Der Meta Rosa – Leipzig, Deutschland

Publié: 17 septembre 2012 dans Copinages - Friends, Rézo educ pop - international network

J’étais à Leipziz depuis à peine deux jours que déjà je ne savais déjà plus où donner de la tête. Perle alternative de l’Allemagne de l’Est, cette ville est un vivier grouillant d’initiatives originales. Mon hôte ayant attisé ma curiosité en me parlant de ces amis partageant un habitat collectif, je décide de saisir cette occasion parmi tant d’autres. Nous partons de bon matin, Josi et moi, traversant la ville sur un vieux vespa crachottant et bien fatigué, mais qui nous amène à bon port sans rendre l’âme ni le pot d’échappement. Tandis que Josi slalome à travers les rues, je regarde défiler les friches industrielles et les usines abandonnées, paradis des graffeurs, néo-explorateurs urbains, crypto-errants contemporains… Nous arrivons dans le quartier du Plagwitz à l’heure du früschtück, et garons le fidèle destrier dans l’arrière cour du Meta Rosa, un immeuble communautaire comme il en existe des milliers en Allemagne (et une bonne dizaine rien que dans le quartier). A peine levée, Rika, une amie de Josi, nous accueille chaleureusement et nous commençons l’entretien tout en déjeunant.

Meta Rosa, l’immeuble

Le Meta Rosa est un immeuble de 4 étages où vivent en permanence une vingtaine de personnes plus quatre jeunes enfants. Tandis que nous devisons, je jette un œil par la fenêtre, car la vue est très chouette. Soleil éclatant sur les briques vieux rouge des ateliers désertés… Curieusement, les « Métaros@s »1 ont choisi d’installer la cuisine au dernier étage. Ce n’est pas pratique pour les repas dans le jardins et les VoKü (cf article sur le Grüner Zweig), mais je suppose qu’on s’y fait. En sus de nous trois, il y a aussi dans la cuisine deux jeunes mamans qui nourrissent leurs bébés et un ou deux autres habitants qui passent à l’occasion, interviennent brièvement dans la conversation, puis repartent vaquer à leurs occupations. A cet étage, il a la grande cuisine, parfaitement équipée et garnie de victuailles de qualité (le ou la Métaros@ est généralement bio), une salle-de-bain, trois chambres et un cellier. L’étage du dessous adopte le même schéma, sauf qu’en lieu de cuisine/salle à manger il y a un salon de musique et détente, la yoga’room en quelque sorte… De même au premier. Le rez-de-chaussée est consacré aux ateliers (menuiserie, bricolage, etc), au stockage (plus d’immenses caves) et toute l’aile ouest est dédiée à l’ouverture au public, avec un bar, un espace de projection-débats-concerts et d’autres pièces encore en travaux. Le projet est d’ouvrir un petit commerce de quartier, qui vendrait des produits locaux et rendrait quelques services aux voisinages, notamment les personnes âgées.

Visite guidée : la cuisine

Visite guidée : la cour

Les habitant-es du Meta Rosa se retrouvent toutes les semaines pour une réunion d’organisation générale. Les décisions sont prises au vote à main levé pour les affaires courantes et au consensus pour les choses plus conséquentes, comme l’arrivée d’un nouveau colocataire ou le démarrage d’un nouveau chantier. Ils-elles tentent d’exprimer les désaccord et de débattre de manières non-violente, ce qui facilite et fluidifie la communication, surtout pour les plus timides, mais n’est pas sans poser questions à certain-es quant à la sincérité de l’expression des conflits, ce en fait un perpétuel sujet de débat…

Côtés intendance, tout en étant conscients du côté illusoire de cet objectif, ils-elles tendent à l’autosuffisance de plusieurs manières : potager collectif fournissant le plupart des légumes, aromates et quelques plantes médicinales, ateliers de construction, menuiserie, mécanique vélo, etc.

