El Pumarejo – Sevilla, España

Publié: 12 mai 2012 dans Rézo educ pop - international network

C’est sous un soleil de printemps désespérément attendu que j’arrive dans la belle cité andalouse. Marisa, mon contact sur place, m’a donné rendez-vous au Pumarejo, une belle demeure occupée du XVIIIème, dans le quartier populaire de la Macarena. Après quelques minutes de marche, j’arrive sur une petite place que bordent d’anciennes bâtisses, une bodega, un kiosque à journaux, une association écolo et le Pumarejo.

Sur la place, quelques punks à chiens occupent les bancs en sirotant des bières. Je m’approche d’une porte ouverte, celle du Centro Vecinal, où je suis accueilli par les animateurs du lieux, alors en pleine distribution de paniers de producteurs locaux. Nous entamons la discussion dans une vaste salle de réunion, aux murs tapissés de posters militants et d’affiches annonçant les prochains événements organisés par le comité de quartier.

Distribution des produits des producteurs locaux, Centro Vecinal del Pumarejo, Sevilla

Entrée principale du Pumarejo et bibliothèque

Cour intérieur de la Casa

Le Pumarejo se divise en trois parties : au centre, les 22 habitations occupées, où vivent une trentaine de personnes, principalement des femmes en retraites, pour la plupart anciennes militantes, et qui sont le cœur vivant de la maison. Leurs chambres donnent sur un patio andalous traditionnel, avec une fontaine au milieu et toute une végétation qui couvre en partie les mosaïques, donnant à l’ensemble un air de villa tranquille où la vie doit être bien paisible. Sur la gauche du bâtiment, une petite bibliothèque de proximité, à tendance libertaire, et un bar de quartier, qui ouvre uniquement le soir pour que les gens du coin se retrouvent à l’apéro. On y marque encore les consommations à la craie sur un bord de comptoir. Là, les habitants de la maison tiennent salon, et devisent bruyamment avec leurs voisins et amis de passage. Enfin, sur la partie droite, les locaux du Centro Vecinal, qu’on pourrait traduire par Centre de Voisinage, à mi chemin entre le centre social et la maison de quartier.

L’occupation du bâtiment dure depuis 11 ans, et depuis tout ce temps, les habitants, animateurs et militants volontaires ont développé une vaste palette d’activités à destination des habitants. Cours de musique, paniers de producteurs, aide juridique, alphabétisation, fêtes, repas de quartier, accueil des associations locales, etc. Ici, le mot d’ordre est « vivre ensemble ». Tous les moyens du Centro Vecinal sont mis à disposition de qui veut s’en servir. L’équipe d’animation est là pour accompagner les réalisations de chacun. Un nombre impressionnant d’associations, groupes d’habitants et collectifs plus ou moins structurés se partage les différentes salles d’activités pour y organiser cours, rencontres, conférences, débats, réunions et célébrations en tous genres. Si l’aspect politique n’est pas toujours mis en avant, il est transversal à tous les projets menés et systématiquement valorisé dans la communication du Pumarejo.

Réunion publique au Centro Vecinal

En parlant avec Mauricio, j’apprends que la notion de « maison en résistance » a connu des hauts et des bas dans l’histoire bouleversée du palacio. Durant les dix dernières années, la pression des groupes immobiliers n’a cessé d’augmenter pour atteindre aujourd’hui l’envergure d’un véritable lobbying ultra ciblé. Pour lutter contre cette spéculation, une Plateforme a été mise en place, qui regroupe tous les intérêts liés au Pumarejo. Aucune affiliation à un parti politique, mais des volontaires, personnes physiques ou morales, mouvements sociaux et professionnels qui se rencontrent régulièrement pour faire le point sur l’avancée des chantiers en cours. Au sens propre comme au figuré, d’ailleurs, car la baraque est en mauvais état et plusieurs habitations sont à refaire, mais la ville de Séville, propriétaire des murs, n’est pas pressée d’intervenir. En effet, les pouvoirs publiques sont exaspérés par cette joyeuse bande de résistants qui ont réussis à faire classer le bâtiment à la fois comme bien culturel d’intérêt général et comme monument historique. Mais cela ne suffit pas à calmer les attaques. Au moment de mon séjour, une importante réunion publique a lieu pour tirer à nouveau la sonnette d’alarme, en effet, la municipalité veut dénoncer la convention qui la lie au Pumarejo et il est maintenant de notoriété publique qu’elle souhaite se débarrasser des squatteurs pour revendre ce bien immobilier de grande valeur.

Alors les troupes voisinales restent mobilisées. Portes ouvertes, manifestations, pétitions… Tout est mis en œuvre pour faire connaître la Casa et gagner des soutiens. Des liens forts ont été tissés avec les différents acteurs du tissus associatif local, régional et national. Des soutiens de renom, comme le prix Nobel de littérature José Saramago se sont exprimés en faveur de ce lieu dont la tradition d’ouverture au public remonte à loin. De la construction, en 1775 par Pedro Pumarejo, à aujourd’hui, la Casa del Pumarejo a successivement été hospice, école, collège, bibliothèque, pension, commerces ou ateliers d’artisans… Les habitants veulent maintenant faire vivre ce patrimoine en prise avec la société contemporaine et ne manquent pas d’idées pour y parvenir. « Apportez vos projets » disent-ils, « Il y a de la place pour tout le monde !! ».

Avant de quitter Séville, j’aurais le temps de nouer quelques relations fortes avec mon hôte qui m’aura aussi fait découvrir quelques endroits sympas de la ville, petits bars à tapas pleins de vie, salle de concert rock programmant des soirées flamenco, jardins partagés, etc. Je repars avec une l’envie de revenir au plus vite, car en seulement quelques jours, cette ville m’a profondément marquée.

Pour en savoir plus :

plataformapumarejo@yahoo.es

http://www.facebook.com/pages/Casa-Palacio-Pumarejo-Sevilla

Plaza Pumarejo, 3 41003 SEVILLA

Avec mon hôte Andalouse sur les toits de Séville

Quelques activités du Centro Vecinal

Plaquette de présentation du Pumarejo

Texte de soutien au Pumarejo par José Saramago

Texte de soutien au Pumarejo par José Saramago (détail)

Jardins collectifs « Huerto del rey moro »

Jardins collectifs « Huerto del rey moro »

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