Archives de septembre, 2012

Si ce n’est l’Europe en tant que continent, j’ai au moins quitté l’Union Européenne… Depuis une semaine je lis en cyrillique et divise mes roubles par 40 pour avoir une idée du prix en euros… Il fait beau plusieurs fois par jours, mais pas tous les jours… Je suis assis dans un parc, derrière une église orthodoxe dont les coupoles aux couleurs éclatantes chatouillent les yeux, et je repense à ces derniers mois depuis que j’ai quitté la France… En quelques flashs, ça donne :

Bruxelles – orgie de frites croustillantes et de bières toutes plus voluptueuses les unes que les autres… Boire des gueuzes en refaisant le monde au bar du Chab (Fondation V. Van Gogh, auberge de jeunesse et foyer de jeunes travailleurs), en compagnie de Corina, Enzo, Pierrick, Laurent et toute la clique – Inaugurer la « Non peut-être ! », bière artisanale – Une mémorable cuite plus tard me sentir suffisamment déraciné pour goûter aux matchs de la Coupe d’Europe, dans cette capitale européenne aux fenêtres couvertes de tous les drapeaux… Mais ignorer superbement celui de cette équipe soit-disant mienne car une ravissante jeune Zinneke vous laisse savourer son sourire et ses yeux tandis qu’elle se raconte – Profiter de l’appartement gracieusement mis à disposition par Victor, architecte et photographe de talent, dévorer son livre, danser toute la nuit à poil dans le salon et grâce-matiner avec délectation sur la mezzanine – Finir le séjour en mode squat au Khédive, la salle de concert la plus crado de la ville, où le sur-festif camarade Myra me file un bon gros coup de jeune…

Rotterdam – arrivée chez l’adorable Francien, volontaire au Buurtcentrum, un genre de maison de quartier autogérée, ou elle donne des cours de langue et de vélo à des femmes étrangères – Longues marche dans la cité industrieuse – Le pont Erasmus, monumental, et le « Santa Claus with a Buttplug », provocateur, qui se dresse en Pervers Noël en plein centre ville…

Delft – jolie vieille ville bien conservée, avec sa tour penché, comme à Venise, mais surtout, 5 ans après notre rencontre à Barcelone et la Festa Major de Sitges, revoir la ravissante et so sexy Ania, exquise polonaise, maintenant perdue pour la cause car mariée à un (malgré tout) chouette lascar allemand, seul autorisé à couvrir de baisers ses jambes aux lignes si élégantes…

Den Haag – retrouver mon vieux pote Philip, toujours aussi cool, nos discussions toujours aussi passionnantes, et rencontrer sa compagne, la si sympathique Savina, qui travaille comme lui au Tribunal Pénal International, être hébergé par ce couple germano-québécois et aller voir Spiderman en 3D (à chier, à mort les multiplex !) entre deux longues discussions sur les fonctionnement des instances du TPI – Pour finir, s’offrir un énorme pétard d’une excellente sativa sur une plage ensoleillée quasi déserte…

Groningen – retrouver Farah, émoustillante jeune hollandaise connue à Lyon, rencontrer son mec, Youroun, qui travaille dans un coffee shop et avec qui j’aurais droit à une mémorable dégustation de haschisch, m’endormir au petit matin la tête chavirée d’idées sublimes…

Bremen – traîner des jours entiers au Festival de la Breminale, assister au spectacle déjanté de Ben et sa clique puis rencontrer la talentueuse Rilke, comédienne-clown-performeuse qui vit au Bauwagen, le village wagon situé derrière la gare, et apprendre qu’il existe un bon millier de communautés comme celle-ci à travers l’Allemagne – et aussi, toujours à la Breminale, être fasciné par la voix de la si jeune chanteuse de Still in Search, un groupe rock excellent…

