Jours de Fête aux Grottes – Genève, Suisse

Publié: 24 juin 2012 dans Rézo educ pop - international network

Concert de rue : Tez, chansons rebelles franco-italiennes

Si vous arrivez en train à la gare de Genève Cornavin, vous apercevrez le quartier des Grottes sur votre droite. Ce samedi là, impossible de se tromper : c’est Jours de Fête, et en ce début de soirée les rues sont bondées. Une fois franchie la douane, je me dirige vers la musique, affamé, porté par l’odeur de la bière et des saucisses grillées. La foule est bigarrée, chatoyante, on peut entendre un paquet de langues différentes en s’y frayant un chemin. L’atmosphère électrique me prend d’emblée. A peine débarqué, j’adore déjà l’endroit !

Connexion milano-x-roussienne

Arrivé sur la place principale, j’aperçois les amis croix-roussiens. Retrouvailles chaleureuses, on trinque au plaisir d’être ensemble et de passer du bon temps. Les camarades milanais sont là aussi. Invités d’honneurs de la fête, ils sont venus en force, pas loin d’une quarantaine, à première vue. Je retrouve avec émotions tous les amis de la Scighera. Me voyant peiner avec mon gros sac, ils m’emmènent trois rues plus loin, chez Seb, qui a pour l’occasion transformé son grenier en dortoir. Une fois débarrassé, repus et en partie désaltéré, je rejoins les autres pour me lancer dans la sarabande.

Le Ludobus d’Alekoslab (Italie) : pour tous les enfants !

« Jours de Fête » au quartier des Grottes, c’est un événement organisé tous les deux ans par Pré En Bulles et un cinquantaine de partenaires, principalement des assos locales, dans un spectre allant de l’Armée du Salut au Squat du Pachinko en passant par les communautés sud-américaines ou le Contrat de Quartier. Nombreux concerts, dj’s, théâtre de rue, happenings, vide grenier, et j’en passe, l’événement est d’ampleur. Deux ans de préparation pour y arriver.

La dimension politique est toute aussi importante : là un stand de pétition contre le projet d’extension de la gare Cornavin (350 logements détruits, plus de 500 personnes déplacées) ; ici une banderole de soutien au Péclot 13 (asso de réparation vélo historique à Genève), non loin des appels à votation citoyenne pour un revenu garanti, contre le nucléaire… Les sujets d’engagement sont à tous les coins de rue.

C’est que les Grottes n’est pas un quartier comme les autres, son histoire est chargée. A l’origine un quartier populaire du centre ville, il a commencé à faire parler de lui dans les années 70, lorsque la municipalité de l’époque a commencé à projeter la destruction des immeubles vétustes pour y implanter un espèce de complexe urbain du genre mégalo-plein-de-thunes. Mais les habitants n’ont pas voulut partir. Ils ont sonné la révolte et de nombreux soutiens sont venus d’un peu partout pour occuper les logements vacants. Le quartier s’est repeuplé avec un composante militante importante, qui marque désormais la sociologie particulière de ce village d’irréductibles helvètes.

Régulièrement depuis, les dirigeants successifs de la ville, appuyés dans l’ombre par des promoteurs immobiliers furieux de voir ce petit bout de centre ville aux mains des gauchistes, ont renouvelé leurs attaques. Par des moyens plus ou moins détournés, ils ont tenté de faire fructifier ce foncier sous-utilisé, mais se sont toujours cassés les dents sur une résistance sans cesse renouvelée. Le dernier exemple en date est celui d’un projet de tour qui devait s’installer en lieu et place d’un garage désaffecté, et qui face aux dénonciations de l’association La Tour Prend Garde, a dû revoir ses ambitions à la baisse. Grâce à un patient travail de démantèlement du dossier, d’information citoyenne et de lobbying, des 12 étages initialement prévus, il est fort probable que l’édifice n’en compte plus que 5 ou 6 à l’arrivée !

Graff au 10 Bis

Le panorama associatif des Grottes est très large. De mon bref séjour, je retiens surtout : La Galerie (bar, repas à très bas prix, action culturelle), Péclot 13 (atelier vélo), Pachinko (bistrot autogéré), Le 10 Bis (socio-culturel), Pré En Bulles (éducation populaire), La Maison Verte (maisons des assos du quartier), Young Voices (asso de jeunes), Vacances Nouvelles (centre de loisir social et solidaire, séjours pour enfants), Le Saltimbanque (le plus petit théâtre genevois), la Buvette de l’Îlot 13 (ancien squat réhabilité), et la liste est courte au regard de tout ceux qui restent…

Place des Grottes, la Maison Verte

L’îlot 13, petit aperçu…

Sur place, mon principal contact est Seb, de l’association Pré En Bulles. Il est arrivé dans le quartier en s’installant dans un ancien immeuble occupé, réformé en logement social. Alors en formation, il a effectué un stage au sen de Pré En Bulles (PEB), plus précisément à l’animation dans l’espace public, avant d’être embauché en qualité de permanent par l’association. Après quelques années d’implication très militante, parfois au détriment de son temps personnel, il commence aujourd’hui à compter son temps de travail pour revendiquer des heures en plus. Estimant que son temps militant est mélangé avec son temps de travail, il aimerait maintenant faire un peu plus la part des choses pour se consacrer à sa famille ou à d’autres projets… Son engagement est énorme sur le quartier, parfois au détriment d’autres investissements. Il voudrait agir aussi au niveau syndical, mais pense que cela va attendre encore un peu.

