Pour Quelques Vodkas de Plus

Publié: 26 novembre 2012 dans Carnet de route - Road notes

L’expression « bouffer de la route » a-t-elle un sens ? Dans mon cas ce serait partir de St Pétersbourg (Russie) et arriver à Beijing (Chine). Entre les deux, 3 étapes : Moscou, Irkoutsk et Oulan-Bator. Pour les amateurs de chiffres : 10 000 Km, 150 heures de train, 20 parallèles, 76 méridiens, 5 fuseaux horaires… Le tout en 46 jours et autant de bouteilles de vodka !
Pour les autres, résumé en quelques flashs…

En plein centre de St Pétersbourg, une plage au bord de la Neva…

3 septembre 2012, 8h du matin : arrivée à St Pétersbourg. Il pleut. Marcher des heures sans le moindre rouble en poche avant de trouver enfin un ATM et pouvoir gagner son auberge en métro… Ah ! Le métro… La civilisation à portée de tous pour le prix d’un token.
A SP, le Cuba Hostel, un refuge pour backpackers chaleureusement accueillis par une équipe incroyable de gentillesse et de sympathie. Mille mercis à Anja, Oxana et l’amie Natacha. Sans oublier Pacha, pour cette balade nocturne à la levée des ponts, sous la pluie en compagnie de 2 adorables thaïs , 1 mexicain déjanté, 1 japonaise lunatique et 1 français très studieux – mémorable beuverie le long des quais jusqu’à la dernière bouteille du matin : « Happy Birthday Alfredo ! », et hop, un petit coup de vodka pour fêter ça !
Visite (ben oui quand même) en compagnie de Tacha, du Musée de l’Hermitage, l’un des plus beaux du monde. Rester scotché devant les Matisse, les Renoir, les Van Gogh… Découvrir au détour d’un couloir l’époustouflant « Départ pour le marché » de Constant Troyon, et rester pendant plusieurs minutes la bouche ouverte, stupéfait de tant de réalisme et de maîtrise dans le jeu des lumières… Puis se détendre en allant buller au soleil sur l’improbable plage de l’île Zaïatchii ! Revenir à l’auberge et débattre avec les camarades voyageurs du nombre de jours nécessaires pour visiter l’Hermitage en entier. A raison de 60 000 œuvres exposées dans environ 1000 salles, si on compte deux minutes par œuvre (déplacements de l’une à l’autre inclus) ça nous fait 83,33 jours de visite, un peu plus avec les pauses pipi ! Résultat obtenu après moultes délibérations et quelques verres de vodka…
Poser mon sac chez Tony et Olga, petit couple krô mignon qui vit dans une coloc’ géante à la russe (9 chambres, env 20 personnes). A peine soulagé de la charge, grimper sur le rebord de la fenêtre et trouver la vue très belle. Puis, à l’invite de Tony, crapahuter sur le toit et trouver la vue encore plus belle, mais monter sur le toit d’à côté et avoir une vue à 360° avec les reflets du soleil sur les flèches dorées des cathédrales, et faire le tour du bloc sans toucher terre, tout en croisant quelques autochtones dans leurs activités quotidiennes : dégustation de bière pas chère, culture clandestine du chanvre, bronzette au soleil, échecs, durak (jeu de carte super compliqué) et bien sûr : Vodka !
Accompagner Tony et Ola sur Nevsky Prospekt et assister à leurs perfos de feu jusqu’à ce que les flics nous délogent, alors bon, pour pas rester sur une déception, ils décident de rentrer à la maison pour m’enseigner l’art et la manière de boire une bouteille de Vodka.

Ola & Tony jouent avec le feu !