The KulturKosmos épisode : « Nous partîmes de nuit avec Gunnar et Toma à bord d’un camion de location pour aller rendre les tentes prêtées par l’équipe du Fusion Festival à ceux de la Breminale. Il était 23h et le ciel nous tombait sur la tête à pleines baignoires, des rideaux de flotte qui tambourinaient sur la carlingue. Trois heures de route. Nous parlions tout le long du trajet, de la vie, du monde, de contre culture, de voyages, de politique, de graff, de femmes et de sexe. Nous parlions vite, sans interruption, passionnément, je pensais à certains passages d »On the Road », de Kerouak, j’avais l’impression d’y être… Arrivée nocturne impressionnante : traversée de l’ancienne base aérienne russe reconvertie en friche culturelle dans une obscurité sans étoiles, installation rapide sur les gradins d’un grand théâtre circulaire et balade jusqu’au cuisines pour un copieux casse-croûte suivi de l’indispensable thé+somnistick. Nous nous couchâmes au petit jour, devinant déjà que nous étions dans un endroit hors-normes. Levés dans la matinée, nous allâmes nous sustenter d’un royal frühstück. Puis, Gunnar ayant à faire, il nous dégota deux vélos afin que je partisse découvrir cet incroyable site en compagnie du jeune Toma. Impression de rouler dans un rêve ensoleillé, une espèce de zone idéale, utopie enracinée dans le concret, gigantisme appliqué d’une ville freaks désertifiée, le paradis fantôme de l’underground… Plus tard nous retrouvâmes le larron et l’aidâmes à décharger le camion, en classant les toiles, bâches et nombreux mâts par tailles, de deux à cinq mètres. Suite à quoi nous allâmes piquer une tête dans le petit lac artificiel creusé par les artificiers fous de ce perpétuel bombardement des sens. Sur le chemin, un dragon émergeait de terre, mirage de vouivre en pays Saxon… Puis Toma s’en allât. J’aidais Gunnar à trier des centaines de caisses de bières vides, consignées, et nous retournâmes au lac pour le coucher du soleil – féerique – un tableau du ciel se dessinait sur l’eau du lac à mesure que le vent tombait… Au retour, nous cuisinâmes un énorme gâteau aux pommes vegan pour la cinquantaine de personnes encore présents sur le site. Le lendemain, je me levais à peine moins tôt que mon collègue, pour arriver au frühstück et apprendre que celui-ci venait de me dénicher un voiture pour Berlin, deux heures plus tard. La perfection toute germanique de ce timing me réjouis.  Deux charmantes punkettes blondes aux sourires ravageurs me conduisirent  à travers la pluie jusqu’en gare de Berlin, ou j’allais prendre le train pour Leipzig. L’une d’elle se rendait le lendemain même au festival Chalons dans la Rue, je lui filais quelques tuyaux… De tout cela je garde la sensation incroyable d’un gros trip au LSD qui serait devenu réel, une base militaire transformée en fantastique playground fur adults… sans oublier les wagons… » (toutes les photos là)

Leipzig – en arrivant je pense qu’il faut dire la vérité sur l’Allemagne de l’Est : ça sent la merde en été ! Je comprends que les vieux teutons aillent tous se dorer la pilule au soleil de la méditerranée dès qu’ils atteignent l’âge de la retraite !! A part ça ? La jolie Josi qui m’ensorcela, j’aurais tombé dans ses draps s’il n’y avait eut le gars Bela, son mec à elle, qu’elle trompait pas, et pourtant : sa peau cuivrée sortant du lac, Ah ! les lacs de Leipzig… Et puis, au sortir de la Parade Intergalactique, une fête mémorable, longue nuit de transe s’achevant sur ces mots griffonnés à la hâte : « Attendre le matin, quand tout semble dormir, et voir un corbeau s’envoler en double ; un carré d’habitants s’éveiller ; une pie s’accrocher à la gouttière pour scruter par le velux ; les cendres de la dernière cigarette qui tombent de quatre étages ; dans les plants de tomates, des corneilles prélever leur dû ; la belle hôtesse se fâcher pour de faux avec son galant trop imbibé ; le vent calmé, quelques nuages s’agripper aux sommets des hauts fourneaux ; une parabole enlaidir le vol du héron ; et la lune, qui résiste à toutes nos ivresses humaines » – Interlude policier : 10€ ! Pas de lumières sur mon vélo et grillage nocturne de feux rouge – Et puis le Meta Rosa, bien sûr, et encore un village de wagons…