Visite guidée : le potager

Visite guidée : la rotation des tâches

Le petit déjeuner terminé, Rika nous entraîne au jardin, pour un café au soleil. J’amène la conversation sur le sujet qui m’intéresse, et nous dérivons doucement vers des considérations plus idéologiques. Elle-même se considère comme une activiste politique, légèrement, mais temporairement, retirée du circuit militant car elle souhaite se consacrer au Meta Rosa. Cependant, comme elle dit : « ici la vie de tous les jours est politique. Même la bête organisation d’un repas peut prendre des allures de campagne électorale ! On a une grande salle où on souhaite accueillir des débats, conférences ou des rencontres associatives, mais il faut finir l’aménagement. »

Au même moment, scène de vie dans le jardin, un gros paquet de feuilles, cours d’université, s’envole et tout le monde se met à courir après dans la bourrasque, même un gars descendu en courant du deuxième étage !

Brunch au jardin

Par ailleurs, la communauté vient tout juste d’adhérer à un syndicat national des habitats collectifs. L’idée principale étant de garantir l’aspect non commercial et la pérennité du lieu. Le syndicat dispose d’une minorité de blocage pour tout ce qui concerne la gestion de la propriété et la vente de l’immeuble. De fait, il devient donc impossible aux Métaros@s de tirer quelque subside que ce soit d’une hypothétique revente de la bâtisse. Même en supposant que tous les habitants actuels soient remplacés par des résidents moins collectivistes et souhaitant faire un joli profit, le syndicat pourrait bloquer la vente s’il considère que celle-ci n’entre pas dans les strictes critères de la charte signée par l’ensemble des adhérents. L’organisation peut aussi servir de garant financier car elle dispose d’une trésorerie d’urgence et d’un fond d’aide au démarrage des nouveaux projets, ainsi que quelques autres fonctions du même acabit.

« Aujourd’hui, on compte environ 2000 coopératives d’habitation en Allemagne, ce qui représente 10 % du parc locatif du pays avec approximativement 2 200 000 logements et 3 millions de coopérateurs habitants. Les différents acteurs du logement sont regroupés au sein de l’organisation nationale GdW (Bundesverband deutsher Wohnungsund Immobilienunternehmen), elle-même divisée en 14 fédérations régionales. GdW compte parmi ses membres 2000 coopératives d’habitat, 723 offices municipaux de logements et 160 sociétés privées. (On note que l’adhésion des coopératives d’habitat à la fédération est obligatoire.)» (Cf http://www.habicoop.fr/IMG/pdf/Fiche_Allemagne.pdf)

Les habitant-es n’en restent pas là. Ils-elles pensent monter une sorte de coopérative dont l’objet serait l’autofinancement du lieu. Avec cet outil, ils pourraient ouvrir une épicerie de quartier, continuer leurs stands et cuisines roulantes un peu partout dans les festivals (mais de manière plus légale), ou bien vendre des services de proximité, comme la location de la grande salle à des associations disposant de financements publics… Ce point reste malgré tout en débat et le consensus est encore loin d’être atteint. Certain-es sont encore mal à l’aise avec l’idée d’une activité commerciale, d’autres s’en foutent royalement, bref, il y a encore du boulot !

