Les Jongleurs de Bremen

Publié: 8 septembre 2012 dans Rézo educ pop - international network

Oui, je sais, normalement on dit les « Musiciens de Brême » – Vous vous rappelez l’histoire ? En gros, pour faire vite, un vieil âne à la retape qui veut pas finir en saucisson se débine de la ferme par une belle nuit d’été. En chemin il rencontre un chien, puis un chat, puis un coq, tous trois fatigués comme lui, et cherchant un hâvre ou finir leurs vieux jours. Ils dégotent une chouette baraque à la campagne, mais comme elle est squattée par une bande de malfrats, ils combinent un plan pour les chasser. Le coq grimpe sur le chat, qui grimpe sur le chien, qui grimpe sur l’âne, et je sais pas comment ils se débrouillent mais ils arrivent à sauter par la fenêtre en poussant des cris, ce qui terrorise les brigands et voilà, la maison est libre !

Encore plus fort, une interprétation répandue de cette légende prétend que : « Les animaux représentent les quatre constituants de la nature humaine : corps physique (l’âne), corps énergétique dit aussi corps des forces formatrices (le chien fidèle), corps animique ou corps des désirs, peines et joies (le chat), et moi (le coq). Les brigands, c’est la société refermée sur ses acquis et qui voit toujours d’un mauvais œil qu’une individualité prétende chanter sa partie nouvelle : quand la société (ou famille, entreprise etc.) est ainsi déstabilisée, elle imagine de fausses causes, une influence étrangère, etc. » (cf Wikipedia

Voilà pour l’intro, en revanche la suite n’a aucun rapport, je voulais juste faire un peu l’intéressant ! Je suis arrivé à Bremen un après-midi pluvieux. J’avais rencard avec Ben, un ami d’un ami de Dorthe, qui avait dit par mail pouvoir m’héberger pendant toute la durée de mon séjour sur place. Me voilà donc devant la porte, qui s’ouvre sur une souriante jeune maman, un bébé dans les bras, et un accent français impeccable. Ben n’est pas là, mais il a laissé consigne de m’accueillir. J’entre dans une grande salle, où quelques jeunes femmes s’occupent de nourrissons. Connie, qui vient de m’ouvrir, m’explique que je suis dans le local collectif, et que je vais être logé au-dessus, dans la colocation où vivent Ben et quatre autres personnes. Là-dessus arrive Carlos, la mari de Ben, qui me fait monter et découvrir l’appartement. Première surprise, c’est immense ! Deuxième surprise, la plus grande pièce, qui sert en tant normal de lieu de répétition pour quelques jongleurs et musiciens, est aussi ma chambre !! Le séjour commence plutôt bien…

Mieux qu’à l’hôtel !

Willkommen bei Grüner Zweig

Les heures passent et je fais doucement connaissance avec les colocs, Gunnar, Roman et cie. Quand Ben arrive, nous accrochons immédiatement et passons la soirée à refaire le monde, je lui explique l’idée de mon voyage, et de là, nous embrayons sur le Grüner Zweig. Il s’agit du local au rez-de-chaussée. Au départ une boutique abandonnée, que quelques voisins se sont regroupés pour occuper, et quelques mois plus tard un nouveau centre social autogéré était né. Durant mon séjour à Brême, j’aurais l’occasion de fréquenter pas mal les gens du Grüner Zweig, tout en pratiquant les activités à leurs côtés. Yoga, échange de langues (español), jam session, soirée débat, ping-pong, baby-foot (auquel les allemands jouent comme des bourrins), jeux vidéos 1ère génération (ouais, j’ai battu un jeune geek à Archanoïd !)… et bien sûr, l’incontournable Vokü (de Volksküche : cuisine du peuple), institution germanique sur la base du repas (quasi) gratos autogéré. Note pour les gourmets, le VoKü du Grüner Zweig a été ma meilleure bouffe de toute la route entre Bruxelles et St Pétersbourg… Libertaires, peut-être, mais gastronomes, sans aucun doute !