Dresden – être accueilli par Myrto et Stefan, qui organisent des échanges européens de jeunes et t’invite à passer le week-end avec eux chez la sympathique Crissie, qui à peine arrivé t’emmène te baigner à poil dans un chouette petit lac de forêt – Découvrir la  »juggling connexion » avec des représentants Espagnols, Italiens, Serbes, Tchèques, Lituaniennes… Et puis retrouver Amy, enfin ! Ma chère pixie a fait la route dans son vieux camper-van pour me rejoindre. Dès les premiers instant me sentir si bien dans ses bras, si amoureux, si à ma place…

Pologne – Traverser en passant par Auschwitz, sentir sur ma nuque le souffle des fantômes, la mémoire de l’Histoire du Mal… Traverser Krakow & Warsaw… Camper en bord de lac dans la parc National de Wigry, non loin de Suwałki, et nager sous un ciel d’apocalypse ! Mais passer si vite que l’on en a finalement pas grand chose à dire, juste des heures de tendresse partagée et de complicité érotique avec mon amoureuse, qui resplendit de beauté chaque fois que je pose les yeux sur elle. Amy conduit son camion et je la regarde, comme un ado son premier amour, fasciné par le moindre sourire.

Lituanie – sur les routes du « Pays de la Pluie » avec une bande de potes rassemblés ici par l’ami Van et sa chérie, la dynamique Svetlana – Frissonner dans les souterrains du musée de la guerre froide, du côté de Plungé – Souvenirs d’ados cramé en arpentant les allées du Karklé Festival – Nida, l’Isthme de Courlande, langue de sable aux dunes grises où les sculptures en bois de la Colline aux Sorcières, visitée en nocturne, nous laissent l’impression étrange d’une faërie toujours vivante, pays des elfes à portée de rêve – Druskininkai, et savourer des enfilades de saunas en tous genres, hammams, bains chaud, douches glacées et jacuzzis – Revenir passer les derniers jours à Vilnius, me voir proposer la botte par Kastys, hôte charmant, qui tente de m’amadouer sur le balcon tandis que les filles discutent à l’intérieur, et refuser poliment pour aller me blottir dans les bras de ma belle… L’heure du départ, enfin, un type ivre mort titube au soleil et je tente de retenir mes larmes au moment de me séparer d’Amy, que j’embrasse comme si c’était la dernière fois, et que je voudrais ne plus lâcher, ne pas la voir partir, surtout qu’elle ne s’en aille pas ! Grimper dans le bus en avalant des boules d’angoisse et vouloir faire demi-tour, tout annuler, juste pour rester auprès de ma pixie tant aimée…

Riga – quelques haïkus, griffonnés après avoir trop fumé, sur un banc, face à une imposante bâtisse de type  »académie des arts sordides » : <Pelotonnée dans sa couette / Sur le toit du camper-van / Amy lit en souriant> <Le Goéland cri / Les corbeaux répondent / Ciel d’été à Riga> <Dans un costume épuisé / Le vieux passe en boitant / Un gros sac dans chaque main> – Regarder passer les gens en attendant le bus de nuit pour St Saint-Pétersbourg, une jeune femmes portant une de ces jupes dont je raffole, les plus seyantes en vérité, celles qui s’arrêtent à mi-cuisses et flottent en laissant deviner la rondeur des fesses. Je pense à ma petite chérie qui en a, de ces jupes là, et sous lesquelles je ne glisserai pas la main avant de longs mois – Enfin le départ pour la Russie, une longue nuit d’ivresse à siroter ma flasque de liqueur pour faire durer l’effet du superbe pétard que je me suis octroyé avant le départ – Passer la frontière russe au petit matin, tout est gris, blême, les douaniers sinistres et je me demande vraiment ce que je fous là… Frissonner en traversant la rivière, sur chaque bord une citadelle austère, jumelles se faisant face, mais deux drapeaux différent les coiffant… Quelques heures plus tard arriver à St Saint-Pétersbourg sous la pluie… Errer pendant des bornes à la recherche d’une banque pour retirer mes premiers roubles, trouver le métro, arriver enfin au Cuba Hostel – Après un chaleureux et très réconfortant accueil, je me précipite sous la douche, chaude, délassante, puis m’allonge sur le lit pour une sieste réparatrice. Au réveil, me régaler de pâtisseries locales, et passer la soirée à siroter des bières en compagnie des autres voyageurs de l’auberge, pour finalement me faire inviter à boire quelques vodka chez les deux sympathiques jeunes russes qui gèrent la maison, Anna & Oxana – Installés sur les toits, voir le soleil se lever et faire briller les coupoles dorées des cathédrales, finir la dernière bouteille de vodka et rentrer à l’auberge en chantant…