Le dernier soir dans la coloc, rencontrer Anton, militant d’origine biélorusse, réfugié politique en Russie, animateur du mouvement Occupy Russia et hacktiviste multi-cartes à ses heures perdues. Avec lui découvrir le dessous des cartes géopolitique russes, parler de Voïna, Pussy Riots et quelques autres… Mais surtout, moment d’émotion incroyable, alors qu’il tente de parler d’une catastrophe récente (inondation) dans la ville de Krymsk, ses yeux s’embuent et sa voix déraille. Il ne trouve plus ses mots en anglais alors saisit son ordinateur et tape sur google trad :
« правительство скрывает колличество жертв и утверждает что погибло только 171 человек, но на самом деле они утопили 6000 человек, я работал в крымске волонтёрам, город был закрыт для вьезда, бля обычных граждан, и мы работали на уборке трупов, в первый день мы загрузили 356 человек в фургон рефрежератор, а таких как мы были тысячи людей которые приехали помочь… »
A mesure qu’il écrit, le logiciel traduit et je découvre peu à peu l’histoire, ici en brut, telle que  »translatée » par le robot :
« Government hides the surprising number of victims and said that only 171 people were killed, but in fact they were drowned 6000, I worked in Krymsk volunteers, the city was closed to the entrance of a fucking ordinary citizens, and we worked on cleaning the corpses, the first day we loaded 356 refrezherator people in the van, and we were like thousands of people who came to help… » – A 4h du matin boire une dernière vodka en compagnie d’Anton qui part pour Moscou et m’y donne rendez-vous dans quelques jours pour participer à la Marche des Millions.

Masha & Dasha, mes hôtes moscovites

13 septembre, Moscou. Retrouver Masha & Dasha, les jeunes russes hyper-attachantes que j’avais hébergé 4 ans plus tôt à Lyon, toujours aussi souriantes, toujours aussi actives, mais peut-être un peu moins délurées, et peut-être un peu trop macquées ! Petite déception passagère… Masha bosse pour le Bolshoï, où j’aurais droit à une visite privée des coulisse et de monter sur la scène à trois heures de la première d’un nouveau Casse-Noisette, alors que les techniciens s’activent pour finir les derniers réglages… Impressionnant ! Je demande à Masha combien coûte une place en loge présidentielle, le magnifique balcon tout ornementé que j’aperçois là-bas ? Réponse : si tu as 500 000 roubles pour la place et à peu près autant pour le bakchich, tu peux espérer y poser ton cul d’ici cinq à six mois… Sans appel.

Visite du Bolshoï pour moi tout seul !


Avec Dasha, en revanche, je me retrouve à la Plateforme, un centre d’art et de spectacle non loin du métro Kurskaya. Là cohabitent une vingtaine de galeries tremplin, petites scènes, ateliers, bistrots et murs pour graffeurs, tous plus ou moins dédiés à la jeune scène moscovite. J’assiste à la très surprenante représentation d’un spectacle mêlant 7 danseurs et 1 comédienne sur une musique originale interprétée en live par 6 musiciens. Le texte, écrit à la première personne, est inspiré de témoignages de soldats revenus de Tchétchènie. Le spectacle est très beau, très fort, j’en prends plein la gueule et ressort sacrément marqué… Pour me remettre, rien de tel qu’une petite vodka en compagnie de l’équipe du spectacle…
Le lendemain, c’est la Marche des Millions : grande manifestation unitaire à l’appel de tout ce que la capitale compte d’opposants à Vladimir Poutine. Une centaine de milliers de personnes se rassemblent au métro Pushkinskaya et entre sur le parcours du cortège en passant un dispositif policier démesuré. Rien qu’à l’entrée, ils sont au moins dix à chaque portique (pire qu’à l’aéroport), plus les chiens, et ensuite ils délimitent le parcours en formant un cordon continue de chaque côté des différents boulevards traversés, je dirais environ 6km de flics et militaires en tous genres, le tout saupoudré de quelques hélicoptères… En cherchant mon pote Anton, je tombe sur 2 journalistes de Radio France à qui je pose deux ou trois questions sur leur analyse de la situation, mais ceux-ci, plutôt blasés, ne répondent qu’évasivement avant de s’éclipser pour aller se taper la cloche au resto, très pro… Je continue à chercher et trouve à peu près tout le monde, des antifas très en colère aux LGBT pas contents, en passant par les vieux trotskos paranos et les cocos néo-bobos… Mais toujours pas trace d’Anton. Lorsque je distingue enfin deux pauvres drapeaux oranges siglé « Occupy Russia » qui flottent au loin, je me précipité sur eux et fini par apprendre que mon rencart n’a pas pu passer la sécu et s’est éclipsé discrètement avant que les condés ne s’intéressent de trop près à son cas… Bon, tant pis, je vais me consoler avec une petit vodka.