Le triporteur « atelier cirque » de Pré En Bulles

Au premier abord, l’association PEB fonctionne comme beaucoup, avec un bureau, un conseil d’administration et un collège de salariés. La différence se joue au niveau du financement, puisque les salaires sont payé par le canton, mais le fonctionnement associatif est financé par la Ville de Genève. A l’arrivée, les fonds sont à 90% d’origine publique, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes : charges administratives très lourdes, complexité institutionnelle, etc. PEB reste cependant indépendante vis à vis des financeurs, les salariés n’ont à constater aucune influence de leur part. Ils jouissent d’une grande souplesse dans l’organisation du travail, chacun gère son agenda comme bon lui semble, ce qui leur donne un sentiment de liberté totale dans les actions menées. Les décisions d’orientation sont prises au niveau du comité dirigeant. Si les statuts de l’asso sont apolitiques et le discours officiel plutôt neutre, la pratique en revanche est éminemment politisée. L’équipe de PEB revendique son rôle d’animation/occupation de l’espace publique, avec une mission d’éducation populaire. Parmis leurs outils, les plus marquants sont les fameux triporteurs, connus dans toutes la ville, qui s’établissent au gré des envies en ateliers cirque, vélo, guinguette et autres.

Seb de PEB, sur triporteur solaire

Par ailleurs, PEB est en réactivité permanente sur ce qui se passe à l’échelle du quartier. Par exemple en soutenant la création de Young Voices, une association de jeunes qui squatte une arcade (local commercial) abandonnée et tente de se la faire attribuer par la ville. En soutenant cette action de réappropriation illégale, PEB marque son indépendance vis à vis des institutions qui la finance. Elle affirme aussi son histoire militante. Partenaire de l’Îlot 13 depuis le début, elle a accompagné tout le travail pour légitimer l’occupation de ces immeubles. Maintenant que le statut de l’Îlot 13 est reconnu, PEB continue le partenariat puisque ses locaux se trouvent au sein de l’ensemble architectural. Ce type d’engagement radical leur permet aussi de se défendre de l’étiquette alterno-bobo que certains voudraient leur coller.

D’autres chantiers sont en cours : l’occupation de Beaulieu (jardins éducatifs partagés), la recherche d’un espace de type « maison de quartier », assez vaste pour accueillir des enfants, des assos, etc. Ce que ne leur permet pas l’exiguïté des locaux actuels. Cette revendication d’un espace géré par un collectif entre en conflit avec la municipalité, qui souhaiterait pour sa part en avoir la gestion totale. Ce à quoi PEB répond : « OK pour bosser ensemble, par pour être à la merci des changements d’élus ». L’idée est de mettre en valeur la participation des assos et habitants du quartier dans un gestion autonome de cette future Maison Pour Tous, sans mainmise politicienne.

Local occupé par Young Voices

Aux Grottes, Seb est impliqué en tant qu’habitant, travailleur et militant. Notamment par son implication dans le Contrat de Quartier (= conseil de quartier). S’il a d’abord commencé par soutenir des actions illégales, de type occupations, il est ensuite devenu délégué élu et donne ainsi une autre dimension à son engagement. Il concède que la confrontation éprouvante au rythme particulier des instituions empêche bien souvent les actions autonomes. Mais il constate tout de même un renouveau « participatif » aux Grottes. Après plus d’un an et demi de flottement, il y a eut récemment un véritable coup de pied dans la fourmilière donné par les habitants, qui tentent maintenant d’imposer leur propre tempo sur les gros dossiers (par ex la lutte contre le projet d’extension de la gare Cornavin).

Il pense toutefois qu’il faut être capable de sortir du cadre du Contrat de Quartier, qui ne doit pas avaler toutes les initiatives locales. Fédérer pour lisser n’est pas la solution. Il se bat pour laisser leur autonomie aux différents acteurs, même s’ils ne partagent pas ses points de vue politiques. Il essaye aussi de tisser des liens serré avec ses voisins, comme ce fut le cas il y a peu lorsqu’ils se sont réappropriés un parking pour installer un poulailler. Ce qui ne l’empêche pas de garder une vision plus large des combats à mener. Ainsi, Seb est un des moteurs genevois du projet « Mon Village », dont j’ai déjà parlé avec l’article sur la Scighera, qui vise à créer du réseau entre différent quartiers d’Europe. Mais ceci fera l’objet d’une étude plus approfondie lors de mon passage à Brême, d’ici quelques semaines…

Andrea, GO éphémère du Ludobus

Pour en savoir plus :

Pré En Bulles

La Galerie

Péclot 13

Le Contrat de Quartier

La Maison Verte

La Pachinko

Le 10 Bis

et d’autres à découvrir sur place..

A l’entrée de l’îlot 13

Sonopack : le sound system qui fait pas chier les voisins !

Soirée de folie à la Galerie

Sound system de la Galerie

Bon, ben… on repassera plus tard…

.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s