Voilà, ça y est, j’y suis, le deuxième acte du voyage peut commencer.

PS: toutes les photos sont sur Fb… désolé !

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J’étais à Leipziz depuis à peine deux jours que déjà je ne savais déjà plus où donner de la tête. Perle alternative de l’Allemagne de l’Est, cette ville est un vivier grouillant d’initiatives originales. Mon hôte ayant attisé ma curiosité en me parlant de ces amis partageant un habitat collectif, je décide de saisir cette occasion parmi tant d’autres. Nous partons de bon matin, Josi et moi, traversant la ville sur un vieux vespa crachottant et bien fatigué, mais qui nous amène à bon port sans rendre l’âme ni le pot d’échappement. Tandis que Josi slalome à travers les rues, je regarde défiler les friches industrielles et les usines abandonnées, paradis des graffeurs, néo-explorateurs urbains, crypto-errants contemporains… Nous arrivons dans le quartier du Plagwitz à l’heure du früschtück, et garons le fidèle destrier dans l’arrière cour du Meta Rosa, un immeuble communautaire comme il en existe des milliers en Allemagne (et une bonne dizaine rien que dans le quartier). A peine levée, Rika, une amie de Josi, nous accueille chaleureusement et nous commençons l’entretien tout en déjeunant.

Meta Rosa, l’immeuble

Le Meta Rosa est un immeuble de 4 étages où vivent en permanence une vingtaine de personnes plus quatre jeunes enfants. Tandis que nous devisons, je jette un œil par la fenêtre, car la vue est très chouette. Soleil éclatant sur les briques vieux rouge des ateliers désertés… Curieusement, les « Métaros@s »1 ont choisi d’installer la cuisine au dernier étage. Ce n’est pas pratique pour les repas dans le jardins et les VoKü (cf article sur le Grüner Zweig), mais je suppose qu’on s’y fait. En sus de nous trois, il y a aussi dans la cuisine deux jeunes mamans qui nourrissent leurs bébés et un ou deux autres habitants qui passent à l’occasion, interviennent brièvement dans la conversation, puis repartent vaquer à leurs occupations. A cet étage, il a la grande cuisine, parfaitement équipée et garnie de victuailles de qualité (le ou la Métaros@ est généralement bio), une salle-de-bain, trois chambres et un cellier. L’étage du dessous adopte le même schéma, sauf qu’en lieu de cuisine/salle à manger il y a un salon de musique et détente, la yoga’room en quelque sorte… De même au premier. Le rez-de-chaussée est consacré aux ateliers (menuiserie, bricolage, etc), au stockage (plus d’immenses caves) et toute l’aile ouest est dédiée à l’ouverture au public, avec un bar, un espace de projection-débats-concerts et d’autres pièces encore en travaux. Le projet est d’ouvrir un petit commerce de quartier, qui vendrait des produits locaux et rendrait quelques services aux voisinages, notamment les personnes âgées.