Moscou, la Marche des Millions…


Le jour du départ, je suis tout excité. Pensez : le Transsibérien, un rêve de gosse !! Je prépare mon sac en prenant tout mon temps, persuadé que le train pars à 22h. Et puis, au moment de mettre le billet dans la même poche que mon passeport, je jette un œil… Stupeur : je me suis trompé de billet, j’ai confondu avec le Irkoutsk/Oulan-Bator, le train que j’étais censé prendre ici, à Moscou, est parti depuis 4h !!! Sueurs froides et malaise, je téléphone à l’agence, mais ils ne peuvent pas faire grand chose hormis me conseiller d’aller sans tarder à la gare et de changer le billet pour le prochain train… Quelques métros, queues aux guichets et pourparlers plus tard, j’arrive à échanger ma troisième classe ratée contre une couchette en seconde qui pars le soir même, à minuit. Ouf ! Rassuré, je vais attendre au bar du coin en sirotant une petite vodka. Je me dis que sur ce coup là, j’ai probablement battu mon record personnel de connerie, mais plus de peur que de mal.
Ayé, me voilà bord du Transsibérien. Première surprise : que des russes ! Curieux, je tente de converser mais personne ne parle anglais. Finalement, je dégote Vadim, qui est entraîneur de l’équipe russe junior de kickboxing et revient d’un championnat à Bratislava. Celui-ci m’explique que si j’avais eut mon autre train, le Moscou-Pékin n°4, je me serais trouvé entouré de touristes. Mais là, je suis dans le Moscou-Khrabarovsk n°44, que les étrangers ne prennent presque jamais. Ma bourde initiale, pour laquelle je me serais volontiers giflé, se révèle finalement être de très bon aloi, me voici parti pour 4 jours de folie, immergé dans le russkof jusqu’au cou…

Une étape du Transsibérien, parmi tant d’autres…


Vadim, Kolas, Katya, Irina, Dmitri, Sofia, Anton, Sergeï et tous les autres… Grâce à vous ce voyage est marqué dans ma mémoire. 96 heures de picnic non-stop, à déguster vos spécialités de toute la Russie ; de poilades, à entendre vos histoires délirantes et à tenter d’apprendre votre langue ; de débats historiques sur l’ampleur de la déculottée infligée à la Grande Armée Naboléonaine… Mais aussi de longues rêveries solitaires en regardant par la fenêtre. Le paysage ? Taïga, Taïga, Taïga pendant 6000Km… A noter, également, cette inoubliable soirée au wagon resto, invité par un général en retraite et deux membres du Rotary Club, qui régalent jusqu’à plus faim et rincent jusqu’à l’excès, allant jusqu’à transvaser une bouteille de vodka dans une autre, plus jolie, de cognac, à l’aide d’un billet de 1000 en guise d’entonnoir, qu’ils dédicacent et me laissent en souvenir…

Arrivée à Irkoutsk de nuit, sous la pluie. Rencontrer la délicieuse Julia, mon hôte, et l’accompagner à un concert de balalaïka électrique endiablée, par un duo de zikos bien allumés, avec qui nous éclusons vodkas sur vodkas jusqu’au petit matin, tandis que je me fais draguer par un journaliste gay complètement pété. Le lendemain soir, rencontre avec Nico, un pote de Julia, voyageur installé sur l’île d’Olkhon, où je compte justement aller faire un tour. Il me file les bons tuyaux. J’ai entendu parler de la Philoxénia ? Bien sûr qu’il connaît ! Ce refuge pour backpackers est tenu par Sergeï, seul CouchSurfeur de l’île et actuellement son meilleur pote. Un russe qui a étudié la philo à la Sorbonne et rencontré Dieu sur une île grec, où un pope orthodoxe sibérien lui a proposé de devenir son sacristain, ce qui l’a fait débarquer sur Olkhon, avec femme et enfants, pour devenir sonneur de cloches de l’église orthodoxe de Khoujir. Problème : Sergeï est en vacances. Nico, qui vit au Nikita’s Homestead, me conseille de tenter le coup chez lui, où je pourrais sûrement négocier un bon prix…
Le lendemain matin, levé très tôt après une nuit sans dormir, malade comme un chien et fiévreux comme un cheval, je m’écroule dans le bus et pionce pendant les 6 heures du trajet. Arrivé à la Philoxenia, je constate que c’est effectivement fermé, et me dirige donc vers le Nikita’s. Premier jour parfait : bonne bouffe, grosse sieste et banya (sauna russe) réparateur, je vais déjà mieux ! Ce soir là, je refuse tout de même la petite vodka de bienvenue, soyons un peu sérieux !

