arrière, bref, à peine l’ébauche d’une connaissance. Parfois, ça suffit. Contacté par mail en cours de route, Julien m’avait donné l’adresse, rendez-vous chez lui, le 18 à 18h. Dans le taxi qui m’y emmenait j’essayais vainement de me souvenir de lui, mais rien de plus qu’une petite photo ridicule, rien de moins pixelisé que son avatar internet. 250.000 VND de taxi plus tard (ça fait mal !), c’est à dire après avoir traversé plus de la moitié de la ville, me voilà devant l’entrée du City Garden. La résidence est imposante. Trois tours rondes s’élèvent massivement dans le paysage du quartier populaire de Bình Thạnh, sécurisées comme il se doit par le dispositif habituel des ghettos de riches : vigiles, barrières, caméras, badge magnétique et compagnie. Avec ma dégaine de routard pouilleux qui vient de se taper une journée de bus, je n’entrerais dans aucun de ces jardins d’élite si nous étions dans un quelconque pays occidentalisé. Oui mais voilà, on n’y est pas ! Sac à dos en travers de l’épaule, je passe la sécu avec un grand sourire assorti d’un vibrant «Chào anh!» au planton de service, et passe. De toute façon, je suis blanc, donc riche pour le quidam indigène, donc tout à fait plausible en tant que résident. Racisme ordinaire, quand tu nous tiens… Au pied de la tour n°1, la chose se corse un peu quand je sonne à l’interphone sans obtenir de réponse. Un autre vigile s’approche pour s’enquérir des raisons de ma présence, pas du tout intimidé par mon européanitude et même plutôt inquisiteur, alors je décide d’appeler Julien pour ne pas me faire virer. « Une réunion plus longue que prévue, me dit-il, attends-moi au bar de la piscine » « au bar de la quoi ??? (un rapide tour sur moi-même confirme la présence du dit plan d’eau) Ok, à toute ». Il me rejoins deux bière plus tard, que nous prolongeons par trois autres en essayant vainement de nous souvenir l’un de l’autre, c’est à dire en faisant connaissance, avant de gagner son appartement du 18ème étage. Là je rencontre Quyen, sa pétillante compagne, qui nous accueille en toute simplicité, avant de nous inviter à passer à table.

Et voilà comment ça a commencé.

City Garden, 18è étage

City Garden

À ce stade du récit, vous vous demandez peut-être où je veux en venir, puisque de toute évidence, il ne va pas être question d’éducation populaire dans cet article. C’est vrai. Mais j’ai profité d’un si agréable séjour en leur compagnie, que je voulais les remercier, à ma façon, pour leur chaleureuse hospitalité. J’en ai connu des foyers accueillants, au cours de ce voyage, mais après tant de route, les quelques semaines passées à contempler Saigon depuis leur balcon m’ont parues si délicieuse qu’il me fallait absolument laisser une trace.

Julien est arrivé au Vietnam il y a huit ans. Avec son diplôme d’ingénieur pour seul investissement, il a monté une petite entreprise de consulting en supply chain, qui lui permet aujourd’hui de vivre confortablement. En cours de route il a rencontré Quyen, qui fut d’abord une amie, puis une coloc, et enfin une partenaire complice avec qui il partage sa vie. Touche à tout, elle peint, elle décore, elle conseille, en design, en image ou en communication, et surtout elle aime la vie. Installé dans la chambre d’amis, qui est aussi le studio musique de Julien, j’ai profité de leur confiance pour prendre du temps, pour moi, pour lire, écrire et me recharger les batteries. Ensemble nous avons assisté à quelques concerts et autre soirées, nous avons rivalisé de prouesses en cuisine ou encore cabotiné devant les caméras de la télé viêt !

Avec Julien

Séquence télé devant la Poste de Saigon, avec Julien

L’hospitalité est une tradition qui remonte probablement aux premières heures de la sédentarisation humaine, pour ce que j’en sais… Menacée de disparition dans certaines cultures trop individualistes ou certaines maisonnées trop paranoïaques, elle est en revanche toujours sacrée pour les Mongols ou les Berbères, les Peuls, les Mapuches, les Touaregs, les Inouits, les Lakotas, pléthores de traditions ancestrales ainsi que chez tous les Quyen & Julien du monde. Elle a ses règles, immuables, non-écrites. On ne peut apprendre l’hospitalité qu’en la recevant, tel un cadeau, puis en la pratiquant à son tour. Elle s’adapte aux mœurs et aux technologies. S’il ne reste plus guère d’aventuriers au long cours, partis sans billet retour, il y a maintenant des millions de couchsurfeurs, et au moins dix fois plus d’amis d’amis, contacts griffonnés sur un bout de papier, qui la perpétuent contre vents sécuritaires et marées néo-libérales. Idéologies nauséabondes qui voudraient la tuer. Ce qui est surtout amusant dans cette histoire, c’est que même au cœur d’une de ces forteresses parano- contemporaine, donjons de verre des seigneurs du néo-capitalisme, on trouve encore l’hospitalité. Du haut de la tour, je regardais mes hôtes travailler côté à côte, et je souriais, heureux de ce pied-de-nez social. Ils vivaient avant dans une coquette petite maison du quartier. Une baraque typiquement vietnamienne, avec son bout de jardin luxuriant de plantes en fleurs où il faisait bon recevoir les amis. Avec le temps, les moustiques, les rats et l’humidité ont finir par leur faire rêver d’un peu de confort mieux ventilé. Leurs affaires le permettant, ils ont craqué pour la vie de château, et ce n’est pas moi, qui ai profité tous les jours de la piscine, qui vais les en blâmer ! Chez eux on trouve de vieux meubles de récupération soigneusement retapés, des guitares, un très vieux projecteur 16mm, le Monde Diplomatique, des bières en quantité, beaucoup d’air, une cuisine toute équipée, des amis de passage, trois charmantes statuettes du Boudha, de bons livres, l’eau chaude à volonté, une vue imprenable sur les levers et couchers de soleil, des tableaux peints par la maîtresse de maison, posés à même le sol à côté des plantes vertes… Bref, on se sent bien, un peu comme chez soi.

