Comme on installe une fête foraine sous la neige

Publié: 6 février 2012 dans Carnet de route - Road notes

C’est si facile de partir. On ne dirait pas, surtout avant. Surtout quand on a passé quelques années à se retenir, à se trouver des raisons, pour rester, pour ne pas se lancer. Le jour où on se décide enfin, il ne vaut mieux pas se regarder dans une glace, on pourrait se faire peur, renoncer.

Et puis les échéances se présentent : on vend ses meubles, ses fringues, la plus grande partie de ses biens, les proches vous disent : « tu es courageux, ce n’est pas trop dur ? » – Non, pas trop, en fait c’est plutôt agréable…
Deuxième étape, on rend son appartement et on part squatter chez les amis, les autres vous disent : « tu es courageux, ce n’est pas trop dur ? » – Non, pas trop, en fait c’est plutôt agréable…Viennent ensuite la fin de contrat et le fameux pot de départ, les collègues sont là, ils ont fait une petite cagnotte et une jolie boîte aux lettres, pour que vous gardiez une adresse terrestre quelque part. Il fait très froid ce jour-là, beaucoup des invités renoncent à venir, mais les présents sont chaleureux, semble assez contents d’être là, et me demandent très gentiment, chacun leur tour : « tu es courageux, ce n’est pas trop dur ? » – Non, pas trop, en fait c’est plutôt agréable…

Alors il faut bien y aller, ce n’est pas le tout d’avoir fait le malin pendant des mois, d’avoir annoncé à qui voulait l’entendre les destinations magnifiques qui vous attendaient, les villes exotiques que vous alliez visiter, les plages et les rencontres, maintenant il fait tenir parole. Alors on fait son sac, on prend un tram, un train, on quitte la ville et les paysages changent, ça y est, on est en voyage. Et tout s’est passé tout en douceur, comme si de rien, à peine quelques piqûres de nostalgie, juste pour sentir l’existence et se rappeler qu’on laisse derrière soit 13 ans de vie sédentaire dans une belle ville équipée tout confort.

Aujourd’hui je suis à Milano, j’ai voulu revoir les amis de la Scighera. C’est un endroit avec des gens extras, il faudra que j’écrive un article sur eux. Tout à l’heure je fumais au soleil, assis sur un banc, les pieds dans la neige. C’est un parc assez classieux du centre ville, quelques touristes s’y mêlent aux milanais, un calme début d’après-midi, un jour de semaine. Je cherche quel jour et me marre : lundi, au soleil… A quelques mètres, je regarde les ouvriers qui assemblent des manèges. Ils ont déchargé les camions, tout un parc d’attraction gît en tas et en piles, en caisses et en palettes, éparpillé sur le manteau de neige dure, gelée, tassée. Les forains s’activent en silence, ils trient, ils chargent, ils vissent, boulonnent, tirent des câbles… De temps en temps, il y en a un qui lève le visage et se recharge le moral d’une bonne dose de soleil pur. De temps en temps, je fais de même. Ma cigarette terminée, je traverse le chantier en enjambant les morceaux de ferraille et de plastique barriolés, encore une fois, je regarde le soleil, et je me dis que ce voyage commence comme une virée dans une fête foraine.

Pour l’instant, j’en suis au même stade que les travailleurs du parc : j ‘ai toutes les pièces à retrouver, à disposer, à assembler, et à la fin, si tout se passe bien, je pourrais me vanter d’avoir fait un sacré beau tour de manège.

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