Olkhon : un des 5 pôles mondiaux de l’énergie chamane


Un semaine sur l’île d’Olkhon : Orgies de poisson frais ; Jardinage et bricolages en échange de nuitées gratis ; Banya éthylique en Cie d’Heini (mignonne finlandaise), Justine (sympathique française) et les Vamos Primo (que Nico fini par sortir du sauna avant qu’ils ne s’y endorment complètement torchés) ; Longues histoires de voyages le soir au ‘bistrot français’ ; Grandes balades côtières dans des paysages à coupé le souffle ; Nadia, la charmante slaves aux yeux noisettes qui m’envoie visiter les chamanes, cette bande de charlatans, plus alcooliques que guérisseurs ; Baignade dans l’eau gelée, parce qu’il paraît qu’il faut le faire, sans oublier, dès qu’on sort, la petite vodka qui réchauffe…

A Khoujir, j’ai trouvé un semblant d’éducation populaire en découvrant l’existence de « Berkoute » (Aigle Royal). Il s’agit d’une association qui organise différents projets environnementaux et culturels avec les jeunes de la région. J’en parle avec Natalia lors d’un entretien, et elle me raconte avoir lancé cette idée dans un soucis au départ purement écologique. Avec des enfants et ados du village, ils allaient ramasser les déchets, nettoyer les plages, les sentiers, recycler ce qui était recyclable, etc.
Ces opérations « poubelles », aux cours desquels les participants faisaient aussi de la sensibilisation en peignant des panneaux pour demander aux gens de ne pas jeter leurs ordures n’importe où, a eut un impact certain. Aujourd’hui l’île est beaucoup plus propre qu’avant. Cependant Natalia relativise la part de Berkoute dans cette réussite en rappelant que le développement du tourisme a aussi eut un effet certain ! Mais ces activités ne passionnant pas les jeunes (tu m’étonnes!), l’association s’est rapidement essoufflée. Par la suite, ils ont relancé la dynamique en élargissant les activités proposées. Les jeunes peuvent aujourd’hui participer à des projets culturels ou sportifs. L’association, grâce a quelques financements publics, a même réussi a ouvrir une école de musique qui emploie deux professeurs à plein temps et compte une cinquantaine d’élèves. Cette école, imaginée par Natalia, rend Nikita super jaloux puisque son club de badminton (il est lui-même ancien champion de ping pong) ne compte que 7 jeunes sportifs !!
Aujourd’hui l’association va son petit bonhomme de chemin. Les enfants partent en camp dans la région, créent des spectacles qu’ils vont jouer un peu partout (même en France!), organisent des soirées ciné… Natalia admet qu’elle est probablement pour une bonne part dans le développement culturel local. Avec l’arrivée de la manne touristique, la face de l’île et particulièrement Khoujir ont été transformés. Natalia souhaite que Berkoute participe à un éveil des consciences qui empêcherait les habitants de perdre leur identité culturelle en plongeant tête la première dans le mirage du progrès et la consommation à tout va que permet l’argent facile. Elle aimerait que les gens du village n’oublient pas leur mode de vie traditionnel. Pour cela elle projette d’ouvrir un petit musée ethnographique où elle travaillerait avec les gens à mettre en valeur le patrimoine Bouriate ainsi que ceux des autres peuples de la région du Baïkal (Tatars, Khalkhas, Yakoutes, etc).
Cependant ce désir de sauvegarde d’un mode de vie est contrarié par la réalité des faits : la plupart des jeunes ne rêvent que d’exil. Dans leur immense majorité, tout ce qu’ils souhaitent c’est partir étudier, puis travailler à l’Ouest de l’Oural ou bien en Asie. Quand ils reviennent au pays, c’est souvent qu’ils ont réussi ailleurs mais veulent fonder leur famille et voir grandir leurs enfants ici.
La conversation s’oriente alors sur des considérations légèrement plus politiques. Lorsque je demande à Natalia si elle pense que Berkoute a un rôle à jouer en terme d’éducation citoyenne, elle hésite à me répondre et évite le sujet. La communauté est très autonome, m’explique-t-elle, mais certaines tâches incombent au gouvernement local (Oblast d’Irkoutsk) ou national, comme le renouvellement des vieux instituteurs de l’école où la construction d’un réseau d’eau potable (l’île est ravitaillée par camions citernes). Sur certains sujets, elle pense que l’association pourrait être force de proposition, mais d’une manière générale, elle refuse catégoriquement de voir Berkoute associée aux enjeux politiques locaux, malgré la position de notables qu’elle et Nikita occupent à Khoujir… Nous concluons l’entretien par une visite des nouveaux locaux de l’école de musique, puis la patronne des lieux s’esquive avant que je ne la relance sur un sujet trop sensible… Fin de l’entretien, j’ai quand même gagné le droit de rester 3 jours de plus, logé, nourris, en échange d’un peu de jardinage et quelques coup de mains.