Séquence guitare pour la caméra

Séquence guitare pour la caméra

Vietnam nord-sud 350

Un soir, je découvre entre deux apéros un autre de ces projets sympathiques qui animent le quotidien de Quyen et Julien : « le Pot au Phở ». Il s’agit d’un petit livre illustré, en cours d’élaboration, où les deux s’amusent avec les mots transparents de leurs langues respectives. Julien est francophone, Quyen parle sud-vietnamien, ensemble ils communiquent en anglais, mais la colonisation française, qui a pris fin en 1954, a laissé d’innombrables traces. Les vietnamien d’aujourd’hui se sont appropriés un grand nombre de mots issus du français de l’époque. Julien et Quyen en ont répertorié plus de 800. Certains sont repris quasi à l’identique, d’autres ont été polis par les prononciations locales, et au final, ces mots voyageurs ont traversé le globe et se sont acclimatés pour rester là où ils étaient accueillis. Les langues aussi connaissent le sens de l’hospitalité.

Vietnam nord-sud 357Vietnam nord-sud 356Vietnam nord-sud 355Vietnam nord-sud 354

Moi qui, tout au long des pays traversés, passe plus de temps à chercher les similarités que les différences, ce qui nous unis en tant qu’humains, plutôt que ce qui nous divise, j’ai été tout de suite emballé par cette idée. Partout des autochtones m’ont vantés la main sur le cœur la grandeur d’âme si exceptionnelle de leur peuple, ou bien ces viles perversions typiques à leurs cultures. Chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de trouver travers et bontés plutôt bien partagés au sein de l’espèce humaine. Qu’on arrête avec nos cliché à la con ! Les Françai-es ne sont pas plus râleurs que les Marocain-es, les Chinoi-es ou les Argentin-es. Des Allemand-es peuvent être aussi drôle que des Québecois-es et les Chiliens sont à peine moins à l’heure que les Tunisien-nes… Bien sûr il y a des traits de caractères, parfois plus soulignés qu’ailleurs, et ne vous attendez par à voir un inconnu vous sourire dans une rue moscovite ou un serveur vous prendre en considération dans les cafés parisiens, mais à part ces petits détails, qu’il y a-t-il de si différent ? Dans toutes les capitales les taxis essaieront de vous arnaquer, non ?

Vietnam nord-sud 352Vietnam nord-sud 351

Je ne vais pas m’étendre pendant des lignes sur la question, je crois que vous avez capté l’idée. Reste que ce Pot au Pho Project, tout à sa petite mesure, est finalement une autre de ces passerelles tendue entres les cultures pour juste un peu plus de compréhension. Et peut-être moins de haine ? Peut-être… D’ailleurs, à propos de compréhension, m’est avis que certain-es d’entre vous n’ont jamais entendu parler de Phở, me trompe-je ? Ok, alors commencez par prononcer « feu » en élevant un peu le ton sur la fin. Oui, le viêt est une langue tonale, l’une des plus difficile au monde d’après certaines personnes (et je je suis sacrément d’accord, ça fait un point commun avec le Français). Ensuite, imaginez une généreuse soupe de nouilles de riz mijotées avec coriandre, gingembre, oignon, cardamone, relevée de bœuf, poulet ou ce qu’on veut, et servie accompagnée de citron vert, de piment fort (au choix) et surtout, de nước mắm, cette sauce de poisson fermenté, à mi-chemin entre le raffinement du vinaigre balsamique et la toxicité d’une arme chimique, sans laquelle le Vietnam ne serait plus tout à fait lui même… Petit-déjeuner, fast-food ou souper léger, ça se déguste sans scrupule et à toute heure.

Vietnam style !

Vietnam style !

Après cette incartade culinaire, retour à l’article. Pour dire que… Ben… Plus rien, en fait. Je voulais faire court, alors mieux vaut s’arrêter là.

Un dernier coup de chapeau à mes hôtes, Julien, Quyen, ainsi que tous les autres partout ailleurs, et je tire ma révérence.

Quyen paint 2

Crédits photos: pour une bonne partie, merci Quyen ;-)

Crédits photos:                                                                pour une bonne partie, merci Quyen 😉

Ciao la compagnie, à +

Ciao la compagnie, à +

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s