Visite guidée : la cuisine

Visite guidée : la cour

Les habitant-es du Meta Rosa se retrouvent toutes les semaines pour une réunion d’organisation générale. Les décisions sont prises au vote à main levé pour les affaires courantes et au consensus pour les choses plus conséquentes, comme l’arrivée d’un nouveau colocataire ou le démarrage d’un nouveau chantier. Ils-elles tentent d’exprimer les désaccord et de débattre de manières non-violente, ce qui facilite et fluidifie la communication, surtout pour les plus timides, mais n’est pas sans poser questions à certain-es quant à la sincérité de l’expression des conflits, ce en fait un perpétuel sujet de débat…

Côtés intendance, tout en étant conscients du côté illusoire de cet objectif, ils-elles tendent à l’autosuffisance de plusieurs manières : potager collectif fournissant le plupart des légumes, aromates et quelques plantes médicinales, ateliers de construction, menuiserie, mécanique vélo, etc.

Visite guidée : le potager

Visite guidée : la rotation des tâches

Le petit déjeuner terminé, Rika nous entraîne au jardin, pour un café au soleil. J’amène la conversation sur le sujet qui m’intéresse, et nous dérivons doucement vers des considérations plus idéologiques. Elle-même se considère comme une activiste politique, légèrement, mais temporairement, retirée du circuit militant car elle souhaite se consacrer au Meta Rosa. Cependant, comme elle dit : « ici la vie de tous les jours est politique. Même la bête organisation d’un repas peut prendre des allures de campagne électorale ! On a une grande salle où on souhaite accueillir des débats, conférences ou des rencontres associatives, mais il faut finir l’aménagement. »

Au même moment, scène de vie dans le jardin, un gros paquet de feuilles, cours d’université, s’envole et tout le monde se met à courir après dans la bourrasque, même un gars descendu en courant du deuxième étage !

Brunch au jardin

Par ailleurs, la communauté vient tout juste d’adhérer à un syndicat national des habitats collectifs. L’idée principale étant de garantir l’aspect non commercial et la pérennité du lieu. Le syndicat dispose d’une minorité de blocage pour tout ce qui concerne la gestion de la propriété et la vente de l’immeuble. De fait, il devient donc impossible aux Métaros@s de tirer quelque subside que ce soit d’une hypothétique revente de la bâtisse. Même en supposant que tous les habitants actuels soient remplacés par des résidents moins collectivistes et souhaitant faire un joli profit, le syndicat pourrait bloquer la vente s’il considère que celle-ci n’entre pas dans les strictes critères de la charte signée par l’ensemble des adhérents. L’organisation peut aussi servir de garant financier car elle dispose d’une trésorerie d’urgence et d’un fond d’aide au démarrage des nouveaux projets, ainsi que quelques autres fonctions du même acabit.

« Aujourd’hui, on compte environ 2000 coopératives d’habitation en Allemagne, ce qui représente 10 % du parc locatif du pays avec approximativement 2 200 000 logements et 3 millions de coopérateurs habitants. Les différents acteurs du logement sont regroupés au sein de l’organisation nationale GdW (Bundesverband deutsher Wohnungsund Immobilienunternehmen), elle-même divisée en 14 fédérations régionales. GdW compte parmi ses membres 2000 coopératives d’habitat, 723 offices municipaux de logements et 160 sociétés privées. (On note que l’adhésion des coopératives d’habitat à la fédération est obligatoire.)» (Cf http://www.habicoop.fr/IMG/pdf/Fiche_Allemagne.pdf)

Les habitant-es n’en restent pas là. Ils-elles pensent monter une sorte de coopérative dont l’objet serait l’autofinancement du lieu. Avec cet outil, ils pourraient ouvrir une épicerie de quartier, continuer leurs stands et cuisines roulantes un peu partout dans les festivals (mais de manière plus légale), ou bien vendre des services de proximité, comme la location de la grande salle à des associations disposant de financements publics… Ce point reste malgré tout en débat et le consensus est encore loin d’être atteint. Certain-es sont encore mal à l’aise avec l’idée d’une activité commerciale, d’autres s’en foutent royalement, bref, il y a encore du boulot !

