Madrid, du KOALA à la Casa Encendida

Publié: 11 mai 2012 dans Rézo educ pop - international network, Uncategorized

La capitale espagnole bruit du ronron urbain des cités européennes, langage standardisé fait de circulation automobile, de brouhaha mercantile et d’agitation futile. Seul l’accent madrilène marque une légère diférence géographique. les gens s’interpellent à voix tonitruantes, les jeunes picolent dans les parcs, les bars offrent des tapas jusqu’à tard dans la nuit, aucun doute, je suis bien arrivé.

C’est dans un troquet de la rue Atocha que je rencontre mon premier contact, Juan. Il comprend tout de suite de quoi je lui parle, l’éducation populaire, il a baigné dedans toute son adolescence, me dit-il. Pour lui, le mouvement est ancré dans tout le pays, de façons diverses et variées. A l’écouter, je m’aperçois que les variantes espagnoles sont très proches des françaises. Mêmes types d’associations quasi institutionnelles côtoyant des groupes plus ou moins radicaux. A la différence près qu’on trouve aussi les fameux Centres Sociaux à l’italienne, immeubles occupés transformés en laboratoires d’expérimentation politique, et, particularité locale sans doute, des fondations privées directement financées par des banques, chose que je trouve suffisamment improbable pour aller voir de mes propres yeux.

http://mierdo.com – La llave inglesa, compañia de teatro, Madrid

Dès le premier soir, Juan m’emmène au KOALA (Komplexe Okkupé Autogéré Labyrinthe Anarchiste). Le lieu accueille ce soir là un concert hip-hop dans le cadre d’un festival contre le racisme.

Je me sens assez vite à l’aise dans ce dédale de salles enchevêtrées, maison ouverte aux murs peints sauvagement, couleurs représentatives de la foule bigarrées qui peuple l’édifice. La démarche de l’équipe du Koala s’inscrit dans un ensemble de réappropriations de locaux ou immeubles intervenant dans de nombreuses villes d’Espagne et où les anarchistes sont la plupart du temps investis. Nous sommes dans la lignée du mouvement squat international, rien jusque là qui sorte de l’ordinaire libertaire… La soirée bat son plein et je m’installe dans un des salons pour entamer la discussion avec un petit groupe d’occupants. Le terme d’éducation populaire leur évoque vaguement quelque chose, mais ils ne font aucune distinction entre action politique, éducative ou culturelle, tout étant lié selon eux. J’essaye d’en savoir plus sur les nombreux ateliers qui se déroulent tous les jours sur place, sur les liens avec le voisinage ou encore sur leurs conceptions de l’autonomie, mais mon niveau d’espagnol limité entrave la fluidité de la conversation. Au bout d’un moment, nous abordons le sujet du mouvement des Indignés, l’occupation de la Puerta del Sol et les suites données au mouvement. En bons anars, ils sont très critiques vis à vis de tout ça. S’ils ont été enthousiastes, ils ont vite déchanté et ne se sentent aujourd’hui plus trop concernés. Bien sûr ils ont été présents et ont fait feu de tous bois pendant et même après le campement. Ils insistent, comme souvent, sur le fait que l’organisation des AG, le travail en commissions ouvertes, la démocratie directe, le refus de toute hiérarchie et beaucoup d’autre pratiques adoptées pendant le mouvement étaient fortement inspirées des idées libertaires. Le point positif qui met tout le monde d’accord, c’est de constater qu’un nombre important de gens sont venus sans aucune idée préconçue, et sont repartis avec un début d’éducation politique. De ce point de vue là, le mouvement des Indignés a été une prise de conscience pour des milliers de personnes. Au final, les révolutionnaires espagnols regrettent que la dimension militante ait été reléguée derrière des considérations parfois trop « new age » à leurs yeux. A ce titre, ils regardent avec envie les occupants de Wall Street, qui à leur avis portent des idées beaucoup plus radicales et s’attaquent frontalement aux vrais responsables du système financier dominant.

