Le premier pas qui compte

Publié: 18 mars 2012 dans Carnet de route - Road notes

Un tout petit pas, presque rien, pas même une avancée… Mais qui suffit pour démarrer le périple.

Après avoir baigné dedans depuis ma prime enfance, voilà bientôt seize ans que je fais de l’éducation populaire de manière consciente. Si la définition que j’en donne aujourd’hui est le fruit d’une longue maturation intellectuelle, il ne fait aucun doute qu’en tant que responsable de groupe aux Éclaireurs Éclaireuses de France, Union Chrétiennes des Jeunes Gens, moniteur en centres de loisirs, camps de vacances, animateur socioculturel, en centre aéré, au pied des immeubles, en maisons de quartiers, puis sur de la coordination de secteurs en Maison des Jeunes et de la Culture ; J’ai toujours été dans une pratique de terrain, au cœur d’une éducation populaire pas toujours aboutie dans sa pensée, mais volontaire dans sa mise en œuvre.

Arrivé à Lyon en 1998, je m’y suis assez vite installé. Après deux ans d’études un peu bâclées, quelques saisons touristiques entre les Alpes et les Landes, j’ai décidé que cette ville en valait bien d’autres mais qu’elle avait l’avantage d’avoir une taille humaine, une intense activité culturelle, bon réseau militant, un magnifique quartier ancien, des communautés populaires cosmopolites et surtout le quartier de la Croix-Rousse.  J’ai donc écumé la ville toutes ces années, passant d’un boulot à l’autre : maisons de l’enfance, maisons de quartier, maisons pour tous… Vie de quartier, démocratie locale, activisme culturel… Bénévolat associatif, Le RocképaMort, Radio Canut, la Brigade des Déménageurs… Salarié  de l’éduc’ pop’, militant  occasionnel, « fricoteur » comme me l’a un jour dit un pote, toujours entre deux postures, entre deux combats…

Depuis quelques temps je ressens le besoin de faire une pause dans cet activisme professionnel. A l’heure où il est de plus en plus difficile de faire la part des choses entre militantisme et carrière, j’ai envie d’interrompre momentanément ce parcours d’équilibriste pour prendre le temps de la réflexion. Lorsque je me demande quoi faire, le premier désir qui me vient à l’esprit est celui du voyage. Je ne parle pas ici du circuit touristique pour jeune occidental en mal de dépaysement, avec guide détaillé pour limiter les risques et hôtels civilisés pour limiter les rencontres autochtones, mais bien de ces voyages longs et périlleux qui changent en profondeur la personnalité. Je ne souhaite pas me rendre en avion dans un pays accueillant pour visiter les monuments historiques, pas plus que je n’ai envie de ces rituels imposés du circuit des visites et autres safaris photos. Non. Mon idée du voyage est un peu plus démodée que cela, elle se réfère à quelques aventuriers d’un autre genre qui savent partir sans but, sans itinéraire préétabli, sans connexion permanente avec le monde merveilleux de la consommation.

Mais attention, je ne suis pas non plus en quête de l’aventure extrême, il n’est pas ici question de tabula rasa, de vagabondage sauvage : je ne suis pas un clochard céleste, et d’ailleurs, en tant qu’européen, blanc, issus d’une classe moyenne de petite province, je serai bien mal placé et très peu respectueux de leurs dures conditions de vies pour aller jouer impunément sur les traces des émigrés clandestins, sans papiers, qui risquent leurs vies pour un rêve économique qu’ils ne trouveront peut-être jamais, les seuls vrais aventuriers du XXIème siècle.

Pour ma part, je ne suis qu’un passager du réel, et j’entends mener ce périple de façon simple, sans assistance touristique évoluée, avec des moyens raisonnables et quelques prises de risques calculées. Je compte partir vacciné, assuré, financé. En revanche, ni hôtels, ni guides. J’emporte un téléphone portable qui restera éteins la plupart du temps, et un netbook pour l’écriture et la logistique (couchsurfing, nouvelles aux proches). D’ailleurs, peut-être abandonnerai-je celui-ci après quelques temps…

Voici pour un rapide survol des conditions du voyage. Mais il reste quelque chose à définir, ce sont les raisons. On ne part pas comme ça sur la route avec juste l’idée de fuir le quotidien. Enfin si, on peut, beaucoup l’ont déjà fait, mais je ne m’en contente pas. Je ne recherche pas la solitude mais les rencontres, d’une part, et d’autre part j’ai besoin d’un prétexte pour aller au contact des gens.

Là est le lien avec l’éducation populaire. En effet, je suis de plus en plus convaincu qu’il y a dans ce courant d’idées un véritable levier pour transformer la société et orienter l’humanité vers une meilleure existence collective. Cependant, si l’éducation populaire existe indéniablement sur le territoire et dans la tradition politique française, il n’en va pas forcément de même dans tous les pays et son développement, quand elle existe, est très inégale selon les cultures.

D’où ma question principale : qu’en est-il de l’éducation populaire à travers le monde ?

Quels sont les endroits où elle est présente ? Qui la fait vivre ? Quels groupes, avec quelles structures, quelles organisations, quels moyens ? Quelles idées les anime et à qui ou quoi se réfèrent-ils ? Ainsi que d’autres questions qui seront définies au fur et à mesure (cf questionnaire type)…

Bien sûr, je ne prétends pas visiter la totalité des protagonistes de l’éducation populaire. Il ne s’agit pas d’une étude exhaustive, mais bien d’un fil conducteur destiné à influencer mon voyage. Pourtant, j’espère que cette démarche, originale car il n’existe à ma connaissance aucun équivalent, me permettra de produire un essai (livre, conférence, autre ?) susceptible d’intéresser à la fois les acteurs de l’éducation populaire mais aussi, pourquoi pas, d’autres interlocuteurs…

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commentaires
  1. pascalelemay dit :

    merci de ce partage
    j’aime te lire…
    mes pensées t’accompagnent

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