En attendant l’ouverture du magasin…

Mais revenons un peu à l’historique du lieu, il éclairera certainement quelques unes de mes précédentes affirmations. Au départ il y a un groupe à géométrie variable d’environ dix personnes qui cherche une grosse baraque pour s’y installer. L’un d’entre eux, disposant de quelques ressources personnelles, dégote un immeuble de logements ouvriers, abandonné depuis dix ans, dans le vieux quartier industriel de Leipzig et décide d’acheter l’immeuble à son nom, pour 20 000 €. Comme il a déjà vécu en communauté, il a en tête de reproduire ce mode de vie avec d’autres utopistes partageant les mêmes valeurs. Mais rapidement, ce statut de propriétaire, qui le met en position de domination vis-à-vis des autres, lui monte à la tête. Il commence par demander un petit loyer symbolique, qui après de longues et harassantes négociations est fixé 500 € par mois pendant 20 ans, ce qui lui permet d’être rembourser de son investissement de départ, de vivre sans travailler et de reprendre ses études tout en se consacrant aux travaux de l’immeuble. Rapidement, la situation s’envenime avec certain-es locataires qui n’apprécient pas du tout ce « petit seigneur », qu’ils-elles considèrent être en totale contradiction avec leur idéal syndical anticapitaliste. Bref, tout n’est pas méga rose au pays du Meta Rosa !! D’autres problèmes s’ajoute à celui-ci : conflits hiérarchiques, sentiments d’exploitation des (en fin de compte) locataires, qui vont rénover de leurs mains et payer pour un logement dont i-elles ne seront pas officiellement propriétaires avant un paquet d’années… Beaucoup d’essais, de médiations extérieures et autres, pour arriver à une situation actuelles qui ne satisfait pas tout le monde, loin de là, d’où quelques réactions qui vont du départ de certaines personnes à l’ouverture, par d’autres, d’une seconde cuisine, pour ne pas avoir à partager leur table avec le « proprio »… Chaude ambiance… Tout en parlant de ça, Rika me confie qu’elle redoute que le situation ne s’aggrave et ne prenne des proportions ingérables, qui pourraient marquer la fin du Méta Rosa sous sa forme actuelle. Ajoutez à cela trois jeunes femmes enceintes (dont deux doivent avoir accouché à l’heure où j’écris ces lignes), la maisonnée va de toute évidence vivre quelques bouleversements…

Au gré des conversations, mon séjour ayant duré une semaine, je croise celles et ceux qui préparent les futurs projets, veulent s’investir dans la vie du quartier, ouvrir un nightshop, se lancer collectivement dans une démarche plus politisée, etc. Et celles et ceux, d’autre part, qui envisagent purement et simplement la fin de l’aventure, arguant que la situation de base est faussée et que rien de bon ne pourrait se construire sur des fondations biaisées.

Par une chaude après-midi, alors que nous parlons du Fusion Festival, auquel les Métaros@s participent en tenant un stand de cuisine végétarienne, une réunion express s’improvise pour savoir s’il convient d’y retourner. En effet, il semble que le festival devienne de plus en plus commercial et s’éloigne des idées révolutionnaires initiales… Scène parmi tant d’autres, qui donne une petit idée de la vivacité permanente des débats, même quand la canicule frappe dur et assomme les cerveaux les plus critiques…

Vue arrière

Mais le temps passe et me voilà déjà sur le départ. Il pleut sur Leipzig. La veille nous avons dîné au jardin, il faisait si beau dehors ! J’avais préparé un apéro mojito pour tout le monde, avec du bon rhum (ou tonic pour les futures mamans), citrons bios et la menthe du jardin, noyé dans de grandes rasades de glace pilée, qui sont agréablement venus faire patienter tandis que nous préparions les pizzas, cuites au four à bois maison… Vie saine, célébration de l’instant, valeurs partagées… Vrais méta-punkettes et faux hippies, des gars relax, des filles souriantes… Je prenais la route pour Dresden avec de belles images plein la tête… A très bientôt, chère Rosa, je te souhaite de durer encore, au moins le temps que je revienne, si tu méta-veux bien ?