El Koala, festival contre le racisme

Le lendemain, après une matinée difficile à cuver les nombreux calimuchos de la veille, je me dirige vers la station de métro Lavapiès, un quartier populaire du centre où j’ai rendez-vous avec Añès, une étudiante salvadorienne, intéressée par mes questions, et qui me propose de visiter la Casa Encendida… Arrivés sur place, je suis frappé par le caractère classieux de l’endroit. Grand hall d’accueil, nombreuses salles de travail, quatre espaces d’exposition, une grande terrasse envahie d’une jungle luxuriante, et j’en passe. Nous buvons un café au bar et Añès me parle de son vécu au Salavador, les associations dont elle fait parti là-bas, notamment celles influencées par Paolo Freire, qui oeuvrent à l’éducation politique des communautés pauvres. Elle me propose ensuite d’explorer plus avant la Casa, où se mêlent différentes expositions, dont une sur les droits des femmes à travers la planète. Nous nous arrêtons devant une courte vidéo à base de clichés qui a tout l’air d’une mauvaise pub, je fais remarquer à ma camarade qu’elle pourrait aussi bien servir d’annonce pour une banque, ce qui la fait rire : « normal, dit-elle, c’est financé par une banque ! »

Ainsi nous y voilà, sans m’en douter, j’ai mis les pieds dans un de ces fameuses institutions d’éducation populaire qui servent de paravent éducativo-culturel à quelques banques locales. La déception est cruelle. J’étais presque emballé par le caractère généreux de l’endroit. salles de cours, bibliothèque, ambiance conviviale et ouverte, multigénérationnelle et colorée, je me disais que j’avais dû tomber dans une sorte de super MJC… Raté ! Ici, d’éducation politique radicale il ne sera certainement pas question. les financiers ne sont pas mécènes pour qui voudrait les mettre à bas…

En sortant je suis dépité. N’y a-t-il donc pas d’intermédiaire entre ces squats cradingues complètement renfermés sur eux-mêmes, comme ce CSO Casablanca (centro social okupado), où je pénètre en voyant l’affiche d’un festival « Tatoo Circus », et où malgré quelques heures de déambulation, strictement personne ne m’adressera la parole !  Et ces grosse fondations luxueuses où les banquiers se rachètent une conscience ??? Le Casablanca semblait pourtant prometteur, avec ses nombreuses activité, son projet d’université populaire, ses ateliers DIY, etc. J’y retournerai le lendemain pour tenter d’aborder quelques personnes et d’entamer la discussion, mais je ne sais si c’est mon espagnol miteux ou ma nouvelle coupe de cheveux qui suscitent la méfiance, aucune discussion poussée, rien que des bribes et des gens qui s’esquivent au bout de cinq minutes… Las, je quitte Madrid au bout de quelques jours avec un curieux sentiment : la belle machinerie du système dominant ou l’amusant bricolage de la contestation minoritaire, faudra-t-il toujours ainsi choisir ton camp, camarade ? Et je repense à d’autres modèles qui ont fait le choix d’une tierce voie, plus louvoyante, moins évidente, mais peut-être plus ancrée dans le réel et certainement plus efficace en terme d’action démocratique locale…

Plus d’infos :

El KOALA : anarkoala (arobase) riseup.net – anarkoala.wordpress.com – 26, rue Adelfas, Madrid.

La Casa Encendida : http://www.lacasaencendida.es – 2 Ronda de Valencia, Madrid

CSO Casablanca : info@csocasablanca.org – www.csocasablanca.org – 21 rue Santa Isabel, Madrid

Madrid, barrio Lavapiès, teatro politico

Madrid, barrio Lavapiès, teatro politico

Madrid, barrio Lavapiès, teatro politico

Madrid, el Centro Social Okupado Autogestionado Casablanca

Madrid, talleres al CSOA Casablanca

Madrid, entrada de la Casa Encendida

Madrid, expo « mujeres » a la Casa Encendida

Madrid, mujeres visitando une expo sobre las mujeres en la Casa Encendida

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