Entretien avec Natalia, en terrasse du Bistrot Français – Khoujir, Sibérie…

Et voilà, retour à Irkoutsk, sous la pluie, mon sac non protégé sur le toit d’une machtriochka surchargée, aux pneus lisses comme des culs de bébé… Pour se remettre de ces émotions et en attendant le train du soir, quoi de mieux qu’un petit verre de vodka ?

Salut Lénine, à la prochaine !

2 octobre 2012, 6h du matin, arrivée à Oulan-Bator Tabor, Mongolie.2 octobre 2012, 6h du matin, arrivée à Oulan-Bator, Mongolie. Il fait beau malgré le nuage de pollution qui recouvre la ville. Dans le taxi qui m’emmène à l’aéroport, je regarde défiler le paysage sordide de cette capitale surpeuplée, des corbeaux zèbrent le ciel, la fumée sort des cheminées, des hommes en bottes de cuir chevauchent sur les collines, j’ai 32 ans aujourd’hui.
Quelques cafés plus tard, l’avion de Papa arrive enfin et nous tombons dans les bras l’un de l’autre, émus. Il y a aussi Mina, notre adorable guide francophone, et Sandak, vieux chauffeur malicieux. A peine le temps de souffler, on embarque, visite du grand temple bouddhiste, resto, visite d’une fabrique de cachemire, départ pour la steppe… Dans le 4X4 qui nous emmène au Parc National d’Hustai, nous regardons défiler les paysages sans fin, les troupeaux, les collines arides… Le soir, arrivé dans un camp de gers au beau milieu du parc, Mina et Sandak décident de marquer mon anniversaire et m’offre, devinez quoi ? Une bouteille de vodka !

Père et fils en Mongolie


Au petit matin, nous allons observer les chevaux sauvages, plus tard, un peu plus loin, ce sera balade en chameaux. Mais surtout, les rencontres avec les nomades, qui en quelques mots à peine nous donnent de superbes leçons d’existence. Bien sûr, comme le veux la tradition, à chacune de ces rencontres nous dégustons l’Airag, bière mongoles à base de lait fermenté… Et puis cette scène mémorable, au retour des sources chaudes, dégustation de vodka au beau milieu d’une vallée sauvage, avec tout le cérémonial : jeter trois gouttes au vent avant de siffler son verre…

Pause vodka au milieu de nulle part…


Fin du périple, retour à Oulan-Bator. Journée shopping avec le père, et pause croissants à la Boulange, un café français où je rencontre Mata, jeune artiste voyageur, qui m’invite chez lui, affaire à suivre… Le lendemain, c’est l’heure du départ pour papa, et nous sommes tous les deux terriblement émus de nous séparer. Nous nous embrassons chaleureusement, et de grosses larmes se mettent à couler lorsque je le vois s’éloigner vers l’embarquement.
Le lendemain, je retrouve Mata et nous causons pendant à propos de tout, de nous, de nos voyages, du projet de village culturel sur lequel il travail avec les artistes du Collectif Blue Sun… Je décide que tout cela me plaît et suit le bonhomme jusqu’à Yarmag, au sud de la ville, dans un orphelinat désaffecté ou Blue Sun a choisit de s’installer en communauté. Pour fêter mon arrivée, Mata me propose d’ouvrir une petite bouteille de vodka, que nous dégustons en compagnie d’Alban, un camarade voyageur sur le départ…