Soirée pizzas maison au four maison, avec un pizzaïolo italien, de la maison !!

Meta Rosa

Markranstädter Straße 33

04229 Leipzig
Sachsen
Bundesrepublik Deutschland

Et la soirée…

… continue…

1: J’utilise ici l’@ comme une lettre doublement genrée, à la fois  »o » et  »a », sorte de masculin-féminin cumulé que j’ai notamment vu utilisé en Espagne.

Oui, je sais, normalement on dit les « Musiciens de Brême » – Vous vous rappelez l’histoire ? En gros, pour faire vite, un vieil âne à la retape qui veut pas finir en saucisson se débine de la ferme par une belle nuit d’été. En chemin il rencontre un chien, puis un chat, puis un coq, tous trois fatigués comme lui, et cherchant un hâvre ou finir leurs vieux jours. Ils dégotent une chouette baraque à la campagne, mais comme elle est squattée par une bande de malfrats, ils combinent un plan pour les chasser. Le coq grimpe sur le chat, qui grimpe sur le chien, qui grimpe sur l’âne, et je sais pas comment ils se débrouillent mais ils arrivent à sauter par la fenêtre en poussant des cris, ce qui terrorise les brigands et voilà, la maison est libre !

Encore plus fort, une interprétation répandue de cette légende prétend que : « Les animaux représentent les quatre constituants de la nature humaine : corps physique (l’âne), corps énergétique dit aussi corps des forces formatrices (le chien fidèle), corps animique ou corps des désirs, peines et joies (le chat), et moi (le coq). Les brigands, c’est la société refermée sur ses acquis et qui voit toujours d’un mauvais œil qu’une individualité prétende chanter sa partie nouvelle : quand la société (ou famille, entreprise etc.) est ainsi déstabilisée, elle imagine de fausses causes, une influence étrangère, etc. » (cf Wikipedia

Voilà pour l’intro, en revanche la suite n’a aucun rapport, je voulais juste faire un peu l’intéressant ! Je suis arrivé à Bremen un après-midi pluvieux. J’avais rencard avec Ben, un ami d’un ami de Dorthe, qui avait dit par mail pouvoir m’héberger pendant toute la durée de mon séjour sur place. Me voilà donc devant la porte, qui s’ouvre sur une souriante jeune maman, un bébé dans les bras, et un accent français impeccable. Ben n’est pas là, mais il a laissé consigne de m’accueillir. J’entre dans une grande salle, où quelques jeunes femmes s’occupent de nourrissons. Connie, qui vient de m’ouvrir, m’explique que je suis dans le local collectif, et que je vais être logé au-dessus, dans la colocation où vivent Ben et quatre autres personnes. Là-dessus arrive Carlos, la mari de Ben, qui me fait monter et découvrir l’appartement. Première surprise, c’est immense ! Deuxième surprise, la plus grande pièce, qui sert en tant normal de lieu de répétition pour quelques jongleurs et musiciens, est aussi ma chambre !! Le séjour commence plutôt bien…

Mieux qu’à l’hôtel !

Willkommen bei Grüner Zweig

Les heures passent et je fais doucement connaissance avec les colocs, Gunnar, Roman et cie. Quand Ben arrive, nous accrochons immédiatement et passons la soirée à refaire le monde, je lui explique l’idée de mon voyage, et de là, nous embrayons sur le Grüner Zweig. Il s’agit du local au rez-de-chaussée. Au départ une boutique abandonnée, que quelques voisins se sont regroupés pour occuper, et quelques mois plus tard un nouveau centre social autogéré était né. Durant mon séjour à Brême, j’aurais l’occasion de fréquenter pas mal les gens du Grüner Zweig, tout en pratiquant les activités à leurs côtés. Yoga, échange de langues (español), jam session, soirée débat, ping-pong, baby-foot (auquel les allemands jouent comme des bourrins), jeux vidéos 1ère génération (ouais, j’ai battu un jeune geek à Archanoïd !)… et bien sûr, l’incontournable Vokü (de Volksküche : cuisine du peuple), institution germanique sur la base du repas (quasi) gratos autogéré. Note pour les gourmets, le VoKü du Grüner Zweig a été ma meilleure bouffe de toute la route entre Bruxelles et St Pétersbourg… Libertaires, peut-être, mais gastronomes, sans aucun doute !