En attendant l’ouverture du magasin…

Mais revenons un peu à l’historique du lieu, il éclairera certainement quelques unes de mes précédentes affirmations. Au départ il y a un groupe à géométrie variable d’environ dix personnes qui cherche une grosse baraque pour s’y installer. L’un d’entre eux, disposant de quelques ressources personnelles, dégote un immeuble de logements ouvriers, abandonné depuis dix ans, dans le vieux quartier industriel de Leipzig et décide d’acheter l’immeuble à son nom, pour 20 000 €. Comme il a déjà vécu en communauté, il a en tête de reproduire ce mode de vie avec d’autres utopistes partageant les mêmes valeurs. Mais rapidement, ce statut de propriétaire, qui le met en position de domination vis-à-vis des autres, lui monte à la tête. Il commence par demander un petit loyer symbolique, qui après de longues et harassantes négociations est fixé 500 € par mois pendant 20 ans, ce qui lui permet d’être rembourser de son investissement de départ, de vivre sans travailler et de reprendre ses études tout en se consacrant aux travaux de l’immeuble. Rapidement, la situation s’envenime avec certain-es locataires qui n’apprécient pas du tout ce « petit seigneur », qu’ils-elles considèrent être en totale contradiction avec leur idéal syndical anticapitaliste. Bref, tout n’est pas méga rose au pays du Meta Rosa !! D’autres problèmes s’ajoute à celui-ci : conflits hiérarchiques, sentiments d’exploitation des (en fin de compte) locataires, qui vont rénover de leurs mains et payer pour un logement dont i-elles ne seront pas officiellement propriétaires avant un paquet d’années… Beaucoup d’essais, de médiations extérieures et autres, pour arriver à une situation actuelles qui ne satisfait pas tout le monde, loin de là, d’où quelques réactions qui vont du départ de certaines personnes à l’ouverture, par d’autres, d’une seconde cuisine, pour ne pas avoir à partager leur table avec le « proprio »… Chaude ambiance… Tout en parlant de ça, Rika me confie qu’elle redoute que le situation ne s’aggrave et ne prenne des proportions ingérables, qui pourraient marquer la fin du Méta Rosa sous sa forme actuelle. Ajoutez à cela trois jeunes femmes enceintes (dont deux doivent avoir accouché à l’heure où j’écris ces lignes), la maisonnée va de toute évidence vivre quelques bouleversements…

Au gré des conversations, mon séjour ayant duré une semaine, je croise celles et ceux qui préparent les futurs projets, veulent s’investir dans la vie du quartier, ouvrir un nightshop, se lancer collectivement dans une démarche plus politisée, etc. Et celles et ceux, d’autre part, qui envisagent purement et simplement la fin de l’aventure, arguant que la situation de base est faussée et que rien de bon ne pourrait se construire sur des fondations biaisées.

Par une chaude après-midi, alors que nous parlons du Fusion Festival, auquel les Métaros@s participent en tenant un stand de cuisine végétarienne, une réunion express s’improvise pour savoir s’il convient d’y retourner. En effet, il semble que le festival devienne de plus en plus commercial et s’éloigne des idées révolutionnaires initiales… Scène parmi tant d’autres, qui donne une petit idée de la vivacité permanente des débats, même quand la canicule frappe dur et assomme les cerveaux les plus critiques…

Vue arrière

Mais le temps passe et me voilà déjà sur le départ. Il pleut sur Leipzig. La veille nous avons dîné au jardin, il faisait si beau dehors ! J’avais préparé un apéro mojito pour tout le monde, avec du bon rhum (ou tonic pour les futures mamans), citrons bios et la menthe du jardin, noyé dans de grandes rasades de glace pilée, qui sont agréablement venus faire patienter tandis que nous préparions les pizzas, cuites au four à bois maison… Vie saine, célébration de l’instant, valeurs partagées… Vrais méta-punkettes et faux hippies, des gars relax, des filles souriantes… Je prenais la route pour Dresden avec de belles images plein la tête… A très bientôt, chère Rosa, je te souhaite de durer encore, au moins le temps que je revienne, si tu méta-veux bien ?

Soirée pizzas maison au four maison, avec un pizzaïolo italien, de la maison !!

Meta Rosa

Markranstädter Straße 33

04229 Leipzig
Sachsen
Bundesrepublik Deutschland

Et la soirée…

… continue…

1: J’utilise ici l’@ comme une lettre doublement genrée, à la fois  »o » et  »a », sorte de masculin-féminin cumulé que j’ai notamment vu utilisé en Espagne.

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commentaires
  1. anne wass dit :

    et pour l’instant, les coopératives d’habitation ne sont pas possibles en France… question de statut. Que sera sera…

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