Mata et son Loup des Steppes


Ah ! Yarmag ! Quelles journées magnifiques en ces lieux… L’énergique et enthousiasmante Rose, voyageuse au long cours ; les Blue Sun, mais je vais écrire un autre article sur eux ; cette soirée à UB (avec Antonin de France, Malou d’Australie, Johnny de Corée, Joey et quelques fiers mongols) ; cette longue randonnée dans la montagne, hors des entiers battus, dans une vallée interdite ou Mata a trouvé un superbe bois séché dans un pierrier, que nous ramenons à dos d’homme ; cette réunion avec les artistes qui se finit en chansons jusqu’au bout de la nuit ; cette visite au Narantuul (le marché noir), où je me rate en sautant un ruisseau et me retrouve les pieds complètement gelés jusqu’au soir, sauvé par une grande bassine d’eau bouillante, le pied ! Ce dernier soir à l’orphelinat, bouffe avec les artistes, puis visite des ateliers, puis Antonin qui arrive alors que personne ne l’attendait plus et c’est la fête jusqu’à 4h du mat’… Avec, bien sur, au moment de dire au revoir, une dernière vodka pour la route…

Soirée avec les artistes du Collectif Blue Sun


Retour à UB. Préparatifs du départ, dernière nuit au Golden Gobi Guest-house, minibus pour la gare à 6h du mat’ et c’est parti pour la dernière étape en train. Je regarde le soleil se lever sur les vallées couvertes de givre. Il fait -7° et je frissonne en pensant à mes amis restés dans cette grande bâtisse inchauffable (mais finalement si, apprendrais-je plus tard). Un peu triste, tout de même, de les quitter aussi vite. Mais je reviendrai, me dis-je en souriant, on finit toujours par revenir là où il y a des amis pour vous accueillir…
Je pense à la chanson de Corringe, dont mon père est fan :
La route m’appelle et m’attire / A l’est, à l’ouest, au sud au nord
Ce soir ici, j’ai trouvé un lit / Demain je coucherai dehors
Beaucoup de routes ramènent vers vous / Mais la route m’entraîne toujours
Et j’ajoute des lieues et des lieues / Aux lieux qui me séparent de vous.
Oh, bien sûr, j’ai souvent faim et froid / J’ai envie de m’arrêter parfois
Mais ma route m’entraîne toujours / Désir de concrétiser un symbole
De posséder l’unique beauté / Que l’on nomme Liberté.
Que m’importent droits et doctrines / Ma seule loi c’est la fatigue.
Que m’importe le temps qui passe/ Quand mon seul guide est le hasard.
Quelquefois une longue halte / Pour satisfaire une compagne
Mais le vent qui crie et qui passe / M’invite à prendre le départ.

5h de l’après-midi à Pékin, il ferait très beau sans le smog…

30 heures et une frontière plus tard, où lorsqu’il a fallut finir les bouteilles de vodka en trop pour ne pas payer les taxes, tout le monde a été très solidaire ! Me voici en gare de Beijing. Avec l’amie Heini, qui a voyagé dans le même wagon que moi, nous errons quelques minutes à la recherche d’un ATM pou retirer nos premiers Yuans, puis prenons le métro, nous séparant quelques stations plus tard… Coup du hasard, je la recroiserai quelques jours plus tard, à l’autre bout de la ville, alors qu’elle se rend à l’aéroport pour s’envoler vers Moscou… Est-ce un signe ? Te reverrais-je un jour, ailleurs, jolie scandinaves aux yeux turquoises ?
Je sors du métro et me dirige vers le Far East Hostel, l’air est chaud, plus de 20°, je suis vite en sueur. A travers le ciel saturé de pollution, je vois le soleil qui peine à briller. Je me perds un peu dans les ruelles du vieux hutong et découvre, émerveillé, les senteurs, saveurs et autre splendeurs de ce quartier génial. A peine arrivé je suis déjà fan !
Check-in, passeport et enregistrement, je trouve ma chambre et pose enfin mon sac. Je m’allonge pour méditer.
Me voilà en Chine, que faire ?
Une heure et un litre de thé vert plus tard, c’est décidé : j’arrête la vodka.

Beijing, welcome to the 798 Art District !

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