Mamans du quartier venues parler bébés autour d’un thé

Salon de jeux et parking à poussettes…

Bon, mais venons en aux faits. Qu’est-ce que, comment ça, qui donc et tout ça. Tout d’abord il y a un noyau de gens motivés, comme souvent, qui se retrouve autour d’un grand local vide. Une immense pièce en trois partie (jeux, salon, scène), un bar, une cuisine, et un grand jardin. Ils s’installent et décident de fonctionner en autogestion, ce qui est une vraie nouveauté pour certains d’entre eux. Après ça, à chacun de proposer selon ses goûts et ses savoirs-faire. Si on consulte le programme, on trouve des échanges de langue, du kung-fu, des rencontres pour jeunes parents, ateliers de sérigraphie, débats politiques, concerts variés et tout un panel d’activités, régulières ou non. Pour la petite anecdote, je me souviendrai longtemps de cette soirée «8 bits » où nous avons joué à des jeux vidéos première génération jusqu’au petit matin…

« Show me your Arschposaune! »

Les cercle des gens qui s’occupent réellement du lieu n’est pas très grands, et ceux-ci passent beaucoup de temps sur la gestion quotidienne, le ménage ou la paperasse, mais dans l’ensemble, les animations proposées fonctionnent en autonomie et le Grüner Zweig se porte plutôt bien. Bien sûr ; la dimension politique n’est pas toujours au premier plan, mais certains n’oublient jamais de glisser quelques intentions militantes, même dans les activités les plus banales… Comme me dira Ben en plaisantant, le lieu est devenu une sorte de « camp d’entraînement anti-fachiste » !

Toutes et tous volontaires, il n’y a pas de salariés. Cela n’est pas sans poser problème lorsqu’il s’agit de nettoyer les sols un lendemain de fête, mais nous sommes en Allemagne, où la culture de l’organisation collective est beaucoup plus forte qu’ailleurs. Et pas n’importe où en Allemagne, nous sommes à Bremen, qui est une des quatre ville-lander du pays. Cela signifie notamment que la cité revendique une grande indépendance et que ses habitants sont plus politisés quand dans d’autres régions, comme la très conservatrice Bavière, par exemple. Au cours de la conversation, j’apprendrais ainsi que Bremen comptait auparavant un quartier populaire très fortement identifié « anarchiste ». Cette zone libre attirant toujours plus d’artistes et de jeunesse bohème, le quartier a été victime d’une forte gentrification. Suite à cela, les activistes ont choisi de ne pas reproduire l’erreur d’être trop concentrés, et se sont dispersés dans toute la ville. Le résultat aujourd’hui donne une implantation des lieux militants en réseau, avec au moins un îlot libertaire dans chaque quartier. Le Grüner Zweig est dans le Neustadt.

Chilling in the garden

Séance coiffure au soleil

Après deux semaines riches en rencontres et pleines d’enseignements, me voilà sur le départ, à regrets. Je serai bien resté quelques mois de plus, mais l’ami Gunnar me propose une place pour aller dans un lieu magique, qu’il qualifie de « fantastic playground for adults », à mi-chemin de ma prochaine destination : Leipzig. Je fait mon sac et passe toute l’après-midi à dire au-revoir à ces gens qui m’ont si bien accueilli. Je ne suis pas près d’oublier cette adresse, et suis certain d’y retourner dès que l’occasion se présentera…

+ d’infos sur http://gruenerzweig.orgizm.net

Grüner Zweig : Erlenstraße 31, Bremen – Neustadt

Un dernier coup d’oeil sur ce qui fut ma chambre, et en route…