Mamans du quartier venues parler bébés autour d’un thé

Salon de jeux et parking à poussettes…

Bon, mais venons en aux faits. Qu’est-ce que, comment ça, qui donc et tout ça. Tout d’abord il y a un noyau de gens motivés, comme souvent, qui se retrouve autour d’un grand local vide. Une immense pièce en trois partie (jeux, salon, scène), un bar, une cuisine, et un grand jardin. Ils s’installent et décident de fonctionner en autogestion, ce qui est une vraie nouveauté pour certains d’entre eux. Après ça, à chacun de proposer selon ses goûts et ses savoirs-faire. Si on consulte le programme, on trouve des échanges de langue, du kung-fu, des rencontres pour jeunes parents, ateliers de sérigraphie, débats politiques, concerts variés et tout un panel d’activités, régulières ou non. Pour la petite anecdote, je me souviendrai longtemps de cette soirée «8 bits » où nous avons joué à des jeux vidéos première génération jusqu’au petit matin…

« Show me your Arschposaune! »

Les cercle des gens qui s’occupent réellement du lieu n’est pas très grands, et ceux-ci passent beaucoup de temps sur la gestion quotidienne, le ménage ou la paperasse, mais dans l’ensemble, les animations proposées fonctionnent en autonomie et le Grüner Zweig se porte plutôt bien. Bien sûr ; la dimension politique n’est pas toujours au premier plan, mais certains n’oublient jamais de glisser quelques intentions militantes, même dans les activités les plus banales… Comme me dira Ben en plaisantant, le lieu est devenu une sorte de « camp d’entraînement anti-fachiste » !

Toutes et tous volontaires, il n’y a pas de salariés. Cela n’est pas sans poser problème lorsqu’il s’agit de nettoyer les sols un lendemain de fête, mais nous sommes en Allemagne, où la culture de l’organisation collective est beaucoup plus forte qu’ailleurs. Et pas n’importe où en Allemagne, nous sommes à Bremen, qui est une des quatre ville-lander du pays. Cela signifie notamment que la cité revendique une grande indépendance et que ses habitants sont plus politisés quand dans d’autres régions, comme la très conservatrice Bavière, par exemple. Au cours de la conversation, j’apprendrais ainsi que Bremen comptait auparavant un quartier populaire très fortement identifié « anarchiste ». Cette zone libre attirant toujours plus d’artistes et de jeunesse bohème, le quartier a été victime d’une forte gentrification. Suite à cela, les activistes ont choisi de ne pas reproduire l’erreur d’être trop concentrés, et se sont dispersés dans toute la ville. Le résultat aujourd’hui donne une implantation des lieux militants en réseau, avec au moins un îlot libertaire dans chaque quartier. Le Grüner Zweig est dans le Neustadt.

Chilling in the garden

Séance coiffure au soleil

Après deux semaines riches en rencontres et pleines d’enseignements, me voilà sur le départ, à regrets. Je serai bien resté quelques mois de plus, mais l’ami Gunnar me propose une place pour aller dans un lieu magique, qu’il qualifie de « fantastic playground for adults », à mi-chemin de ma prochaine destination : Leipzig. Je fait mon sac et passe toute l’après-midi à dire au-revoir à ces gens qui m’ont si bien accueilli. Je ne suis pas près d’oublier cette adresse, et suis certain d’y retourner dès que l’occasion se présentera…

+ d’infos sur http://gruenerzweig.orgizm.net

Grüner Zweig : Erlenstraße 31, Bremen – Neustadt

Un dernier coup d’oeil sur ce qui fut ma chambre, et en route…

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commentaires
  1. COMBET Annie dit :

    Bonjour Pierre,
    c’est toujours avec un grand plaisir que je lis le récit de tes rencontres, l’existence de tels lieux, … ça fait rêver. Au plaisir de lire les prochaines nouvelles. Bonne route.
    bises
    annie

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